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XIV ÉLOGE

de reconrioître que l'on peut encore y trouver de quoi s'instruire ; car il faut avouer que l'art n'est que trop surchargé de préceptes , et qu'il n'est guère aujourd'hui d'ouvrage plus inutile qu'une poétique. Dans les derniers écrits de ce genre qui ont paru , on ne s'est fait aucun scrupule de s'emparer des meilleures réflexions de Racine ; et l'on ne conçoit pas trop à quelle réputation on peut prétendre lorsqu'on ne fait que répéter ce qui a déjà été très-bien dit. Quand on veut, après Aristote, Horace, Boileau, Vida, Castelvetro, etc., écrire encore sur la poésie , il faut avoir des idées neuves à proposer , comme on vient de le faire , par exemple , dans un ouvrage très-estimable , intitulé Essai sur la poésie rhythmique y ouvrage dans lequel l'auteur a donné sur l'art des lumières nouvelles.

M. Racine joignoit à ses talens une modestie qui en augmentoit encore le prix. On sait qu'il s'étoit fait peindre les œuvres de son père à la main , et les reofards fixés sur ce vers de Phèdre :

Et moi , fils inconnu d'un si glorieux père.

Il faut ajouter M. Racine au grand nombre des hommes illustres qui n'ont point été de l'académie, quelque droit que son nom lui donnât à cette distinction. Cette compagnie n'a pas toujours été aussi

DE LOUIS RACINE. xv

attentive qu'elle auroit dû l'être à ne laisser échapper aucune occasion de s'attacher tous les écrivains d'un mérite reconnu. Parmi les auteurs comiques, Molière, Regnard et Dufresny n'ont jamais été dans ses fastes; Pascal, le créateur de la langue, n'y fut point admis , non plus que l'illustre Rousseau. On pourroit faire ici une énumération beaucoup plus longue ; mais il faut convenir que plusieurs académiciens ont eux-mêmes témoigné souvent leurs regrets sur cet abus, et on a eu la satisfaction d'entendre à cet égard des réflexions infiniment judicieuses de M. l'abbé Trublet, de l'académie française.

POEME

La raison , qui ine démontre avec tant de clarté l'existence d'un Dieu , me répond si obscurément lorsque je l'interroge sur la nature de mon ame, et garde un silence si profond quand je lui demande la cause des contrariétés qui sont en moi , qu'elle-même me fait sentir la nécessité d'une révélation , et me force à la désirer. Je cherche parmi les différentes religions celle dont cette révélation doit être le fondement. Par le premier de tous les livres, que me donne le premier de tous les peuples , et par la suite de l'histoire du monde, je trouve à la religion chrétienne tous les caractères de certitude que je souhaite. Plein d'admiration pour elle, je m'y soumettrois aussitôt, si je n'étois arrêté par l'obscurité de ses mystères et par la sévérité de sa morale. J'examine la foiblesse de mon esprit, et je reconnois que ma raison ne doit pas être ma seule lumière. J'examine mon cœur, et je reconnois que la morale chrétienne est conforme à ses besoins. J'embrasse avec joie une religion aussi aimable que respectable.

Tel est le plan de cet ouvrage , que j'ai conduit sur cette courte pensée de M. Pascal : « A ceux qui ont de la « répugnance pour la religion , il faut commencer par leur « montrer qu'elle n'est pas contraire à la raison, ensuite « qu'elle est vénérable; après, la rendre aimable, faire

« souhaiter qu elle soit vraie , montrer qu'elle est vraie , « et enfin qu'elle est aimable. »

Cette pensée est l'abrégé de tout ce poème, dans lequel j'ai souvent fait usage des autres pensées du même auteur, aussi -bien que des sublimes réflexions de M. de Meaux sur l'histoire universelle. En suivant ces deux grands maîtres, j'ai choisi les deux hommes qui ont écrit sur la religion de la manière la plus convaincante, la plus noble et la plus digne d'elle.

Quoique chaque chant contienne une matière différente, et fasse, pour ainsi dire, un poème particulier, ils doivent tous cependant répondre au dessein général, et être liés ensemble, de façon que le premier amène le second, celui-ci le troisième, et ainsi des autres.

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