XII ÉLOGE
logique de ce poème se trouve souvent rebelle aux efforts de l'écrivain.
Le poème de la Religion^ beaucoup plus étendu que celui de la Grâce ^ lui est encore infiniment supérieur , et rendra le nom de M. Racine célèbre à jamais. Le fameux Rousseau le regardoit comme un des plus beaux ouvrages de notre langue , et le croyoit en même temps un des plus solides et un des plus propres à ramener les incrédules au joug de la foi. Rousseau ne consultoit à cet égard que le sentiment. En effet, on n'est pas loin de persuader quand on sait plaire. En général, les vers de cet auteur sont harmonieux, et répondent à la majesté des sujets qu'il a traités. Son père n'a peut-être pas représenté la grandeur de Dieu d'une manière plus noble qu'elle n'est exprimée dans ce morceau :
Ce dieu d'un seul regard confond toute grandeur; Des astres devant lui s'éclipse la splendeur. Prosterné près du trône où sa gloire étincelle, Le chérubin tremblant se couvi^e de son aile. Rentrez dans le néant , mortels audacieux ; Il vole sur les vents , il s'assied sur les cieux. * Il a dit à la mer « brise-toi sur ta rive » ; Et dans son lit étroit la mer reste captive. Les foudres vont porter ses ordres confiés.
DE LOUIS RACINE. - xm
Notre globe à mes yeux est semblable à ce grain Dont le poids fait à peine incliner la balance.
Ses épîtres sont fort inférieures à celles deBoileaii et de Rousseau : ses odes manquent d'élévation et de chaleur, et ne sont point animées du souffle de vie; mais du moins son style est toujours pur, et ce mérite devient très-recommandable dans un temps où nos jeunes versificateurs semblent regarder comme un des privilèges de la poésie la liberté de s'affranchir du joug de la langue.
11 a publié des lettres et la vie de son père , monument précieux pour ceux à qui la gloire des arts est encore chère. La piété filiale ne justifieroit pas des louanges données à un homme médiocre; mais M. Racine , de quelque sentiment dont il fût pénétré pour son père, n'a trouvé que des lecteurs aussi jaloux que lui-même d'admirer ce grand poète. Ce n'est point là cette foiblesse reprochée aux éditeurs et aux commentateurs, toujours enivrés de la beauté des ouvrages qu'ils se proposent de mettre au jour. C'est le fils d'un grand homme qui sent toute la dignité du nom qu'il porte, et qui sait le faire valoir avec une noble confiance.
Ses réflexions sur la poésie sont le fruit d'une critique sage et éclairée. C'est en faire l'éloge que