ODE XXII
La mort chrétienne.
Qu'il périsse ce corps coupable, Ce honteux fardeau qui m'accable , Disne victime de la mort.
Qu'il soit dévoré par la tombe, Qu'on l'y descende , et qu'il retombe Dans la poussière dont il sort.
O mort que nous nommons cruelle , Tu viens frapper ce corps rebelle, Et terminer notre tourment.
Lorsque d'un moment de souffrance On achète sa délivrance, Est-ce l'acheter chèrement?
A ces esclaves méprisables,
Qu'enivrent des biens périssables,
Imprime une juste terreur.
Tu les dépouilles ; qu'ils t'abhorrent : *
Tu leur ravis ce qu'ils adorent ;
C'est pour eux que tu n'es qu'horreur.
Ah! que, faussement courageuse, L'ame doit te trouver affreuse ,
Quand le néant est son espoir!
Quel espoir de ne rien prétendre!
Quel bonheur de n'en point attendre!
Quel secours de n'en plus avoir!
La foi donne le vrai courage :
Pour qui la vie est un voyage Le terme n'est point un malheur.
A quelques trésors qu'on l'arrache , Ce qu'il possède sans attache , Il l'abandonne sans douleur.
Si son cœur malgré lui soupire, Si contre un coup qui le déchire La nature défend ses droits, Il est homme , mais sa foi vive Laisse la nature plaintive Parler pour la dernière fois.
Puisqu'ici-bas la destinée *
De notre race infortunée Est de souffrir et de mourir, O ciel , abrège ma carrière :
Que bientôt mon heure dernière M'épargne le temps de souffrir.
Si tu veux retarder cette heure , S'il faut encor que je demeure, J'accepte mes jours et mes maux.
Pour prix de mon obéissance,
Qu'une mort pleine d'espérance Soit le terme de mes travaux.
Toi qui, mourant pour le coupable,
Du haut de ta croix adorable
Ouvris les bras à l'univers.
Qu'à ce moment où ta justice
Ordonnera mon sacrifice
Ces bras me soient encore ouverts.
Page 364, ode i.
Au dernier jour du monde, où le souverain juge, etc.
Plusieurs personnes prétendent qu'il n'est point parlé dans l'ancien Testament de l'immortalité de l'ame, ni des récompenses et pimitions éternelles. La fin de ce psaume, et tant d'autres endroits des Psaumes , détruisent cette objection , à laquelle j'ai déjà répondu dans le troisième chant du poème de la Religion.
Page 365, ode 2. Que de frémissemens , quel trouble sur la terre !
Le sens prophétique est le sens littéral de ce psaume : David n'a pu dire que toute la terre frémissoit contre lui , et que Dieu l'avoit engendré en l'appelant son fils, et lui avoit donné l'empire des nations.
Page 373, ode 6.
Je t'aimerai, Seigneur, je t'aimerai sans cesse.
On trouve un dessein suivi dans ce psaume; tout y marche avec ordre : actions de grâces pour la délivrance du péril, récil du péril, description de Dieu qui vient délivrer l'innocent, raisons qui l'y ont engagé, défaite entière des ennemis, et le triomphe éternel du juste. La fin du psaume fait voir clairement que ce juste est Jésus-Christ. Sans ce grand objet, David auroit-il pu faire une description si pomjïeuse de Dieu, qui vient dans
toute sa majesté, qui ébranle la terre, et qui jette la consternation dans toute la nature?
Page 374, ode 6.
Tout s'ébranle , le bruit redouble ; La terre entière est dans le trouble.
On lit dans les premières éditions les deux vers suivans, dont la rime est fausse :
Le bruit redouble , tout s ébranle ; C'est la terre entière qui tremble.
Page 375, même ode.
Que la nature se confonde, etc.
Horace, ode 3, liv. tu , dit au sujet de l'homme juste :
Si fractus illabatur orbis, .
Impavidum ferient ruinas.
Pagff 38i, ode 8.
Mon Dieu, mon Dieu, pourquoi m'avez-vous oublié?
La première partie de ce psaume, qui est moins une prophétie que l'histoire de la passion, est une juière toute de douleur; la seconde partie est ime prophétie de Jésus-Christ ressuscité consolant ses apôtres, formant l'Eglise et appelant les nations à son festin.
Page 386, ode 9.
Quel est ce roi puissant ? demandez-vous encore.
Aben-Ezra, interprète juif , est convenu que le dernier verset de ce psaume devoit s'entendre du triomphe du Messie, Ce triomphe est l'objet de tout ce psaume , si plein de poésie. Dieu est le souverain de l'univers : qui pourra paroître devant lui?
L'homme juste. Il le peut depuis que Jésus-Christ a ouvert les cieux. Le prophète en ce moment voit Jésus-Christ qui y monte environné des âmes qu'il a tirées des enfers après sa résurrection. Les anges paroissent d'abord ne le pas connoîtrc ; mais au nom du Dieu des armées ils se prosternent , et les portes du ciel s'ouvrent.
Page 387, ode 10.
Tout mon cœur s'enflamme et bouillonne.
Quelques commentateurs, regardant ce psaume comme un épithalame pareil à celui qui est dans Théocrite, idylle 18, ont appelé des hyperboles poétiques les termes qui ne peuvent convenir à Salomon, ni à aucun autre prince. Quand ce psaume ne seroit qu'un épithalame ordinaire , il seroit toujours admirable pour la poésie; mais il l'est bien davantage quand on fait attention qu'il ne peut convenir qu'à Jésus-Christ, à qui saint Paul a appliqué le cf. verset où l'époux est appelé Dieu. L'union de Jésus-Christ et de l'Église est célébrée par un cantique dans la forme de ceux qu'on chantoit autrefois aux mariages des princes. Le chœur, composé des filles de la noce, s'adressoit tantôt à l'époux, tantôt à l'épouse.
Page 389, ode 10.
Brillante reine , épouse heureuse.
Sous l'image de ces jeunes filles qui, suivant l'ancien usage, amenoient l'épouse à l'époux, sont représentées les nations idolâtres qui accourent à l'Église et forment son cortège.
Page 391 , ode 11.^
O mon Dieu, sauvez-moi, je péris; accourez- Le sujet de ce psaume est le même que celui du 21^; et
comme la première partie est pareillement une prière de douleur, j'ai suivi la même mesure de vers qui par son harmonie est conforme à la tristesse.
Page ^94, ode ii.
Que sou nom du livre de vie Soit effacé de votre main.
Toutes ces expressions, qui annoncent la plus terrible des punitions temporelles, ne doivent point s'entendre d'une réprobation éternelle, puisque le prophète prédit ensuite le rappel des Juifs sous l'image du retour d'une captivité. Il n'a point été parlé de celle de Babylone dans tout le psaume.
Page /joo, ode i3.
Juges , ouvrez les yeux , tremblez , dieux de la terre.
M. Bossuet, dans sa belle préface sur les Psaumes, faisant lemarquer la grande poésie qui y règne, prend celui-ci pour exemple. Quoique très-court, que de figures, d'images et de fictions y régnent ! Le prophète annonce aux juges que Dieu va les venir juger eux-mêmes. Dieu vient, leur parle : les juges se taisent. Le prophète, étonné de leiu" stupidi!^é, leiu^ parle à son tour; et, n'ayant plus d'espérance, prie Dieu de venir luimême établir sur la terre le siège de sa justice.
Page 4i^) oâe 17.
Le maître de tout l'univers. ♦
Ce psaume , appliqué à Jesus-Christ par Jésus-Christ même, par saint Pierre et par saint Paul , ne peut être appliqué à aucun prince, puisqu'il annonce un roi égal à Dieu, assis à sa droite, engendré avant les astres, prêtre éteinel, et vainqueur de toutes les nations.
Pai:;e l\i^ , ode 17.
Notre intrépide conquérant.
Dans ce dernier verset, moins clair que les autres, le prophète fait entendre que celui qu'il vient de chanter, quoique égal à Dieu , ne sera vainqueur de la terre qu'après avoir traversé le torrent des misères de la vie humaine.