ODE XXI
Les larmes de la pénitence.
Ghace! grâce! suspends l'arrêt de tes vengeances. Et détourne un moment tes regards irrités. J'ai péché, mais je pleure : oppose à mes offenses, Oppose à leur grandeur celle de tes bontés.
Je sais tous mes forfaits , j'en connois l'étendue : En tous lieux , à toute heure ils parlent contre moi ; Par tant d'accusateurs mon ame confondue Ne prétend pas contre eux disputer devant toi.
Tu m'avois par la main conduit dès ma naissance; Sur ma foiblesse en vain je voudrois m'excuser : Tu m'avais fait, Seigneur, goûter ta conuoissance; Mais, hélas! de tes dons je n'ai fait qu'abuser!
De tant d'iniquités la foule m'environne;
Fils ingrat, cœur perfide, en proie à mes remords,
La terreur me saisit; je frémis , je frissonne;
Pâle et les yeux éteints, je descends chez les morts.
Ma voix sort du tombeau; c'est du fond de l'abîme Que j'élève vers toi mes douloureux accens : Fais monter jusqu'au pied de ton trône sublime Cette mourante voix et ces cris languissans.
O mon Dieu... Quoi! ce nom, je le prononce encore! Non, non, je t'ai perdu, j'ai cessé de t'aimer. Ojuge qu'en tremblant je supplie et j'adore, Grand Dieu, d'un nom plus doux je n'ose te nommer.
Dans le gémissement , l'amertume et les larmes , Je repasse des jours perdus dans les plaisirs ; Et voilà tout le fruit de ces jours pleins de charmes : Un souvenir affreux , la honte et les soupirs.
Ces soupirs devant toi sont ma seule défense : Par eux un criminel espère t'attendrir.
N'as- tu pas en effet un trésor de clémence? Dieu de miséricorde, il est temps de l'ouvrir.
Oïl fuir, où me cacher, tremblante créature. Si tu viens en courroux pour compter avec moi ? Que dis- je! être infini, ta grandeur me rassure. Trop heureux de n'avoir à compter qu'avec toi !
Près d'une majesté si terrible et si sainte. Que suis-je! un vil roseau : voudrois-tu le briser? Hélas! si du flambeau la clarté s'est éteinte, La mèche fume encor, voudrois-tu l'écraser?
Que l'homme soit pour l'homme un juge inexorable : Où l'esclave auroit-il appris à pardonner! C'est la gloire du maître : absoudre le coupable N'appartient qu'à celui qui peut le condamner.
Tu le peux ; mais souvent tu veux qu'il te désarme ; Il te fait violence ; il devient ton vainqueur. Le combat n'est pas long : il ne faut qu'une larme. Que de crimes efface une larme du cœur!
Jamais de toi , grand Dieu, tu nous l'as dit toi-même, Un cœur humble et contrit ne sera méprisé! Voilà le mien : regarde, et reconnois qu'il t'aime; Il est digne de toi, la douleur l'a brisé.
Si tu le ranimois de sa première flamme , Qu'il reprendroit bientôt sa joie et sa vigueur ! Mais non, fais plus pour moi, renouvelle mon ame. Et daigne dans mon sein créer un nouveau cœur.
De mes forfaits alors je te ferai justice, Et ma reconnoissance armera ma rigueur.
Tu peux me confier le soin de mon supplice : Je serai contre moi mon juge et ton vengeur.
Le châtiment au crime est toujours nécessaire; Ma grâce est à ce prix, il faut la mériter. Je te dois, je le sais, je te veux satisfaire : Donne - moi seulement le temps de m'acquitter.
* Ah! plus heureux celui que tu frappes en père! Il connoît ton amour par ta sévérité.
Ici - bas quels que soient les coups de ta colère , L'enfant que tu punis n'est pas déshérité.
Coupe , brûle ce corps, prends pitié de mon ame ; Frappe, fais-moi payer tout ce que je te doi. Arme -toi dans le temps du fer et de la flamme ; Mais dans l'éternité , Seigneur, épargne -moi.
Quand j'aurois à tes lois obéi dès l'enfance. Criminel en naissant, je ne dois que pleurer. Pour retourner à toi la route est la souffrance : Loi triste, route affreuse... entrons sans murmurer.
De la main de ton fds je reçois le calice... Mais je frémis , je sens ma main prêle à trembler. De ce trouble honteux mon cœur est -il complice? Suis -je le criminel? voudrois-je reculer?
C'est ton fils qui le tient : que ma foi se rallume. Il en a bu lui-même, oserois-je en douter? Que dis -je! il en a bu la plus grande amertume. Il m'en laisse le reste, et je n'ose en goûter!
Je me jette à tes pieds, 6 croix, chaire sublime D'où l'homme de douleur instruit tout l'univers; Autel, sur qui l'amour embrase la victime; Arbre ou mon rédempteur a suspendu mes fers.
Drapeau du souverain qui marche à notre tête ; Tribunal de mon juge , et trône de mon roi ; Char du triomphateur dont je suis la conquête; Lit ou j'ai pris naissance, il faut mourir sur toi.
43o ODES