‹ PoésiesChapitre 42 sur 64 · ODE I · texte numérisé non relu

ODE I

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Charme de mon loisir et de ma solitude , Que les grands à l'envi m'appellent auprès d'eux , On ne me verra point chercher la servitude Lorsque je suis heureux.

Faut-il courir si loin, insensés que nous sommes, Pour trouver ce bonheur que nous désirons tous? Retranchons nos désirs; n'attendons rien des hommes , Et vivons avec nous.

Déjà trop accablés de liens nécessaires, Pourquoi grossir encor la source de nos pleurs? Epargnons-nous du moins tous les nœuds volontaues, Ménageons nos douleurs.

Qu'un lâche adulateur chaque jour nnportune Le maître dont il peut essuyer la fierté. Je n'irai point à ceux qu'élève la fortune Vendre ma liberté.

Dans les palais des rois un coup-d'œil nous captive L'homme y va follement chercher un heureux sort; En entrant il le perd , libre quand il arrive , Esclave quand il sort.

Le sage toutefois ne pourra jamais l'être. Pour l'homme vraiment libre il n'est point de lien; Au milieu de la cour il peut vivre sans maître: Lui seul il est le sien.

jNi l'or, ni les honneurs ne le rendent fidèle; La vertu qui le guide est son unique appui : Quand il arrive au Louvre, il y monte avec elle ; Elle en sort avec lui.

Il sert sans intérêt ceux que la terre adore : Ce qu'ils ont à donner ne flatte point ses vœux; 11 n'en désire rien, et lui seul les honore , S'oubliant auprès d'eux.

Lorsque l'air est serein , il prévoit h tempête : L'air se trouble , la nuit ne peut l'intimider. Sans changer de visage, il entend sur sa tête Le tonnerre gronder.

La solide grandeur dont féclat l'environne Dans sa disgrâce encor répand un plus grand jour : Nous le félicitons quand la cour l'abandonne , Et nous plaignons la cour.

' SUK DIFFÉRENS SUJETS. • 4/4 5

Frappé d'une peinture et si rare et si belle, Si quelqu'un croit qu'ici j'invente ce tableau, Qu'il te regarde, Alcandre, il verra le modèle Qui conduit mon pinceau.

Ali ! si par leurs vertus et leur douceur extrême, Comme toi, tous les grands enchantoient l'univers, Que je perdrois bientôt la liberté que j'aime Pour courir dans leurs fers!

Mais plutôt qu'ébloui d'une vaine opulence Je recherche un honneur d'amertume rempli , Je veux, loin des palais, vivre dans le silence. Et mourir dans l'oubli.

Oui , mon obscurité fera mon assurance ; J'y braverai du sort le caprice inconstant : Tranquille, délivré de crainte et d'espérance, Pauvre , et toujours content.

Apollon quelquefois viendra dans ma demeure; Les Muses m'offriront leurs charmes innocens: Douces divinités, c'est pour vous qu'à toute heure Fumera mon encens.

Que de momens heureux se passeront à lire Des Romains et des Grecs les aimables écrits ! Moi-même j'oserai répéter sur ma lyre Ce qu'ils m'auront appris.

Et dans l'instant fatal où la Parque ennemie Coupera de. mes jours le fîl délicieux , Sans accuser la mort , sans regretter la vie , Je fermerai les yeux.

SUP DIFFÉRENS SUJETS. /(/jy

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