ODE II
En 1722.
Au service du dieu qui préside aux richesses
Quand tu me vois entrer , Crois-tu qu'il m'éblouisse , et que de ses promesses
Je me laisse enivrer ?
Ce dieu n'est pas le mien .-celui de l'harmonie
Eut mon premier encens.
Nourrisson des neuf sœurs , au maître d'Uranie
J'offris mes vœux naissans.
A la cour d'Apollon , les cœurs pleins de noblesse
Dédaignent les présens Qu'attendent aux genoux de l'aveugle déesse
De lâches courtisans.
Ce dédain généreux , pour prix de mes offrandes ,
Il sut me l'inspirer.
Il fait des dons plus grands à des âmes plus grandes
Je n'y puis aspirer.
Honteuse ardeur , qu'en nous le froid de la vieillesse Semble encor ranimer,
Soif infâme de l'or, aux rives du Permesse J'appris à te calmer.
Si pour l'or, diras-tu, mon ame peu commune
Avoit tant de mépris.
Me verroit-on choisir la route où la fortune
Place ses favoris ?
Non, je ne choisis pas rje vais où l'on m'appelle;
La raison m'y résout.
Qu'aurois-je h craindre ? Une ame à ses devoirs fidèle
Est la même partout.
Chargé de recueillir les tributs qu'il impose,
Qu'Aristide a d'éclat!
Sans regret, sans murmure , en ses mains on dépose
Ce qu'on donne à l'état.
D'Athènes par ses soins les revenus grossissent
Sans augmenter le sien.
Il laisse à ses enfans , que les peuples nourrissent ,
Son nom seul pour soutien.
Peut-être que trop loin ce héros de la Grèce
Poussa l'austérité :
Le sage doit peut-être, ainsi que la richesse,
Craindre la pauvreté.
Abandonnez, 6 dieux, à l'affreuse indigence Ceux que voiîs haïssez ;
Mais ne me livrez pas à la folle opulence , Si vous me chérissez.
Vainement LucuUus de ses salons superbes
Me vante les festins, Quand Horace m'appelle, et m'offre avec ses herbes
Le moins rare des vins.
Charmé de la vallée où l'Anio serpente,
Tibur est tout son bien :
A son puissant ami son ame trop contente
Ne demande plus rien.
Oui , quand je sers le dieu que partout on adore.
Je n'en veux pour faveur Qu'un jardin , quelques champs , et quelques bois encore ,
Asile d'un rêveur.
Que ce boiteux si lent arrive et satisfasse
Mes souhaits empressés ; Alors on m'entendra m'écrier comme Horace :
O Plutus, c'est assez!
D'un pénible travail , solitude que j'aime ,
Un jour console-moi ; Fixe ma vie errante, et me rends h moi-même,
En me rendant à toi.
45o ODES