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Poésies

De la Corse échappé quel vaisseau triomphant , Comme un coursier sans frein s'avance ,

Fier de déposer un enfant

Sur le rivage de Provence?

L'enfant que vers nos bords ont conduit les nochers,

Bientôt doit conduire une armée ; Cet obscur citoyen, né parmi les rochers, Verra, comme un géant, grandir sa renommée. Le voyez-vous courber son front appesanti ? Si le bruit des canons au loin a retenti, Il écoute, en rêvant, cette sombre harmonie ; Durant ses longues nuits, souvent il a senti Dans son large cerveau, qu'échauffait l'insomnie, S'allumer et bouillir le brasier du génie .

Jeune-homme audacieux, irascible, insoumis, Bientôt il semble un roi déchu du rang suprême;

îl lui faut des sujets, et non pas des amis.

C'est lui qui construira son trône •, c'est lui-même

Qui, d'un bras fort et redouté.

Sur Fautel de la liberté, Forgera pour sa tête un sanglant diadème .

Aux armes! les Anglais sont maîtres de Toulon ! Bonaparte s'avance, et boulets et mitrailles De la cité rebelle ont criblé les entrailles. Voilà de ta grandeur le premier éclielon, Jeune Corse! En avant! Tombe sur l'Italie! Des vieux guerriers romains la race ensevelie Ressuscite ; à leurs yeux bientôt a resplendi (Météore guerrier! Redoutable auréole') Le magique étendard, qui, du pont de Lodi, S'élance jusqu'au pont d'Arcolc,

Mais l'Egypte, à son tour, appelle nos soldats; Les voyez-vous, de sang et de sueur humides. Déborder en torrents sur les sables numides? Déchiré par le fer et le plomb des combats, Leur drapeau s'arrondit au front des Pyramides . Aboukir! Aboukir, témoin de nos revers!

Nos vaisseaux en débris couvraient ton promontoire; Mais bientôt Bonaparte, aux yeux de l'univers, De ton nom désastreux fait un nom de victoire! Il est là, seul, debout; qui pourrait l'ébranler? Sous son bras gigantesque, il va faire crouler Le trône déjà vieux du nouveau directoire.

Il part; la mer sous lui se courbe avec orgueil; ïl vogue; de la France il a touché le seuil;

Il marche , et dans la Capitale Le paisible canon proclame son retour ;

Aux yeux d'un peuple ivre d'amour,

Sans même y songer, il étale Le prestige qui suit sa gloire orientale. Ce héros, qu'épargna le tonnerre des camps, Ecrase dans Paris la hideuse anarchie ; Il brise les poignards, il éteint les volcans. Mais des Alpes encor la barrière est franchie; Le canon français gronde, et Russes et Germains Ont fui ! De Marengo l'immortelle journée A du Premier Consul fixé la destinée, Et pour lui, vers le trône, aplani les chemins . Imposé par son bras, le joug de la conquête Des peuples et des rois a fait ployer la tête ; Et des Républicains dédaignant la fureur, La France a proclamé Bonaparte Empereur.

Quels barbares, ligués au sein de l'Allemagne, Menacent les états du nouveau Charlemagne? Ces Russes, ces Germains, tantôt vaincus par nous, Dont le front suppliant vint heurter nos genoux, Osent-ils bien, s'armant des débris de leurs chaînes, Rêver et proclamer leurs victoires prochaines? Sous ces illusions qu'ils soient ensevelis! Vainqueurs de Marengo, consommez leur défaite ,

Et mêlez à vos chants de fête L'orchestre foudroyant des canons d'Ansterlitz. Mais quoi ! point de repos! votre tâche est immense! Quand finit un combat, un autre recommence. La Prusse, qu'un instant l'épouvante enchaîna, Se relève; non! Non! La Prusse est terrassée, Et d'un premier affront la mémoire effacée ;

Rosbach est voisin d'Iéna!

L'ombre de Frédéric, plaintive et désolée, Sort de ses noirs caveaux, jette un sombre coup d'œil

Sur ces champs tout couverts de carnage et de deuil Et rentre dans son mausolée .

Prodigue de son or, avare de son sang,

L'envieuse et lâche Angleterre Prête, dans sa vengeance, à remuer la terre, Va des Autrichiens solder le bras puissant . Mais l'Autriche aussitôt d'épouvante est frappée ; C'est que Napoléon a tiré son épée!

11 entraîne la France à de nouveaux hasards ; D'Esslog et de Wagram le sanglant territoire Sous ses pas conquérants tressaille, et la victoire Met au lit d'un soldat la fille des Césars.

La gloire, jusqu'ici ta fidèle compagne,

Napoléon, la gloire ardente à te servir,

Irrite ton orgueil, au lieu de l'assouvir.

Dans tes serres d'airain tu comprimes l'Espagne ;

Mais l'Espagne résiste, et ce peuple haineux

N'a pas mis dans sa force un espoir inutile ; Ainsi le flexible reptile Etreint un aigle dans ses nœuds.

Un courroux unanime a soulevé les âmes ;

Par sa religion l'Espagnol exalté,

Au nom de Dieu, des rois et de la liberté, Sème le carnage et les flammes.

Partout sur les donjons flotte le drapeau noir;

Dans les murs de Madrid , même au sein des ténèbres,

Le sonore beffroi tinte des glas funèbres ;

Le colon fuit ses champs; le noble, son manoir;

Aucun ne reste sourd au cri de la vengeance ;

Pour sauver leur pays tous sont d'intelligence.

Brise-là tes efforts, Napoléon ; tu crois Sur les fiers héritiers du Cid et de Pelage ' Jeter le poids d'un honteux vasselage ; Le glaive d'une main, et de l'autre la croix, Ils sauront refouler aux pieds des Pyrénées Celui qui se disait l'homme des destinées»

Sur les glaces du Nord, comme sous le Midi, La foudre éclate et luit; le géant de Russie, D'un sommeil de quatre ans secouant l'inertie, Contre Napoléon tout-à-coup s'est raidi; Formidable combat entre deux grands empires I

Arrête, aveugle conquérant, Arrête au bord du gouffre un essor dévorant S A ton premier désastre aujourd'hui tu conspires !

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N'importe ! A ses foyers tout un peuple arraché S'arme, et, comme un seul homme, à ta voix a marché. Tout tremble, et devant toi poussant l'Europe entière, Des Russes fugitifs tu brises la frontière. Laissant entre eux et toi la flamme et les débris, Vers leurs climats lointains ils cherchent des abris. Rien ne t'arrête?.... Eh bien! Moscou, la Ville saillie, Moscou n'offre à tes yeux qu'une déserte enceinte ; Moscou n'est qu'un bûcher, où meurent engloutis Les projets qu'en treize ans ton orgueil a bâtis ; Et la sombre vapeur qui voltige autour d'elle, De ta vaine conquête est l'image fidèle. Les Russes t'ont laissé l'empire du néant, Et ces Parthes nouveaux ont su vaincre en fuyant.

La France, un instant alarmée

Du trépas sanglant de ses fils, La France, de l'Europe acceptant les défis, Frappe du pied la terre.... il en sort une armée ! Dans les champs de Lutzen, nos soldats aguerris Cherchent au premier rang leurs postes favoris, Du canon meurtrier les lueurs resplendissent -, Le boulet siffle, vole, et tous les cœurs bondissent. C'est une lutte à mort ; sans reculer d'un pas, Chaque brave reçoit ou donne le trépas. La victoire leur dresse un glorieux trophée ; La ligue a succombé.... mais n'est pas étouffée ! Sous les murs de Leipsick veille la trahison ; Dans les froides vapeurs d'un sinistre horizon, Leur astre impérial descend.... et les ténèbres Sur des corps tout meurtris, des membres en lambeaux, Des spectres, qu'on croirait échappés des tombeaux,

Etendent leurs voiles funèbres î

C'en est fait! l'ennemi va pénétrer vainqueur Jusqu'au sein de la France, et la percer au cœur ! Quels prodiges nouveaux un grand courage opère! Affaissé sous le poids de sa propre grandeur, L'empire a vu s'éteindre et mourir sa splendeur ; Tous ont désespéré . . . , Napoléon espère ; Il s'avance , escorté de braves généraux, Observe en philosophe, et combat en héros. Champaubert, Montmirail , Château-Thierry, Vaucelle, Le sang de nos guerriers dans vos plaines ruisselle; Ces héros, dont la mort terrasse la valeur. Mêlent un cri de gloire au cri de la douleur ; Ils triomphent ! . . . Pourtant la France est asservie ; Mais ils sont fiers encor de lui donner leur vie. Paris même est vaincu ! Notre aigle audacieux, Qui, soumis à la voix d'un maître ambitieux, Réduisait les trônes en poudre ,

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Frappé lui-même de sa foudre,

Tombe mais c'est du haut des cieux.

Une île dominant la Méditerranée, De l'Empereur déchu borne la destinée ; Ya-t-il, en se cachant dans la nuit du trépas, Fuir de ses ennemis la rage inassouvie ? Lui, mourir î 11 fait plus, il supporte la vie ;

Les morts seuls ne reviennent pas ' - Il revient ! Prompte a se soumettre La France en tressaillanl a reconnu son maître ; Dans les champs de Fleurus il plante ses drapeaux ; Son activité dévorante Ne se lasse crue du repos ; Il renverse, en passant, la Prusse conquérante.

L'Angleterre s'avance; implacable ennemi

Il court, et ne veut point l'écraser à demi ;

À sa voix, la tempête un seul instant calmée

Entoure Waterlo d'une ligne enflammée ;

Mille globes de fer sont vomis par l'airain,

Et de corps palpitants encombrent le terrain.

A travers ce fracas terrible et monotone

Ecoutez î écoutez ! en face du trépas

Un sublime héros, que nul danger n'étonne,

A dit : « La garde meurt ; elle ne se rend pas î »

Mais Dieu, qui tient la terre à ses pieds enchaînée,

Des deux partis rivaux pèse la destinée ;

Ce grand Dieu, dont la volonté Fait qu'un insecte meurt ou qu'un grand homme expire, Ou qu'une feuille tombe ou que tombe un empire, Sait briser des tyrans le glaive ensanglanté.

La France a succombé ! la valeur cède au nombre La gloire des combats est le rêve il une ombre,

L'ouvrage de quinze ans est détruit en un jour !

Mais Lui, qu'aura-t-il pour séjour, Lui, dont rien n'arrêtait la marche colossale ;

Lui qui, des autres potentats A ses états sans nombre unissant les états, Etouffait à l'étroit dans l'Europe vassale ? Seul, abreuvé d'affronts et de regrets cuisants,

Captif d'un geôlier d'Angleterre, Il mourra séparé du reste de la terre ; Un prince infortuné n'a plus de courtisans !

Que dis-je? trois guerriers fidèles, D'un dévoûment sublime héroïques modèles,

l)e leur ancien ami partagent la douleur.

Plus grand sur ce rocher, qu'autrefois sur le trône,

Napoléon, dépouillé de couronne, Tu brilles entouré de l'éclat du malheur. Les vents autour de toi grondent avec furie ; Sous tes pieds dédaigneux l'océan irrité Vient briser de ses flots l'impétuosité ;

Toi , dans ta morne rêverie, Tu compares ta gloire à ton adversité.

Et de tes jours enfin quand se rompit la trame, Quand parut Fange de la mort, Tu léguas à Dieu ta grande âme,

Aux Anglais, tes bourreaux, un éternel remord.

Au fond d'un noir caveau, sous l'abri d'un vieux saule .

Dans un étroit cercueil tu dormiras vingt ans ;

Mais que ton ombre se console, Car la France t'a dit : g. Vif ou mort, je t'attends, n Dans Paris maintenant, ta dépouille mortelle Voit le peuple français prosterné devant elle, Et du siècle qui fuit te proclamer géant ; Dans Paris maintenant, la foule amoncelée

Vient, au pied de ton mausolée, D'un empereur cadavre admirer le néant!

Boutades' fantasliqiif s.

Selle soirée if Ijiver.

Le jour tombe; voyez comme le ciel rougit'. Le soleil terne et froid s'incline et s'élargit,

Et le chêne géant, que la Lise délabre ,

Etend ses longs bras nus, comme un grand candélabre.

Drapé de son manteau garni de menu-vair,

Le riche tremble encore au souffle de l'hiver;

Et, traiuant ses haillons, le mendiant circule

Dans Thumide vapeur du sombre crépuscule.

Au bac de son comptoir broutant son revenu,

Un Crésus songe-t-il que, pâle et demi-nu,

Sur le seuil , jour et nuit, le pauvre qui marmonne,

Implore, en frissonnant, le tribut d'une aumône ?

À travers ce vitrage et ces rideaux soyeux,

Quelle douce lueur vient caresser mes yeux ?

Sur les brillants carreaux je vois tourner des ombres;

Là tout est plaisir -, là, point de visages sombres ;

Car, dans ce beau salon, par l'amour habité, L'ennui même doit prendre un masque de gaîté. Entrons; l'orchestre vibre, et la troupe charmée Se livre au tourbillon de la valse enflammée. Heureuse entre les bras d'un galant favori, Jeune épouse, va, cours, reviens, et ton mari, De tous ces mouvements spectateur immobile. Se morfond dans un coin, et digère sa bile. Ta mère avec orgueil lève son front altier, Où flotte mollement un jardin tout entier. Jalouse et contractant ses lèvres violettes , Elle censure tout, gestes, maintiens, toilettes. Ici, c'est un grimaud qui déclame et fait voir Le grotesque appareil de son petit savoir , Et prête gravement une oreille crédule Aux discours d'une femme ou d'un sot qui l'adule Là, debout près du feu , se tient un lourd pédaut,

À l'ignoble visage, au regard impudent; Voyez-le déployer, avec tant d'assurance , Son plat charlatanisme et sa crasse ignorance ! Il lui sied bien, vraiment, de lancer des brocards \ Ne se souvient-il plus de ses honteux écarts ? Des bégueules en cercle écoutent les sornettes De ce Tartufe adroit, de ce cuistre en lunettes, Qui, dénigrant toujours, et toujours dénigré, Croit de l'honneur d'autrui disposer à son gré. Demain ce paltoquet, regagnant son village, De sa vertu d'emprunt ira faire étalage , Sûr de trouver encor des juges complaisants : Ses rivaux en esprit; ses grossiers paysans.

Plus loin, c'est un barbon, qui veut, malgré son âge . Jouer de vert galant le triste personnage,

Rajuste sur son front ses grisonnants cheveux,

Et d'un amour transi prodigue les aveux.

Chloé, dans un miroir, contemple avec délices

Son teint, ses yeux, surtout ses cheveux noirs et lisses,

Rangés avec tant d'art, que. sur ce front si beau,

Ils ressemblent de loin aux ailes d'un corbeau,

Las de pirouetter dans des flots de lumière, Chaque danseur retourne à sa place première. Partout l'œil ébloui n'aperçoit que turbans, Echarpes, éventails, plumes, joyaux, rubans, ■ Dispendieux chiffons, brillantes bagatelles, Bras découverts, seins nus ou voilés de dentelles ; Mais sous un transparent et fragile tissu Ce qu'on semble cacher est-il moins aperçu ?

Et puis, il fait si chaud ! On étouffe, on endève De ne pouvoir eneor prendre les habits d'Eve ! Patience ! ils viendront ces jours, où décemment La simple nudité servira d'ornement

Ainsi passe, en hiver, une belle soirée-, Ainsi des longues nuits s'abrège la durée. Au matin, chacun sort de fatigue épuisé, Et répète, en baillant, qu'on s'est bien amusé.

L'KPKTAIPIKI

Quel est ce marbre blanc, couronné de verdure: Approchons : « Ci-gît un enfant ! »

Loin des tourments cruels, qu'ici bas on endure, 11 a pris vers les cieux un essor triomphant. Ce monde était pour lui trop peu digne d'envie ; A peine il a touché la coupe de la vie,

Qu'il la repousse avec mépris \

A peine entré dans la carrière, L'athlète faligué se rejette en arrière,

Et, sans vaincre, gagne le prix.

Lst-ce une illusion ? quelle voix douce et tendre,

Pareille à la voix d'un ami, A mon cœur étonné vient de se faire entendre ? C'est celle de l'enfant sous la pierre endormi : «Non, ce n'est point sur moi qu'il faut verser des larmes! «Quand j'ai dit à la terre un éternel adieu, «Du céleste bonheur j'entrevoyais les charmes;

«Que je suis bien auprès de Dieu !

«Pour moi plus de regrets ! plus de douleur amère !

K>Je suis heureux, pleurez pourtant «Sur mon père, qui m'aimait tant !

^ A U l pleurez sur ma pauvre mfere.l*

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