‹ PoésiesChapitre 2 sur 16 · CHANT DES PIRATES · texte numérisé non relu

CHANT DES PIRATES

3HAMT DES PIRATES.

Bondissons sur les flols d'une nier sans rivages; Nous avons pour flambeau la lueur des éclairs.

Au bruit des éléments joignons nos cris sauvages -, C'est en vain que la foudre a sillonné les airs .

Voguons sur l'Océan, voguons à l' aventure : Trace, noble vaisseau, trace un large sillon! A l'horizon lointain va saisir ta capture; Agite avec orgueil ton rouge pavillon ;

Aux armes, compagnons! voici l'instant! aux armes! Le vovez-vous venir ce navire étranger?

Cest un combat! pour nous le combat a des charmes! D'autres fuiraient la mort; nous, cherchons le danger!

De nos sabords jaillit une épaisse fumée; La vaste mer frissonne au bruit de nos canons! Amis, fussiez-vous seuls contre toute une armée, La victoire ou la mort illustrera vos noms.

Et quand même l'oubli pèserait sur vos tètes, Quand vous succomberiez inconnus, il est beau

De mourir en bravant la guerre et les tempêtes, Et d'avoir l'Océan tout entier pour tombeau!

SattMl'MMMl,

iîltBaniijropic.

Le Printemps, qui d*un souffle a banni la froidure. Remonte, en souriant, sur son trône de fleurs;

La terre a déployé sa robe de Verdure } Qu'elle sème à plaisir de vivantes couleurs.

Entendez-vous la joyeuse îiirondelle?

Aux cris des passereaux sa douce voix s'unit. L'oiseau monte, descend, remonte à tire d'aîle,

Et sous mon toit vient abriter son nid.

Par les ans dépouillé , ce cbêne vénérable D'un lierre verdoyant couvre sa nudité ; Contrastant avec lui, ce magnifique érable, Riche de sa vigueur, se dresse avec fierté.

Arbustes qui brillez de sève et de jeunesse ,

Il semble qu'avec vous moi-même je renaisse.

Heureux, cent fois îieureux l'homme qui vit aux champs!

Sans crainte et sans désir, il se dit à lui-même :

« Je puis, seul avec Dieu, qui me voit et qui m'aime,

» Fuir la société des fous et des méchants. »

Que les solliciteurs, émules des sangsues, Des hôtels et des cours assiègent les issues, Au nom du bien public servent leurs intérêts, Prêchent l'indépendance en ployant les jarrets, Et fiers de titres vains ramassés dans l'ornière, De rubans et de croix chargent leur boutonnière* Pauvres gens, qu'éblouit un éclat suborneur, A travers les cités vous cherchez le bonheur:

Moi je le trouve ici, quand ma table frugale

Rassemble quelques bons-amis, Ou que mes villageois, toujours d'humeur égale, A mon foyer qui brille, en cercle sont admis.

Si parfois je me sens inquiet et morose, Sous les blancs maronniers qui bordent mon jardin Je laisse errer mes pas; la fraîche et tendre rose Croît et s'épanouit sous ma main qui Farrose,

Et ma gaité renaît soudain.

Ainsi dans mon obscure et tranquille demeure, Je vis libre et content; Dieu fasse que j'y meure! Fi des salons dorés! C'est là que trop souvent La bêtise orgueilleuse, en habit de savant, Sous le sceptre de plomb de sa lâche critique

Ecrase dans sa fleur un talent poétique ; Ou qu'un fat, indigné de se voir si petit , Avec peu de mérite et beaucoup d'appétit Prodigue aveuglément et l'éloge et l'outrage,

Et pour un bon diner vante un méchant ouvrage. Mais n'est-ce pas encor dans maint et maint salon Qu'un nouveau Marsyas. cjui se croit Apollon, Déroule tous les soirs, sans rhythme ni cadence, De ses lourds concertos la bruyante abondance ? D'abord des cris aigus et des sous discordants Vous déchirent l'oreille et font grincer vos dénis; Puis une monotone et pesante harmonie Dans l'assoupissement plonge la compagnie. Mécontent du succès, Fauteur avec mépris Se rôtir»', en disant ; « ils ne m'ont pas compris ! a

Passons à d'autres lieux ; les traits du ridicule

Ne nie suffisent plus; non, c'est l'arme d'Hercule

Qu'il me faudrait; voyez, en silence accoudés

Sur une table verte , où frémissent les dés,

Os hommes ou plutôt ces fantômes livides;

L'ardente soif de l'or crispe leurs mains avides :

Leurs yeux, qui par moments se troublent de terreur,

Tantôt brillent de joie, et tantôt de fureur.

Les insensés! quand même ils auraient en partage

Tout l'or que charriait le Pactole ou le Tage,

Ils livreraient encor, par ces jeux clandestins ;

Leur honneur et leur bourse aux aveugles destins ;

Mais que des créanciers l'importune cohorte,

À solder leurs billets humblement les exhorte,

Bottiers, marchands de vin, boulangers et tailleurs

Recevront pour tout compte : e Adressez-vous ailleurs^-,

Et je me tairais! Non! non! garder le silence,

C'esl de ces vils faquins enhardir l'insolence !.

Esclaves abrutis de leurs fougueux désirs,

D'autres à leurs banquets, où régnent les plaisirs,

Conviant au rabais quelques beautés vénales ,

Prolongent dans la nuit d'ignobles saturnales.

Chacun d'eux, consumé d'une brutale ardeur,

Sur le seuil, en entrant, a quitté sa pudeur. '

Malheur à tout jeune-homme au cœur tendre et novice,

S'il aborde jamais ce cloaque du vice !

Bientôt une Vénus, monstre d'obscéuité,

Flétrira son amour et sa virginité;

Au sortir d'un marais, tel un bouc en furie

Souille d'un pied fangeux la fleur de la prairie.

Terrible châtiment! Hélas! à leur repas

La Mort s'assied aussi, mais ils n'y songent pas!

Et tandis que contre eux vainement je pérore,

L'horizon qui blanchit laisse poindre l'aurore.

Dans cet antre lugubre, image d'un tombeau ,

Où tremblent les clartés d'un sinistre flambeau,

Pénètrent du matin les rayons froids et pales ; Il faut les voir alors, tous ces Sardanapales, Que l'infâme Débauche enlace de ses nœuds, Trébucher et vomir sur le parquet vineux. Heureux si dans les bras d'une vile Aspasie Ils n'avaient du poison savouré l'ambroisie! Bientôt ils maudiront leurs prodigalités; Sur un grabat d'hospice ils mourront alités !

Mais j'ai trop secoué le fouet de la satire; Dans ce rude métier je sais ce qu'on s'attire. Je sais, je sais combien de haines, de clameurs, Soulève quelquefois la censure des mœurs. A ses débordements livrons l'humaine race, Et, du monde éloignés, disons avec Horace :

« Heureux le villageois ! heureux l'ami des champs,

a Qui n'ouvre point son cœur aux sordides penchants!

a Son modeste souper, que la faim assaisonne,

» A aut mieux que les festins où le gibier foisonne.

» Les morceaux enfumés de quelque gras jambon,

a Un pain noir, des fruits mûrs, tout lui plait, tout est bon,

a Dans sa cabane obscure il échappe à l'envie;

» Le secret du bonheur est de cacher sa vie. a

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Une vierge timide, ange à figuré humaine, Gomme mi rêve d'aiïMwr, sur la terre a passé.

C'est qu'elle regrettait le céleste domaine ? Et ce monde à ses yeux s'est bientôt effacé.

Seize fois elle a vu naître et mourir les roses 5 Belle de son printemps, elle attendait l'été , Quand l'implacable mort flétrit de sa beauté Les prémices à peine écloses !

Vous qui Pavez parfois rencontrée en chemin , Vous , sur qui l'infortune appesantit sa main , Vous , qui durant les nuits grelottez sur la pierre , Non moins que ses trésors , ses magiques discours

Vous consolaient ; des pleurs tombaient Je sa paupière , Et de vos pleurs elle arrêtait le cours.

Sous le toit paternel , loin d'un monde profane , Où souvent la vertu se ternit et se fane , Elle vivait heureuse et sans compter ses jours ; A nos salons bruyants , où le luxe s'étale , Elle se dérobait , leur préférant toujours Des bosquets et des bois la pompe végétale.

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Soir les jaunes moissons dans les champs diaprés , Et les Muets d'azur et les pavots pourprés.

Quand du beau firmament la lumière ruisselle, Quand, sur le frais gazon , dès l'aurore étincelle La marguerite en fleurs, blanche étoile des prés ; Tels étaient ses plaisirs! Sur une humble chaumière Quand la lune discrète épanchait sa lumière, À l'heure où le vieux pâtre et ses agneaux bêlants Vers le prochain bercail reviennent à pas lents , Au culte du malheur Angélina fidèle , D'un sentier tortueux cherchant l'obscurité, Allait ? près d'un mourant , faire asseoir avec elle L'Espérance et la Charité!

ISaître 5 aimer et languir, ce fut sa destinée !

La couronne de l'hymenée, Sans même s'y poser, effleura ses cheveux ;

Elle n'a point , victime h l'autel amenée , Prononcé pour jamais de téméraires vœux. Elle est morte à seize ans! voilà sa destinée. Passants , qui visitez l'asile du trépas, Qu'un hommage pieux arrête au moins vos pas; Une vierge repose en ce lieu solitaire. Elle entrevit le monde et referma les yeux. Un ange aux aîles d'or l'enleva de la terre , Pour la réveiller dans les cieux.

iîïa Retraite.

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