‹ PoésiesChapitre 12 sur 16 · LÀ. NUIT · texte numérisé non relu

LÀ. NUIT

Suisse, 1845,

La clarté du soleil par degrés s'est éteinte ; Des bergers montagnards la clochette qui tinte

Guide vers le bercail les dociles troupeaux ; Et le torrent, qui gronde au sein de la vallée , Interrompt par moments , de la nuit étoilée

Le mélancolique repos.

Je crois entendre au loin de saintes harmonies , Les chants mystérieux d'invisibles génies. Gardiens de ce pays, les monts avec fierté Dressent leur immobile et froide majesté. Sous un léger brouillard, à mes yeux se révèle L'éblouissant éclat de leur neige nouvelle, Tandis qu'un sentier noir, tortueux et rampant, Sur quelques blancs rochers monte , comme un serpent. Dans le creux des vallons , sonore et large tombe, L'avalanche par bonds tombe > roule et retombe ; On croit de mille chars entendre les essieux. La chute d'un vieux roc ou d'un pin centenaire Mêle encore un bruit sourd à ce bruit de tonnerre ? Et l'écho se rendort calme et silencieux.

Oh ! sublimes horreurs, pour moi pleines de charmes !

Oh ! quels poétiques accens Peindraient ce que je vois, diraient ce que je sens ? J'admire , je me tais et je verse des larmes ! Puis les étroits bosquets et le vaste horizon , Et la blanche cascade et les vertes prairies , Les insectes de feu , vivantes pierreries ,

Qui scintillent sur le gazon ,

Se disputent mes rêveries ; Et sur vous tour à tour j'ai promené les yeux , Fleurs, étoiles des champs; étoiles, fleurs des cieux ! (i)

(I) Des plaines sur la terre! des plaines dans les cieux ! des astres semés comme des fleurs ! ici-bas ? des roses ! là-haut } les couleurs de l'iris ! (Jean Chuysostome»)

l'hospitalité.

Il est minuit ; entendez -vous Forage Gronder au loin sur la cime des monts î

Le vent du nord ressemble aux cris de rage Qu'en leur sabbat poussent les noirs démons. D'un ciel en feu la sinistre lumière En longs éclats perce l'obscurité.

Quel voyageur au seuil d'une chaumière Implore l'hospitalité?

«. Ouvrez , dit-il 5 aux coups de la tempête m Dérobez-moi ; je suis anéanti !

« Ouvrez \ » Ce mot que deux fois il répète Dans la chaumière a deux fois retenti.

La voix des chiens se fait entendre \ on ouvre. Un bon vieillard , de sa meute escorté , Au voyageur qui tremble et se découvre Accorde l'hospitalité.

Un grand foyer s'allume j la nuit passe ; Mais tout-à-coup le tonnerre endormi Éclate , tombe , en sillonnant l'espace t Sur l'humble toît } et le brûle à demi. Le voyageur dit alors à son hôte :

« Raidissez-vous contre l'adversité!

» Dieu vous rendra bien plus qu'il ne vous ôte. » Merci de l'hospitalité ! »

Il dit 9 s'éloigne ., et le soir un beau page.

Sur le lieu même où l'orage est tombé ,

Accourt \ s'arrête en brillant équipage ;

Voit un vieillard qui sanglotte courbé.

« Vieillard , dit-il , c'est mon seigneur et maitre

» Que cette nuit vous avez abrité,

» Riche et puissant , il daigne vous remettre » Ce prix de l'hospitalité.

■fafe

» Prenez tout l'or dont cette bourse est pleine ; » Achetez-en chaumière 5 arbres . troupeaux. » Que vos brebis couvrent au loin la plaine ! « Vivez heureux et mourez en repos.

» Prenez } voilà ce qu'un bienfait rapporte > « Et si jamais de sa route écarté v> Un voyageur revient à votre porte .

« Donnez-lui l'hospitalité. »

Page 1