BOMBARDEMENT DE LILLE. ("Ô
o Quel est donc ce Germain, qui, du seuil de sa tente. » Ose , sur le peuple lillois ,
(4) On trouve dans les SOUVENIRS POÉTIQUES publiés parL.-T. Semet, en ^ 853, une ode sur le BOMBARDEMENT DE LILLE,
» Secouer fièrement sa baguette insultante ?
» Quel despote vassal vient nous dicter des lois ?
a Il a dit : « Courbez-vous ! » Tes mains sont-elles prêtes,
» Bourreau ? S'il faut choisir la honte ou le trépas ,
« Fils de la Liberté , nous périrons ; nos têtes
» Tombent, mais ne se courbent pas.
» Crois-tu que , redoutant les boulets et les balles , * Notre lâche cité , moderne Sybaris ,
» Ouvre à tes hordes cannibales
» Un large chemin vers Paris ?
» Vain espoir ! que sur nous ta foudre éclate et tombe! » Engloutis , consumés par les feux dévorants , »> Nous serons fiers encor d'échapper aux tyrans.
a Ah ! que ces murs soient notre tombe, « Mais non le boulevard d'ignobles conquérants »
Des mortiers belliqueux soudain la voix ewiniw
Eclate ; ainsi parfois des bruits sourds et fréquents Annoncent que la terre enfante des volcans. Les rapides obus ont glissé sous la nue ;
Astres de mort , dans les cieux assombris Ils croisent, en sifflant , raille courbes de flamme 5
Tout se brise et s'abat , tout hormis la grande âme
De nos concitoyens debout sur les débris ! Mêlant à ces horreurs sa lugubre harmonie , La cloche du tocsin , organe de l'enfer , Gueule de bronze , où vibre une langue de fer , Prolonge nuit et jour , avec monotonie , Son tintement qui semble un râle d'agonie. Les soldats ennemis , comme de noirs démons , Dansent à la lueur du rougeàtre incendie ; Un frénétique chant jaillit de leurs poumons. D'un nocturne sabbat cruelle parodie 1 Courage ! sur nos toits videz vos arsenaux , Barbares , qui croyez notre honte prochaine ;
Courage ! forgez notre chaîne !
Nous en briserons les anneaux.
Couronnez-vous de fleurs , de laurier et de chêne ! . Mais , quoi ! de vos cités reprenant les chemins , Vous laissez votre sang croupir dans nos rigoles ; Et Lille , qu'écrasaient vos efforts inhumains , De toute sa hauteur se dresse , et bat des mains ; Pareille à Velléda (i), prophétesse des Gaules ,
Quand elle chassait les Romains.
ML
Mais où sont les héros de cette noble histoire ? Ils dorment aujourd'hui sous le plomb du cercueil, Ces hommes , que la France aimait avec orgueil , Ces braves citoyens sacrés par la Victoire ,
\\) Tacite j Histoire ; Chateaubriand , les Martyrs.
Qui disputaient aux rois notre beau territoire , Quand de la République on proclamait le nom ; Ces vengeurs qui marchaient au rappel du canon ! Mais la France au tombeau ne doit jamais descendre Toujours ses défenseurs renaissent de leur cendre.
Si, préludant à de sanglants tournois r L'Europe nous jetait des menaces soudaines , Des Alpes jusqu'au Rbin , du Var jusqu'aux Ardennes , Les Duguesclins nouveaux et les nouveaux Dunois , Exaltés de courroux, brûlants d'idolâtrie, Surgiraient aussitôt pour sauver la patrie. Ceux-là sauraient punir d'injurieux défis ; Puis au temple des Lois ils suspendraient leurs armes ;
Et la France, les yeux en larmes , Dirait avec orgueil : ci Voilà mes dignes fils ! »
De nos vieux monuments considérez le faite.
Esclaves étrangers., courbés sous vos douleurs !
L'étendard aux triples couleurs S'arrondit sur leurs fronts en couronne de fête. Oh ! regardez-le bien , et vos cœurs soucieux D'un meilleur avenir concevront l'assurance. Fléchissez les genoux , et qu'il soit à vos yeux L'astre consolateur allumé dans les cieux ,
L'auréole de l'espérance !
Et vous , monarques absolus .
De nos murs contemplez l'enceinte ;
Contemplez la Liberté sainte Au banquet de la gloire invitant ses élus ! Oui , le peuple français fonde sa nouvelle ère ; 11 impose une digue aux flots de sa colère : Le sang ne rougit plus son bras ni ses drapeaux. Des révolutions comprimant la fournaise,
Comme l'Hercule de Farnèse , Sûr de lui-même, il garde un sublime repos.
Il veut que dans l'Europe , où la haine fourmille ,
Allemands , Espagnols , Anglais , Italiens ,
De la fraternité resserrant les liens ,
Ne fassent désormais qu'une grande famille.
Mais ne le bravez point !!!.... car son bras colossal
Déchaînerait sur vous de terribles tempêtes ;
Vos couronnes bientôt trembleraient sur vos têtes.
Songez , songez que tout vassal , Qui de la Marseillaise entend vibrer les notes , Se réveille d'un bond et brise ses menottes.
a Q?Âu/e au <z/bAt<n,
&£u «aawB» m^ù aeusssr.
Suisse, 1845.
Quel bruil majestueux l'écho lointain répète ! N'entends-je pas rouler le char de la tempête?
Non, c'est la grande voix du torrent furibond ; C'est le Rhin ; dans son cours il imite 1* orage ; Des hauteurs de Schaffouse il s'élance d'un bond ; Il rugit , il bouillonne, il écume de rage. C'est un fleuve qui tombe et rejaillit \ le Rhin Décharge et fait rouler la masse de ses ondes ; Il se brise , il s'engouffre , et comble du terrain
Les cavités sonores et profondes.
J'ai vu ce cataclisme, où toujours se mêlait Au vert foncé des flots une blancheur de lait ; Fracas prodigieux ! formidable tourmente De vagues , de brouillard et de neige écumante ! J'ai vu dans ce chaos des arbustes verdir. 0 spectacle terrible et pourtant admirable ! Sur des blocs de rocher j'ai vu le Rhin bondir , Ou plutôt j'ai cru voir descendre et s'arrondir D'un gigantesque pont l'arche incommensurable.
Vomis en tourbillon ton humide poussière ; Va , cours avec orgueil t' abîmer au néant ! Sur ton lit obstrué d'une fange grossière Bientôt tu languiras ; enfin sous un marais , Misérable ruisseau, tu fuis et disparais. Ainsi sur la terre ébranlée Passaient des conquérants fameux ; Ces colosses d'airain sont brisés , et , comme eux , A disparu leur mausolée !
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Voici l'hiver ! adieu , riant asile ,
Maison des champs, bos<jiiet où je me plus;
Voici l'hiver ! loin de vous je m'exile ; Durant six mois , je ne vous verrai plus !
Quand sur mon front vous incliniez vos branches,
Jeunes tilleuls unis aux frais jasmins ,
Sous votre dôme étoile de fleurs blanches ,
Je parcourais de sablonneux chemins.
Le rossignol chantait dans la feuillée ,
Et ranimait les échos assoupis ;
Et sur la plaine aujourd'hui dépouillée .
Le beau printemps déroulait ses tapis.
Tout dépérit î la rose s'est fanée ,
Et les ruisseaux vont suspendre leur cours :
Tout dépérit ! c'est le soir de Tannée ; Longs jours d'été, vous m'avez semblé courts 1 Quand reverrai- je 3 au gré de mon envie , Naître la rose aux brillantes couleurs , Et les ruisseaux, emblèmes de ma vie , Joyeux et purs , se glisser sous les fleurs \
Puisqu'il le faut , je retourne à la ville , Qui n'est pour moi qu'une large prison ; Là, tout impose une gêne servile ; Oh ! j'ai besoin d'un plus vaste horizon î J'aime des arts l'éblouissant domaine , Mais la nature a bien d'autres beautés ! Toujours près d'elle un instinct nous ramène ; Dieu fit les champs î . . . l'homme fit les cités.
Voici l'hiver i adieu , riant asile , Maison des champs, bosquet où je me plus ! Voici l'hiver ! loin de vous je m'exile ; Durant six mois je ne vous verrai plus !