L'AURORE
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Suisse, 1845.
Des premiers feux du jour les lueurs sont écloses f Les étoiles ont fui vers l'horizon lointain,
Et l'aurore , chassant la brume du matin , Sur la neige des monts laisse tomber ses roses. Le soleil vient jaunir, de ses reflets tremblants , Un amas colossal d'énormes glaçons blancs , Orgueilleuse Babel , dont la cime hardie Plonge dans le brasier du céleste incendie.
Soyez bénis , frais et riants climats , Où des milliers de fleurs , entr'ouvrant leurs calices ,
Exhalent au sein des frimas Ces parfums que Dieu même aspire avec délices ! Sur ces bois, ces grands lacs, ces fleuves, ces jardins Dominent les coteaux étages en gradins.
0 vous , Byron , Hugo , Lamartine , que n'ai-je
Et vos couleurs et vos pinceaux ?
Quel mont géant , et roi d'autres monts , ses vassaux ,
Pour trône a des rochers ; pour casque, des monceaux
De frimas , de glace et de neige?
Sur ses flancs sillonnés se croisent des ruisseaux, Les brouillards , arrivant des régions du pôle , Comme un large manteau , recouvrent son épaule ;
Et l'iris , aux brillants arceaux , S'arrondit sur sa tête en immense coupole.
Mais de sa royauté l'emblème décevant
Se brise , et disparaît au premier coup de vent !