‹ PoésiesChapitre 15 sur 16 · PAYSAGE · texte numérisé non relu

PAYSAGE

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Suisse, 1845,

L'habitant fortuné des plus lointains rivages , Désertant sa famille et son pays natal ,

Vient contempler tes monts , ton luxe végétai , 0 Suisse , et tes attraits mâles , fiers et sauvages ; Les flottantes moissons de ton riche terroir ,

Et tes arbustes , dont le faîte Sans cesse reverdit en couronne de fête , Ou de tes lacs d'azur l'immobile miroir } Tes bosquets verdoyants d'herbe fraîche et de lierre , Où le pin , le genêt , le chêne , le bouleau , Se dressant vers le ciel ou s'inclinant sur l'eau , Confondent à plaisir leur ombre hospitalière, (i)

Ici le rocher même a sa fécondité ;

Et de ses flancs , percés de béantes crevasses ,

Jaillissent des sarments ou des plantes vivaces.

(\) Unabram hospitalem consociarc amant. (Horace.)

Sur ces monts « sous ces bois j'ai souvent médité -, Et je vous quitte . hélas ! belle et vierge nature , Que célébra Gesner, que Saussure admirait; Et vous, riants coteaux, qu'une épaisse forêt Enlace mollement d'une vaste ceinture î Et vous , chemins couverts de vieux saules et d'ifs, Où tranquille et rêveur j'errais à pas tardifs , Les yeux mouillés des pleurs de la mélancolie , Quand la fille des champs , si bomie et si jolie , La jeune Helvétienne, aux regards ingénus .

En rapportant de la prairie Ou son vase de lait ou sa gerbe fleurie , Foulait un vert gazon sous ses pieds blancs et nus,.

De la haute montagne à l'obscure vallée Quand la nuit a jeté son voile transparent, Je rois les astres d'or, en poussière étoilée ,

Briller au fond du lac , du fleuve ou du torrent.

La lune pâle et solitaire

S'élève sur l'horizon bleu; Elle embrase les monts , qui bornent cette terre j Ils semblent des volcaans } elle , un globe de feu

Qu'ils vomissent de leur cratère.

Et moi, dans les transports d'un saint ravissement. L'œil et les bras tendus vers le beau firmament , Je chante : « C est ici qu'étalant sa puissance « Dieu se revêt de gloire et de magnificence ; a C'est ici , c'est ici que Dieu fait , aux humains , « Admirer et bénir l'ouvrage de ses mains ! » (i)

(I) Cœli enarrant gloriam Dei , et opéra manuum ejus annuntiat fir mamentura. (Psalmus XVIII.)

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