‹ Poésies lyriques. Édition complète en deux parties, avec introduction et glossaire publiée sous les auspices de la Faculté d'histoire et de philologie de St-Pétersbourg (volume 2)Chapitre 190 sur 353 · CXLIV. — BALADE · texte numérisé non relu

CXLIV. — BALADE

D‘ pour Dieu ne metez en oubli Moy qui tant ay de dolour et de plour Que je n’ay mais nul reconfort en my De l’ardure qui me tient nuit et jour, 5 Eins sui toudis de morir en paour ; Tant ay perdu joie et envoiseüre :

Si me merveil comment vos cuers l’endure.

Car vous savés qu’onques nulz n’ama si Com je vous aim, de tres loyal amour, 10 Et que mes cuers m'a laissié et guerpi Pour vous servir loyaument, sans folour ; Et vous n’avés ne pité ne tenrour, Si com jecroy,de ma tres grant ardure: (fol. 59 r°. b) Si me merveil comment vos cuers l’endure.

15 Et s’il vous plaist que pour vous muire einsi, Certes, la mort m'iert de douce savour, Car je sui cilz qui cuer et corps ottri À vo voloir, sans penser nul faus tour; Et s’endure pour vous tant de dolour

20 Qu’onques amis ne l’endura si dure :

Si me merveil comment vos cuers l’endure.

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