‹ Poésies lyriques. Édition complète en deux parties, avec introduction et glossaire publiée sous les auspices de la Faculté d'histoire et de philologie de St-Pétersbourg (volume 2)Chapitre 333 sur 353 · V (1). — COMPLAINTE · texte numérisé non relu

V (1). — COMPLAINTE

Es dous amis, à vous me vueil compleindre Dou mal qui fait mon cuer palir et teindre,

Car de vous vient, si le devez savoir, Ne sans vous seul confort ne puet avoir.

Or vueilliez dont entendre ma clamour Et avec ce considerer l’amour Dont je vous aim, car brief seroit ma fin, (ol. 69 »*. a) Se ne m'amiés de cuer loial et fin. :

Amis, je n’ay nulle joieuse vie, Eins suis toudis en grant merencolie,

Ms.: mei merencolie.

. n'ares .

. veuil je Votr Dit, a vous je me v. dans toutes les copies excepté K. . ne puis FJ.

. m'ames /.

(1) Publ. par P. Tarbé, Agnès de Navarre-Champagne, p. 9 ; v. ausst le

Votr Dit, p. 56.

(2) F: envoy ; J : Complainte de dame.

Mais je ne fais jour et nuit que penser

À vous veoir ; mais po vaut mon penser, Quant 1l n’est tour, subtilité ne voie,

Ne maniere que j'y sache ne voie ;

Si qu’einsi sont mi mortel anemy

Tuit mi penser, et toudis contre my.

Si n'ay confort, amis, fors que tant plour Que je cuevre ma face de mon plour.

Et quant je suis saoulé de plourer, Souvenirs vient mon las cuer acorer ; Car il n’est biens ne joie qu'il m’aporte, Einsois toudis me grieve et desconforte, Dont j'ay souvent estranglé maint souspir, Pour ce que trop parfondement souspir.

Après desirs ne me laisse durer.

Si n’ay pas corps pour tel fais endurer, Car foible sui, dont piessa tusse morte, S'espoirs ne fust qui un po me conforte.

Et si ne say que c’est de cest espoir, Car pas ne vient : si me deçoit espoir.

Et s’ay cause de penser le contraire

De ce qu'il dit ; pour ce ne say que faire.

Or soit einsi come Dieu l’a ordonné :

Mais je vous ay si franchement donné Moy et m'amour que c’est sans departir.

Et s’il convient m'ame dou corps partir, Ja ceste amour pour ce ne finera, Qu’après ma mort m'ame vous amera.

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