IX. — COMPLAINTE
J° me plein de celui qui en celier converse :
I] me honnist mon vin de l’iaue qu'il y verse. Mout fu l’uevre de Dieu à la sienne diverse : Car il fist d’yaue vin, et il fait la renverse. C'est uns truans convers qui aimme une converse, Orde, vieille et puante, orgueilleuse et perverse. Je la trouvay l’autrier dessous lui toute enverse. ‘1j- filles a de lui qu’elle norrist et berse : L'une a à non Margot et l’autre a à non Herse. Margot ne fait que braire : tant est male et desperse. Et Herse pisse en lit tant que tout le tresperse. Quant je ly ramentoy, il samble qu’on le gerse : Il rechigne, 1l tempeste, poset henas reverse, (fo/. 71 r°.b) Et par mi son celier va et vient et traverse, Comme tous forsenez, quant son service exerce ; Et respont à chascun toudis à la traverse, Comme homs plus eschaufés c’un verras quel’enberse. Lors s’à boire demande, j'ay vin de couleur perse Dont li muis ne vaut pas la queue d’une querse, Car mon ventre fait bruire et les bouiaus me perse. Trop est de put afaire, trop a la main escherse ; N'a si mauvais villain de Paris jusqu’en Perse. De Dieu soit il maudis et tués d’une herse, Ou decopez par pieres com la terre c’on herse, Et com le laboureur la fent, quant il la berse, Ou pendus au gibet de la ville de Merse.
Dyables en ait l’ame ; ja Dieus ne la renterse. Et la char soit aus leus : s’iert pour euls bonne aerse. Si buvrons dou milleur, sans nulle controverse, Quant en enfer sera nostre partie adverse.
Je n’ay pas fait les ‘ilij: premiers vers, Mais j'ay fait le seurplus.
G. de Machau.
(1) Complainte manque dans le ms.