‹ Poésies lyriques. Édition complète en deux parties, avec introduction et glossaire publiée sous les auspices de la Faculté d'histoire et de philologie de St-PétersbourgChapitre 296 sur 313 · L'AMANT · texte numérisé non relu

L'AMANT

UGEZ, amans, et voiez ma dolour !

Comment Amours et ma dame ensement Mont fors bani de leur plaisant sejour Et esloigné de merci durement, s Sans avoir fait ne pensé Envers ma dame que bien et loyauté :

Et combien que je l’aie ainsi servie, Elle me het et est mon ennemie.

Si soit elle, bien que de vraie amour 10 L’ay amée toudis parfaitement, N'onques encor envers li ne fis tour Par quoy me deust haïr aucunement ; Mais je n’ay en li trouvé En lieu d’amours que desdaing et durté, 15 Et quant elle me deüst estre amie, Elle me het et est mon ennemie.

Si ay perdu tout bien, toute douçour,

Joie, soulas, geu, ris, esbatement,

Mon doulz espoir, mon deduit, mon labour, 20 Pour bien servir et amer loyaument.

Amans, n'est-ce pas pitié,

Quant onques je ne li fis fausseté ?

Mais pour ce espoir que je ne li plais mie,

Elle me het et est mon ennemie.

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