LE PRINTEMPS
Sur nn vieux char de fer traîné par les orages, L'hiver, ce noir géant compagnon des ravages, Fuit avec les frimas et l'ennui, ses enfants. Aux accords enchanteurs des oiseaux triomphants, Foulant d'un pied léger la naissante verdure, Le Printemps au milieu d'une foule d'amours. Des zéphyrs précédé, suivi par les beaux jours. Arrive, et d'un coup d'oeil embellit la nature.
L'arbre, qui n'était plus qu'un cadavre séché. Est étonné des fleurs qui brillent sur sa tète, Et le fleuve, tantôt sous les glaces caché, Tantôt rapide, impur, battu par la tempête. Se promène, orgueilleux du calme de ses eaux : Et vous, longtemps muets, vous murmurez, ruisseaux; Vous admircE déjà les fleurs les plus superbes Se disputer l'honneur de parfumer vos bords. Et vous, Amour! et vous, tout ressent vos transports Le zéphyr caressant courbe en onde les herbes. Et l'oiseau tout de feu, d'arbre en arbre élancé, Poursuit, atteint, saisit, relâche sa femelle, L'attrape de nouveau, l'agace, bat do l'aile, Et sous un sein brûlant, tenant son corps pressé, En jouit, cl s'envole en chantant avec elle. La fleur même en nos préà penche amoureusement, Sur sa voisine obcissaule,
Sa tête d'or, d'azur et de pourpre éclatante, Et la baise cent fois par un doux mouvement.
Le ris de la nature est sur toutes les lèvres : Voyez-vous ces brebis, ces génisses, ces chèrres, Bondir sur la campagne, et, pleines de désirs, Appeler leur époux aux amoureux plaisirs, Tandis que sous un arbre, auprès de son amante, Le berger les lui montre, et lui dit en pleurant ; a Toi seul es insensible au feu qui me tourmente. » La bergère rougit, et baisse en soupirant Ses yeux charges de pleurs où se peint sa défaite. Jouis, heureux berger, tes vœux sont couronnés; Vainqueur de ta bergère, allons, sur ta musette Célèbre lus plaisirs que l'Amour t'a donnés; Accompagne ma voix... Helas! ses sons expirent; Je fais pour m'abuser des efforts superflus; Et l'aspect du bonheur que les autres respirent Pour les infortunés est un tourment de plus. Déployez-vous pour eux vos frais et verts ombrages, Bois, longtemps attristés de tous voir sans feuillages? Ces monts d'azur épars sous la voûte du ciel, Ce tapis de gazons étendus sur les plaines. Ces arbres odorants, ces limpides fontaines, Tous ces riants objets dissipent-ils le fiel Qui fait de leurs longs jours un hiver éternel?
Mais quels chants! loin de moi, fuis, pensée odieuse; Sur de plus beaux sujets promenons mes regards; Vois-jc pas de buveurs une troupe joyeuse? Que de flacons remplis sur ces gazons épars !
Le souris sur la bouche, auprès de sa Glyeère Chacun s'arme du sien, le bouchon saute en l'air, Le vir. brille, le verre entrechoque le verre; De tous les dons du ciel, le vin est le plus cher, Disent-ils, et soudain ils entonnent ensemble Des hymnes en l'honneur du dieu qui les rassemble; Et tous, levés en chœur, ils ont en même temps Par trois libations salué le Printemps.
Mais un autre tableau devant moi se découvre ; Dans ces vastes jardins où s'élève le Louvre, Enorgueilli d'avoir des rois pour habitants. Où le marbre animé retrace à notre vue Des héros fabuleux les exploits éclatants, Que borde d'arbres verts une foret touffue, Théâtre où nos beautés vont disputer les cœurs, Quel concours a paru ! la ville est délaissée ; Ces lieux, longtemps déserts, sont une antre Elysée, Et des ajustements les diverses couleurs, Réfléchissant l'éclat dont brille la verdure. Charment les yeux surpris; de ces. riants tableaux, La Seine, à cet aspect, semble arrêter ses flots. Et soudain, de plaisir suspendant son murmure. Se dresse sur sœi urne, et dit : C'est te Printemps; Et c'est aussi ce dieu qu'ont célébré mes chants.