‹ PoésiesChapitre 27 sur 150 · CHANT SEPTIÈME · texte numérisé non relu

CHANT SEPTIÈME

L'oiseau pour reposer, cacbé sous des feuillages,

N'a point de ses accords égayé les bocages,

Le soleil n'a doré de ses premiers rayons.

Ni les brouillai'ds errants, ni le faîte des monts ;

Dans les champs obscurcis, l'air nage, humide encor«;

Et loin de sa chaumière, au-d'vant de l'auroro,

Caïn marche déjà farouche; et dans son cœur

I*ortant tous les chagrins dont il veut fuir i'hûjrejw,

Il se figure encor son amante epordue,

Mehala, qui, croyant n'être point entendue.

Avait toute la nuit prie, gémi, pliiure;

Malheureuse des maux dont il est dévoré.

Il erre sans dessein, et sa voix qui murmure,

Dans le calme profond où dormait la nature,

Imite le bruit sourd d'un tonnerre éloigne.

« Cette nuit, dans mes sens quel desordre a légné!

O songes! disait-il, ô nuit, 6 nuit terrihleî

Mon âme cependant reposait plus paisible^

Et déjà s'envolaient mes noires visions, Lorsque ses longs soupirs, ses lamentations M'éveillent, malheureux! et du soin qui la ronge Accroissent mes ennuis, que le réveil prolonge. Quoi ! ma couche toujours nagera dans les pleurs ! Toujours j'y puiserai de nouvelles douleurs! Tu gémis, Mobala, qu'ai-je donc fait? quel crime? Elle ignore que Dieu rejeta ma victime ; Et ses pleurs et ses cris, d'avance pour Caïn, Ont en un jour obscur changé ce jour serein. Abel est plus heureux... Qu'il parle. Dieu l'inspire; Qu'il agisse, on le vante; on aime à lui sourire. Je suis seul rebute, c'est moi seul qu'en tous lieux Poursuivent lo courroux et la haine des cieux, Et quand je crois les fuir, c'est l'épouse que j'aime, Que je préfère au jour, au Seigneur, à moi-même, C'est toi, toi, Mehala, qui fais rentrer los maux Dans ce cœur où déjà pénétrait le repos. »

Bientôt devant ses pas se découvre dans l'ombre Un rocher d'où pendaient des arbustes sans nombre, Qui, s'ouvrant en berceaux sur un gazon naissant. A réparer sa force invitaient le passant, Là, vaincu de douleur, abattu, sans haleine, Caïn, prêt à tomber, d'un pas pesant se traîne, S'arrête, et prolongeant un pénible soupir : a Sommeil! ô doux sommeil! daigne enfin m'assoupir, Toi qui suspends les maux de la nature entière, Toi qu'en vain j'appelais dans ma triste chaumière : Nul en c(;s lieux du moins ne viendra me troubler, Ou le ciel qui me hait, ce ciel pour m'accabler, Même aux êtres sans vie a commis sa vengeance. El toi, dont l'anatliéme a tari l'abondance, Toi dont les fruits douteux ne soutiennent mes ans Que pour rendre Caïn malheureux plus longtemps,

Terre que tous les jours de mes sueurs j'arrose, Un moment sur ton sein permets que je repose ; Chargé d'ennuis, hélas! épuisé de vigueur, Le sommeil est pour moi le comble du bonheur. »

Caïn dit, et s'étend sur l'herbe parfumée. Ferme, ouvre, ferme encor sa paupière enflammée, Et le sommeil, trompant ses chagrins envieux, Le couvre enfin de l'aile, et pèse sur ses yeux. Le fier Anamalech avait suivi sa proie; Invisible, il s'approche, et, tout bouillant de joie, La traîne en espérance aux pièges qu'il lui tend : ce Tu dors, Caïn! tu dors! le triomphe t'attend. De mon esprit impur remplissons cet ombrage; Qu'il respire à la fois mon haleine et ma rage. Venez, songes trompeurs, secondez mes projets, Epouvantez ses yeux des plus hideux objets; Qu'il se lève, emporté d'une aveugle colère"; Que Dieu, mon ennemi, que son vertueux frère Lui soient dès ce moment plus odieux qu'a moi ; Qu'enfin son crime à l'homme inspire tant d'effroi, Tant de joie aux enfers, au ciel tant de surprise, (Jue Satan, confondu de ma noble entreprise, [)u trône tombe au rang où je vis oublié. Et baisse devant moi son front humilié. »

Ainsi parle en secret l'ange altéré de crime; Et tandis qu'il se couche auprès de sa victime. D'un sourd et long fracas retentissent les monts : Li' vent fougueux, au vent disputant les buissons. Siffle, agite, et renverse, et relève leur tète, Que replie à grand bruit l'effort de la tempête; Et du morne Caïn les cheveux hérissés Battent son teint poudreux, et flottent dispersés. Mais en vain l'aquilon fait mugir le feuillage,

En vain ses noirs cheveux ont couvert son visage; Les pièges du démon près de lui sont tendus, Et son oreille est sourde, et son œil ne voit plus : Mais, pour Gain, dormir, c'est changer de souffrances.

Un songe affreux lui peint des campagnes immenses. Où de chaumes couvert s'abaissent d'humbles toits, Rares et parsemés autour d'un vastes bois : Ses fils, ses petits-ûls, répandus sur la plaine, Nus et le dos courbés, s'exerçaient hors d'haleine^ Tandis que le soleil, de son char lumineux, Sur leur cou rembruni faisait jaillir ses feux. L'un, de ses bras tendus pesant sur la charrue, Souffle, heurte, et fatigue une roche inconnue, Qui, repoussant du choc les coups retentissants, Epuise en vains efforts ses taureaux gémissants; L'autre, errant dans les blés qui verdiss^mt la terre, Fait à l'herbe gourmande une implacable guerre; Et vingt fois, secouant la ronce à dards certains. Pour en briser la tige ensanglante ses mains. Pressé d'un bras nerveux l'arbre s'agite et cric, La pomme, avec fracas, tombe et roule meurtrie; Tout vit par leurs travaux : l'épouse en ses foyers. Plus tranquille, apprêtait leurs aliments grossiers. Mais de ces malheureux que Gain considère, Aucun n'a plus ému ses entrailles de père Que l'aîné de ses fils, Eliel, son appui. Il le voit ; sur son front siège le sombre ennui ; Tout son corps est baigne d'une sueur brûlante. Il se baisse, il embrasse une cliarge accablante, La soulève et s'agite, et s'agite cent fois, Couvre son large dos de cet énorme poids ; Et, marchant a pas lourds dans un sentier pénible. Il s'écrie, épuise : « Que la vie est horrible ! Dieu cruel ! que ton bras s'appesantit sur nous I

Ta créas les humains; les veux-tu perdre tous?

Ou mon père et ses fils, les miens, et leur fils même,

Ont'ils été les seuls qu'ail frappes Tanathème?

Là, dans ces vastes champs, séjour des fils d'Abqj,

Champs heureux qu'emb.'llit un printemps éternel,

Champs d'où nous a bannis cette race perfide.

Resserrant nos foyers dans ce désert aride.

Vers ces lieux oà, couches sous des ombrages frais,

D'un Dieu qui les protège ils chantent les bienfaits ;

Tout ce que dans son sein la terre a de richesse,

La terre le prodigue à leur molle paresse.

Jours sereins, douce paix, loisirs voluptueux,

Plaisirs purs, s'il en est... helas! tout est pour eux...

Mais à nous que le ciel, nous que le sort outrage,

Le travail et la faim, voilà notre partage. y>

Eliel, à ces mots, sous son fardeau glissant Chancelle, et vers son toit se traîne en gémissant. Cain le voit, l'entend; ce n'est point un vain songe; I' le suivait de l'œil : mais devant lui s'allonge Une plaine où partout se balancent des fleurs. Peuple odorant et riche en diverses couleurs : Mille ruisseaux, fuyant à travers la verdure, Se croisaient, circulaient, mariaient leur eau pure; La divisaient encore, et, par de longs détours, Tantùt sous des berceaux ils égaraient leurs cours; Tantôt en jaillissant roulaient dans un bocage. Où, promenant leurs Ilots sous le mobile ombrage D'arbres qui gémissait nt courbes sous leur trésor, Ils répétaient les cieux, les arbres, les fruits d'or; Et, lasse enfin d'errer, leur onde réunie, Lac paisible, étendait sa surface aplanie.

Là s'élève un bosquet d'orangers toujours verts, Oà le Bépbyr se joue et rafraîchit les airs :

Ici le noir figuier de son feuillage sombre Protège les amants étendus sous son ombre : Loin d'eux, en serpentant, s'ouvrent de creux vallons Où penchent les coteaux tout jaunes de moissons, Et des troupeaux nombreux épars sur la prairie Foulent en bondissant l'herbe haute et fleurie. Plus loin s'ouvre un treillage en voûte replié, Que le rosier tapisse au muguet allié, Où de riants buveurs, de folâtres bergères Vont ensemble tromper les heures passagères Sur des marbres polis et de fleurs parsemés, S'élèvent en monceau divers fruits parfumés; Et le rouge nectar, pétillant dans la coupe, Fait cent fois tressaillir cette joyeuse troupe. Qui mêle en son ivresse, aux chants mélodieux. Les rapides accords du luth harmonieux.

Mais que veut ce jeune homme? on l'écoute en silence : Caïn le voit, pâlit, rougit à sa présence, ce Amis! que tout vous rie, et, pour mieux assurer Ce bonheur dont le ciel nous voulut honorer. Ecoutez. C'est sans doute un ange qui vous aime, Ou plutôt c'est le ciel qui m'inspire lui-même.

La terre dans ces lieux, docile à nos désirs,

Semble, il est vrai, dit-il, veiller à nos plaisirs;

Mais celte terre, amis, plus longtemps négligée,

Peut en ingrat désert être soudain changée.

Est-ce vous, est-ce moi, qui forcerons alors

Celle avare campagne à céder ses trésors?

Nos doigts, accoulumès à courir sur la lyre,

Fixés sur h', râteau, pourront-ils le conduire?

Et nos fnmls, (|ui toujours reposent ceints de fleurs,

Sauront-ils du soleil dc^lier les chaleurs?

M'en croircz-vous, amis? quand, tombant des monlagnes,

La nuit d'un voile épais couvrira les campagnes, Courons, des laboureurs inondons le séjour; Et lorsque, travaillés des fatigues du jour. Dans un sommeil paisible ils oublieront leurs peines, Amis, fondons sur eux, et chargeons-les de chaînes. Tout ce peuple grossier est fait pour nos bîsoins ; Esclaves trop heureux, les hommes, par leurs soins Dans nos champs cultivés enchaînant l'abondance, Nourriront de leurs maux notre aimable indolence : Leurs femmes, leurs enfants, se^^^ront nos beautés. Mais l'ombre doit couvrir nos projets concertés ; Au risque d'un combat le jour peut nous réduire, x» Il a dit, et soudain la troupe qui l'admire Par des clameurs de joie approuve son dessein, Et la scène a déjà changé devant Caïn. La nuit sur l'univers étend son aile noire ; Le projet se consomme, et les chants de victoire, Les cris d'un peuple entier qui pleure sur ses fers, Confondus, prolongés, épouvantent les airs; Et la flamme, embrasant les chaumières croulantes, S'élève jusqu'aux cieux en colonnes sanglantes, Erre et bat les rochers dont le front rougissant Repousse au loin un jour immense et pâlissant. Aux funèbres lueurs de ce vaste incendie, Caïn voit ses enfants, voit leur race avilie, Devant les fils d'Ab^;! marcher les bras liés, Comme un troupeau bêlant de moutons effrayés.

Tel fut son rêve : hélas! il en frémit encore.

Quand du fond du bosquet, au flambeau de l'aurore,

Abel le voit, s'approche à pas impétueux;

Et reposant sur lui son œil affectueux :

a Réveille-toi, Cuïn ! réveille-toi, mon frère ;

Déjà l'astre du jour s'élève et nous éclaire,

Et ton Abel encor ne t'a point embrassé.

Caïn!... mais répriiacins c^' désir ctopressé;

Vous, zéphyrs, gardez-vous d'agiter les feuillages,

Et TOUS, chantres ailés, suspendez vos ramages...

Il repose... craignons de hâter son réveil;

Ses membres fatigués ont besoin de sommeil...

Mais il vient de gèmiv; il me nomme! il m'appelle!

0 ciel ! et sur son front la fureur étincelle !

Fuyez, songes affreux... Dieu! rendez-lui la paix,

Et qu'en se réveillant il chante vos bienfaits! »

Il s'éloigne à ces mots, et sous une ombre épaiss»

S'assied impatient de sa vive tendresse,

Rêveur, et sur Caïn les yeux toujours fixés.

Ainsi, la gueule ouverte et les crins hérissés,

Dormant au bord d'un antre, un lion homicide

Force, quoique assoupi, le voyageur timide

De reculer, de fuir par d'obliques détours,

Tout pâle, et sans danger frissonnant pour ses jours.

Qu'un trait sifflant dans l'air vole au monstre et le blesfto.

Aussi prompt que le coup sur ses pieds il se dressj.

Cherche son ennemi, gronde, écume en fureur,

Et, dans tout ce qu'il voit immolant le chasseur.

Il déchire un enfant qui fuyait vers sa mère ;

Tel Abel s'épouvante à l'aspect de son frère;

Tel se levé Caïn, les yeux etincelants,

Du pied frappant la terre, et les membres tremblante,

TciTJble, impatient du jour qu'il voit encore.

« Tombe sur moi le ciel! que l'enfer me dévore!

Je n'ai jamais senti, je ne sens que douleurs.

Et pour dernier tourment je vois que mes malhcui's

Doivent s'éterniser dans ma race future...

Et lu ne l'ouvres pas! en vain j; t'en conjure,

0 iTre! un Dieu cruel est contraire à mes vœux...

Je dois vivre, il i'ordonn , el vivre ujalh-iireux!

Et do peur que l'espoir d'un avenir tranquille

A souffrir le présent no me rendit docile,

Sa main, sa main barbare a levé le ridean

Qui de mes maux futurs me voilait le tableau !

Jour maudit où ma mère obtint par ma naissance,

De sa fécondité la première assurance ;

Et vous, champs renommés par son enfantement,

Des vengences du ciel soyez un monument.

Puisse à vous cultiver l'homme perdre sa peine!

Puisse en vous parcourant une terreur soudaine

Du voyageur muet ébranler tous les os,

Et toi, monde odieux, rentrer dans le chaos! d

Ainsi Caïn s'emporte : Abel tremblant l'écoute;

11 s'avance, il hésite, avance encore, et doute :

« 0 mon frère! a-t-il dit... Mais non... fuyons ce lieu;

Ce n'est point lui... mon frère eùt-il blasphémé Dieu?

Caïn ! où donc est-tu ? qu'en mes bras je te serre !

— Le voici, répond-il d'une voix de tonnerre;

C'est moi ; reconnais-tu ce frère criminel,

Jeune et beau favori du vengeur éternel ?

Te l'a-t-il dit ce Dieu, que ma race proscrite

Doit, esclave, ramper sous ta race bénite.

Et, des champs à tes fils épargnant les travaux.

S'épuiser pour nourrir leur tranquille repos?

Eloigne-toi, perfide! — Ah! Gain! ah! mon frère!

Quel songe a contre Abcl rallume ta colère?

A peine le jour luit, j'accourais t'embrasser ;

Cruel 1 et de tes bras je me vois repousser;

Moi qui m'étais promis tant de vives caresses !

Est-ce la ton amour? sont-ce la tes promesses?

Ne puis-je t'inspirer que haine et desespoir?

Oh ! quand luira ce jour où les cris du devoir.

Réveillant dans nos cœurs l'amitié fraternelle,

Rapporteront la joie a l'àme paternelle,

Où ta haine obstinée entretient la douleur?

Non, tu ne me hais poiut, juge mieux de ton cœur.

Cette réunion devant le ciel jurée,

Tu n'as pu l'oublier, elle est pour moi sacrée.

T'ai-je oifensé depuis? comment? quel jour? en quoi?

Parle... Mais quel regard tes yeux lancent sur moi!

Je suis Abel, ton frère... ah! souÉfre qu'il t'embrasse!

— Serpent ! n'approche point... crains tout. » Vaine menace :

Son cœur entraîne Abel, et vers l'ingrat qui fuit

Il court les bras ouverts, et l'appelle et le suit ;

L'appelle encore, l'atteint de la voix, de la vue :

Mais le cruel, chargé d'une lourde massue.

Sourd aux cris de son frère, et prompt à l'éviter,

Où sa fureur le guide il se laisse emporter.

a Regarde qui tu fuis; c'est un frère qui t'aime

Beaucoup plus que le jour, plus encore que lui-même;

C'est Abel. » A ce nom, il revient sur ses pas.

Abdl impatient se jetait dans ses bras.

Caïn, que vas-tu faire?... aii! malheureux! arrête...

C'en est fait, la massue a siftle sur sa tète ;

Abel tombe, et, blessé d'un coup trop assuré.

Se rouie, se débat, sanglant, défiguré.

Cherche encore de l'œil l'humble toit de son père,

Et, tourmentant sa voix pour appeler son frère,

Lui pardonne des yeux, cl meurt. Lâche assassin,

Apres ce coup fatal qu'est devenu Caîn?

Le voyez-vous pâlir, entouré de son crime,

D'un œil épouvanté regarder sa victime.

Qui lutte avec la mort, traînant de longs soupirs,

Reculer, frissonner, s'éloigner en désirs,

Et rester enchaîne dans ce lieu redoutable?

L'entendez-vous crier d'uniî voix lamentable :

« RuniiiK;-loi, mon frerc! Abel, ranime-toi!

Cet œil fixe et mourant détourne-le sur moi!

Va, je ne te hais point, pardonne-moi ma rage !

Abel!... Comnie le sang inonde son visage!

Qu'ai-je l'ail? malheureux! malheureux, qu'ai-je lait?

DE GILBERT lU

J'ai pu l'assassiner!... Eh! quel fut son forfait? Mais il vient d'agiter sa tète appesantie; Peut-être... » Il a saisi ce cadavre sans vie, Le soulève, et toujours doutant de son trépas : ce Abel ! mon frère 1 Abel ! Abel ne m'entend pas ! C'en est fait, il n'est plus... et ma main criminelle Vient d'enseigner le meurtre à la race mortelle! Fuyons; comment? où fuir?... Ah! déjà ma terreur Croit entendre, croit voir une mère, une sœur, Et mon épouse même, et le plus tendre père, Me redemander tous le fils, l'époux, le frère, Que mon bras ennemi leur ôta dans Abel. Que leur dirai-je ? helas ! » Il regarde le ciel. Se déchire le sein, se meurtrit le visage. Et s'enfonce, en criant, dans l'ombre du bocage.

Des maux qu'il a causés, le démon orgueilleux Se lève, touche au ciel de son front sourcilleux. Couvre Ab^d de ses yeux étincelants de joie. Et s'admirant en lui : Que l'enfer me revoie. Dit-il, et que Satan s'égale encore à moi ! Par ce triomphe seul, je puis marcher son roi. Et toi, l'ami du ciel, frère, amant, fils si tendre, Lève-toi, chante un Dieu qui n'a pu te défendre. Ce Dieu créa le monde, il commande à la mort. Il s'en flatte du moins... Et, maître de ton sort,. Pouvant le rendre au jour, il hésite, il balance. Je l'ai donc une fois convaincu d'impuissance. » Et regardant les cieux, il les brave de l'œil. Dieu parle, et ce visage, où reluisait l'orgueil, Du morne désespoir porte la noire empreinte ; Il s'indigne, il frémit de connaître la crainte, Et d'un fleuve de feu couvert, environné, Il retombe, en hurlant, dans l'enfer étonné.

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