A M. DORAT
TJ« jour, pour dissiper l'ombre de ma tristesse, J'errais dans les détours de ces bois de lauriers, Immortels ornements de coteaux du Permesse; Devant moi s'avançaient des poètes altiers, Leurs pinceaux à la main, le lierre sur la têt« ; Ce spectacle m'attire, et déjà je m'apprête A porter plus avant mes pas audacieux,
Quand un mortel frappe mes yeux.
La douce Volupté, mollement étendue, Près de lui sur des fleurs reposait demi-nue; Et tandis qu'à l'écorce il confiait ses chants, L'Amour, au doux sourire, aux yeux vifs et touchant*, La tête sur son corps indolemment penchée, Lui soufllait tous les feux dont il brûle les cœurs. Les Grâces, à l'Amour enviant ces faveurs. Et l'àme de dépit profondement touchée.
Autour de lui se rassemblaient en chœurs; Et, voulant que leurs mains eussent part à l'ouvrage, S'approchaient en dansant, et le semaient de fleurs : La Jalousie, en vain versant dos pleurs de rage. D'un antre me criait : Ces (leurs sont des pavots. Curieux, je m'approche, et ne vois que des roses
Brillantes par leur pourpre et fraîchement écloses ; Connais-tu ce mortel, vainqueur de cent rivaux, Me dit l'Amour, surpris dj me voir sur ses traces. Toi, dont l'œil de sa gloire envisage l'éclat? Oui, dis-je, quand on voit un mortel près des Grâces, Craint-on de se tromper en disant : C'est Dorât.