SUR LE MEME SUJET QUE LA PRECEDENTE
it que, de tes lauriers la grandeur poursuivant, un cœur où l'ire juste et la gloire commande,
passes comme un foudre en la terre flamande, Espagnols abattus la campagne pavant;
Soit qu'en sa dernière tète
L'hydre civile t'arrête;
Roi, que je verrai jouir
De l'empire de la terre.
Laisse le soin de la guerre
Et pense à te réjouir.
imbrc tous les succès où ta fatale main, lis l'appui du bon droit aux batailles conduite, tes peuples mutins la malice a détruite r un heur éloigné de tout penser humain.
Jamais tu n'as vu journée
De si douce deslince;
Non celle où tu rencontras Sur la Dordogne en désordre L'orgueil à qui tu fis mordre La poussière de Coutns.
Cazaux, ce grand Titan qui se moquait des cieux, A vu par le trépas son audace arrêtée; Et sa rage infidèle, aux étoiles montée, Du plaisir de sa chute a fait rire nos yeux.
Ce dos chargé de pourpre, et rayé de clinquants, A dépouillé sa gloire au milieu de la fange, Les dieux, qu'il ignorait, ayant fait cet échange Pour venger en un jour ses crimes de cinq ans.
La mer en cette furie
A peine a sauvé Dorie;
Et le funeste remords
Que fait la peur des supplices
A laissé tous ses complices
Plus morts que s'ils étaient morts.
A LA REINE MARIE DE MEDICIS
SUR SA BIENVENUE EN FRANCE présentée à Aix^ l'année IGOO.
Peuples, qu'on mette sur la tête Tout ce que la terre a de fleurs; Peuples, que celte belle fête A jamais tarisse nos pleurs :
Qu'aux deux bouts du monde se voie
Luire le feu de notre joie; Et soient dans les coupes noyés Les soucis de tous ces orages Que, pour nos rebelles courages, Les dieux nous avaient envoyés.
A. ce coup iront en fumée Les vœux que faisaient nos mutins En leur âme encore affamée De massacres et de butins.
Nos doutes seront éclaircies; Et mentiront les prophéties De tous ces visages pâlis, Dont le vain étude s'applique A chercher l'an climactérique De l'éternelle fleur de lis.
Aujoard'hui nous est amenée Cette princesse que la foi D'amour ensemble et d'hyménèe Destine au lit de notre roi.
La voici, la belle Marie, Belle mer>'eille d'Hétrurie, Qui fait confesser au soleil, Quoique l'âge passé raconte, Que du ciel, depuis qu'il y monte, Ne vint jamais rien de pareil.
Telle n'est point la Cnhérée, Quand, d'un nouveau feu s'allumait.
Elle sort pompeuse et parée Pour la conquête d'un amant :
Telle ne luit en sa carrière Des mois l'inégale courrière :
Et telle dessus l'horizon
L'Aurore, au matin, ne s'étale, Quand les yeux mêmes de Céphalo En feraient la comparaison.
L'antique sceptre de sa race, Oii l'heur aux mérites est joint, Lui met le respect en la face; Mais il ne l'enorgueillit point.
Nulle vanité ne la touche; Les grâces parlent par sa bouche; Et son front, témoin assuré Qu'au vice elle est inaccessible.
Ne peut que d'un cœur insensible Etre vu sans être adoré.
Quantes fois, lorsque sur les onde».
Ce nouveau miracle flottait, Neptune en ses caves profondes Plaignit-il le feu qu'il sentait!
Et quantes fois en sa pensée De vives atteintes blessée, Sans l'honneur de la royauté Qui lui fit celer son martyre, Eût-il voulu de son empire Faire échange à cette beauté!
Dix jours, ne pouvant se distraire Du plaisir de la regarder, I! a, par un effort contraire, Essayé de la retarder.
Mais, à la fin, soit (jue l'audace Au meilleur avis ait fait place, Soit qu'un Butre démon plus fort Aux vents ait imposé silence.
Elle est hors de sa \nolence, Et la voici dans notre port.
La voici, peuples, qai nous montre Tout ce que la gloire a de prix; Les fleurs naissent à sa rencontre i)ans les cœurs et dans les esprits :
Et la présence des merveilles Qu'en oyoient dire nos oreilles Accuse la témérité De ceux qui nous l'avaient décrite D'avoir figuré son mérite Moindre que n'est la vérité.
0 toute parfaite princesse, L'étonnement de l'univers, Astre par qui vont avoir cesse Nos ténèbres et nos hivers.
Exemple sans autres exemples, Future image de nos temples!
Quoique notre faible pouvoir En votre accueil ose entreprendre, Peut-il espérer de vous rendre Ce que nous vous allons devoir ?
Ce sera vous qui de nos villes Ferez la beauté refleurir.
Vous, qui de nos haines civiles Ferez la racine mourir; Et par vous la paix assurée N'aura pas la courte durée Qu'espèrent infidu'oment, Non lassés de notre souffrance, Ces Français qui n'ont de la Franca Que la langue et l'habillement.
Par vous un Dauphin nous va naître.
Que vous-même verrez un jour De la terre entière le maître, Ou par armes, ou par amour; Et ne tarderont ses conquêtes, Dans les oracles déjà prêtes, Qu'autant que le premier coton.
Qui de jeunesse est le message, ïardera d'être en son visage Et de faire ombre à son menton.
Oh! combien lors aura de veuves La gent qui porte le turban!
Que de sang rougira les fleuves Qui lavent les pieds du Liban!
Que le Bosphore en ses deux rives Aura de sultanes captives!
Et que de mères à Memphis, En pleurant, diront la vaillance De son courage et de sa lana», Aux funérailles de leurs fils!
Cependant notre grand Alcide,
Amolli par vos doux appas,
Perdra la fureur qui, sans bride.
L'emporte à chercher le trépas :
Et cette valeur indomptée,
De qui l'honneur est l'Eurysthée,
Puisque rien n'a su l'obliger
A ne nous donner plus d'alarmes,
Au moins, pour épargner vos larmes,
Aura ])eur de nous affliger.
Si l'espoir qu'aux bouches des homme»
Nos beaux faits seront récités
Est l'aiguillon par qui nous sommes Dans les hasards précipités ; Lui, de qui la gloire semée Par les voix de la Renommée En tant de parts s'est fait ouïr Que tout le siècle en est un livre.
N'est-il pas indigne de yivre.
S'il ne vit pour se réjouir?
Qu'il lui suffise que l'Espagne, Réduite par tant de combats A ne l'oser voir en campagne, A mis l'ire et les armes bas :
Qu'il ne provoque point l'envie Du mauvais sort contre sa vie ; Et puisque, selon son dessein, Il a rendu nos troubles calmes, S'il veut davantage de palmes.
Qu'il les acquière en votre sein.
C'est là qu'il faut qu'à son génie, Seul arbitre de ses plaisirs, Quoi qu'il demande, il ne dénie Rien qu'imaginent ses désirs; C'est là qu'il faut que les années Lui coulent comme des journées, Et qu'il ait de quoi se vanter Que la douceur qui tout excède N'est point ce que sert Ganymèda A la table de Jupiter.
Mais d'aller plus à ces batailles Où tonnent les foudres d'enfer, Et lutter contre des murailles D'oii pleuvent la flamme et le fer;
Puisqu'il sait qu'en ses destinées Les nôtres seront terminées, Et qu'après lui noire discord N'aura plus qui dompte sa rage^ N'est-ce pas nous rendre au naufrage, Après nous avoir mis à bord?
Cet Achille de qui la pique Faisait aux braves d'IIion La terreur que fait en Afrique Aux troupeaux l'assaut d'un lion, Bien que sa mère eût à ses armes Ajouté la force des charmes.
Quand les destins l'eurent permis, N'eut-il pas sa trame coupée De la moins redoutable épée Qui fût parmi ses ennemis?
Les Parques d'une même soie Ne dévident pas tous nos jours; Ni toujours par semblable voie Ne font les planètes leur cours.
Quoi que promette la Fortune, A la fin, quand on l'importune.
Ce qu'elle avait fait prospérer Tombe du faîte au précipice; Et, pour l'avoir toujours propice.
Il la faut toujours révérer.
Je sais bien que sa Carmagnole Devant lui se représentant, Telle qu'une plaintive idole, Va son courroux sollicitant.
Et l'invite à prendre pour elle Une légitime querelle :
Mais doit-il vouloir que pour lui Nous ayons toujours le teint blême, Cependant qu'il tente lui-même Ce qu'il peut faire par autrui?
Si vos yeux sont toute sa braise, Et vous la fin de tous ses vœux, Peut-il pas languir à son aise En la prison de vos cheveux, Et commettre aux dures corvées Toutes ces âmes relevées Que, d'un conseil ambitieux, La faim de gloire pei-suade D'aller, sur les pas d'Encelade, Porter des échelles aux cieux ?
Apollon n'a point de mystère, Et sont profanes ses chansons, Ou, devant que le Sagittaire Deux fois ramène les glaçons.
Le succès de leurs entreprises, De qui deux provinces conquises Ont déjà fait prouve, à leur dam, Favorisé de la victoire.
Changera la fable en histoire De Phaéton en l'Eridan.
Nice, payant avecque honte Un siège autrefois repoussé, Cessera de nous mettre en compte Barberousse qu'elle a chassé; Guise en ses murailles forcées Remettra les bornes passées Qu'avait notre empire marin ; Et Soissons, fatal aux superbes,
Fera chercher parmi les herbes En quelle place fat Turin.
SUR l'attentat COMmS SUR LE PONT-NEUF, EK LA PERSONNE DE HENRI LE GRAND, LE 19 DÉ« CEMBRE 1605.
Que direz-vous, races futures, Si quelquefois un vrai discours Vous récite les aventures De nos abominables jours?
Lirez-vous, sans rougir de honte, Que notre impiété surmonte Les faits les plus audacieux, Et les plus dignes du tonnerre Qui firent jamais à la terre Sentir la colère des cieux?
Oh! que nos fortunes prospères Ont un change bien apparent !
Oh ! que du siècle de nos pères Le nôtre s'est fait différent!
La France, devant ces orages, Pleine de mœurs et de courages Qu'on ne pouvait assez louer.
S'est faite aujourd'hui si tragique, Qu'elle produit ce que l'Afrique Aurait vergogne d'avouer.
Quelles preuves incomparables Peut donner un [prince de soi, Que les rois les plus adorables N'en quillenl l'honneur à mon roi?
Quelle terre n'est parfumée Des odeui's de sa renommée?
Et qui peut nier qu'après Dieu, Sa gloire, qui n'a point d'exemples, N'ait mérité que dans nos temples On lui donne le second lieu?
Qui ne sait point qu'à sa vaillance Il ne se peut rien ajouter, Qu'on reçoit de sa bienveillance Tout ce qu'on en doit souhaiter.
Et que, si de cette couromie Que sa tige illusti-e lui donne Les lois ne l'eussent revêtu, Nos peuples, d'un juste suffrage, Ne pouvaient, sans faire naufrage, Ne^ l'offrir point à sa vertu !
Toutefois, ingrats que nous sommes, Barbares et dénaturés Plus qu'en ce climat où les hommes Par les hommes sont dévorés.
Toujours nous assaillons sa têto De quelque nouvelle tempête, Et, d'un courage forcené Rejetant son obéissance, Lui défendons la jouissance Du repos qu'il nous a donné!
La main de cet esprit farouche
Qui, sorti des ombres d'enfer.
D'un coup sanglant frappa sa bouche,
A peine avait laissé le fer,
Et voici qu'un autre perfidCe
Où la même audacâ réside.
Comme si détmire l'Etat Tenait lieu de juste conquête, De pareilles armes s'apprête A faire un pareil attentat!
0 soleil, ô grand luminaire!
Si jadis l'horreur d'un festin Fit que de ta route ordinaire Tu reculas vers le matin, Et d'un émerveillable change Te couchas aux rives du Gange, D'oîi vient que ta sévérité, Moindre qu'en la faute d'Atrée, Ne punit point cette contrée D'une éternelle obscurité?
Non, non : tu luis sur le coupable Comme tu fais sur l'innocent; Ta nature n'est point capable Du trouble qu'une âme ressent :
Tu dois ta flamme à tout le monde, Et ton allure vagabonde, Comme une servile action Qui dépend d'une autre puissance, N'ayant aucune connaissance, N'a point aussi d'affection.
Mais, ô planète belle et claire.
Je ne parle pas sagement; Le juste excès de la colore M'a fait perdre le jugement.
Ce traître, quelque frénésie Qui travaillât sa fantaisie.
Eut cncon; assez de raison Pour ne vouloir rien entreprendre,
Bel astre, qu'il n'eût vu descendre Ta lumière sous l'horizon.
Au point cpi'il écuma sa rage, Le Dieu de Seine était dehors A regarder croître l'ouvrage Dont ce prince embellit ses bords.
Il se resserra tout à l'heure Au plus bas lieu de sa demeure; Et ses NjTnphes dessous les eaux, Toutes sans voix et sans baleine, Pour se cacher furent en peine De trouver assez de roseaux.
La terreur des choses passées, A leurs yeux se ramentevant, Faisait prévoir à leurs pensées Plus de malheurs qu'auparavant; Et leur était si peu croyable Qu'en cet accident effroyable Personne les pût secourir, Que, pour en être dégagées, Le ciel les aurait obligées S'il leur eût permis de mourir.
Revenez, belles fugitives;
De quoi versez- vous tant de pleurs!
Assurez vos âmes craintives,
Remettez vos chapeaux de fleurs :
Le roi vit; et ce misérable,
Ce monstre vraiment déplorable,
Qui n'avait jamais éprouvé
Que peut un visage d'Alcide,
A commencé le parricide.
Mais il ne l'a pas achève.
Pucelles, qu'on se réjouisse, Mettez-vous l'esprit en repos; Que cette peur s'évanouisse, Vous la prenez mal à propos :
Le roi vit, et les destinées Lui gardent un nombre d'années Qui fera maudire le sort A ceux dont l'aveugle manie Dresse des plans de tyrannie Pour bâtir quand il sera mort.
0 bienheureuse intelligence, Puissance, quiconque tu sois, Dont la fatale diligence Préside à l'empire françois!
Toutes ces visibles merveilles De soins, de peines et de veilles, Qui jamais ne t'ont pu lasser.
N'ont-elles pas fait une histoire Qu'en la plus ingrate mémoire L'oubli ne saurait effacer?
Ces archers aux casaques peintes Ne peuvent pas n'être surpris.
Ayant à combattre les feintes De tant d'infldèles esprits.
Leur présence n'est qu'une pompe; Avecque peu d'art on les trompe.
Mais de quelle dextérité Se peut déguiser une audace.
Qu'en l'âme aussitôt qu'en la face Tu n'en lises la vérité?
Grand démon d'éternelle marque.
Fais qu'il te souvienne toujours
Que tous nos maux en ce monarque Ont leur refuge et leur secours ; Et qu'arrivant l'heure prescrite Que le trépas, qui tout limite, Nous privera de sa valeur, Nous n'avons jamais eu d'alarmes Où nous ayons versé des larmes Pour une semblable douleur.
Je sais bien que par la justice,
Dont la paix accroît le pouvoir,
Il fait demeurer la malice
Aux bornes de quelque devoir;
Et que son invincible épée
Sous telle influence est trempée
Qu'elle met la frayeur partout
Aussitôt qu'on la voit reluire;
Mais, quand le malheur nous veut nuire,
De quoi ne vient-il point à bout?
Soit que l'ardeur de la prière Le tienne devant un autel.
Soit que l'honneur à la barrière L'appelle à débattre un cartel; Soit que dans la chambre il médite, Soit qu'aux bois la chasse l'invite, Jamais ne t'écarte si loin.
Qu'aux embûches qu'on lui peut tendre Tu ne sois prêt à le défendre, Sitôt qu'il en aura besoin.
Garde sa compagne fidèle, Cette reine dont les bontés De notre faiblesse mortelle Tous les défauts ont surmontés.
Fais que jamais rien ne l'ennuie, Que toute infortune la fuie; Et qu'aux roses de sa beauté L'âge, par qui tout se consume, Redonne, contre sa coutume, La grâce de la nouveauté.
Serre d'une étreinte si ferme Le nœud de leurs chastes amours, Que la seule mort soit le terme Qui puisse en arrêter le cours.
Bénis les plaisirs de leur couche; Et fais renaître de leur souche Des scions si beaux et si verts, Que de leurs feuillages sans nombre A jamais ils puissent faire ombre Aux peuples de tout l'univers.
Surtout, pour leur commune joie.
Dévide aux ans de leur dauphin, A longs fdcts d'or et de soie.
Un bonheur qui n'ait point do fin :
Quelques vœux que fasse l'envie.
Conserve-leur sa chère vie, Et tiens par elle ensevelis D'une bonace continue Les aquilons, dont sa venue A garanti les fleurs de lis.
Conduis-le, sous leur assurance, Promptoment jusques au sommet De l'indubitable espérance Que son enfance leur promet; Et, pour achiîver leurs journées.
Que les oracles ont bornées
Dedans le trône impérial, Avant que le ciel les appelle, Fais-leur ouïr cette nouvelle, Qu'il a rasé l'Escurial.
AU ROI HENRI LE GRAND
sur Vheureux succès du voyage de Sedan.
Enfin, après les tempêtes, Nous voici rendus au port; Enfin nous voyons nos tètes Hors de l'injure du sort :
Nous n'avons rien qui menace De troubler notre bonace; Et ces matières de pleurs, Massacres, feux et rapines, De leurs funestes épines.
Ne gâteront plus nos fleurs.
Nos prières sont ouïes.
Tout est reconcilié; Nos peurs sont évanouies, Sedan s'est humilié.
A peine il a vu le foudre Parti pour le mettre en poudre, Que, faisant comparaison De l'espoir et de la crainte.
Pour éviter la contrainte, Il s'est mis à la raison.
Qui n'eût cru que ses murailles.
Que défendait un lion,
Eussent fait des fonérailles Plus que n'en fit Ilion; Et qu'avant qu'être à la fête De si pénible conquête, Les champs se fussent vêtus Deux fois de robe nouvelle, Et le fer eût en javelle Deux fois les blés abattus?
Et toutefois, ô merveille!
Mon roi, l'exemple des rois.
Dont la grandeur nonpareille
Fait qu'on adore ses lois, Accompagné d'un génie ' Qui les volontés manie, L'a su tellement presser D'obéir et de se rendre, Qu'il n'a pas eu pour le prendre XiOisir de le menacer.
Tel qu'à vagues épandnes Marche un fleuve impérieux De qui les neiges fondues Rendent le cours furieux :
Rien n'est sûr en son rivage; Ce qu'il trouve, il le ravage,' Et, traînant comme buissons Les chênes et leurs racines, Ole aux campagnes voisines L'espérance des moissons :
Tel, et plus épouvantable, S'en allait ce conquérant, A son pouvoir indomptable Sa colère mesurant.
Son front avait une audace Telle que Mars en la Thrace ; Et les éclairs de ses yeux Etaient comme d'un tonnerre Qui gronde contre la terre Quand elle a fâché les cieux.
Quelle vaine résistance A son puissant appareil N'eût porté la pénitence Qui suit un mauvais conseil.
Et ra sa faute bornée D'une chute infortunée, Comme la rébellion Dont la fameuse folie Fit voir à la Thessalie Olympe sur PéUon?
Voyez comme en son courage, Quand on se range au devoir, La pitié calme l'orage Que l'ire a fait émouvoir :
A peine fut réclamée Sa douceur accoutumée, Que, d'un sentiment humain Frappé non moins que de charmes, Il fit la paix, et les armes Lui tombèrent de la main.
An-ière, vaines chimères De haines et de rancœurs; Soupçons de choses amères.
Eloignez-vous de nos cœurs :
Loin, bien loin, tristes pensées Où nos misères passées
Nous avaient ensevelis !
Sous Henri, c'est ne voir goutte Que de révoquer en doute Le salut des fleurs de lis.
0 roi qui du rang des hommes
T'exceptes par ta bonté,
Roi qui de l'âgo où nous sommeg
Tout le mal as surmonté !
Si tes labeurs, d'où la France
A tiré sa délivrance,
Sont écrits avecque foi,
Qui sera si ridicule
Qu'il ne confesse qu'Hercule
Fut moins Hercule que toi?
De combien de tragédies, Sans ton assuré secours.
Etaient les trames ourdies Pour ensanglanter nos jours!
Et qu'aurait fait l'innocence, Si l'outrageuse licence, De qui le souverain bien Est d'opprimer et de nuire, N'eût trouvé pour la détruire Un bras fort comme le tien?
Mon roi, connais ta puissance, Elle est capable de tout; Tes desseins n'ont pas naissance.
Qu'on en voit déjà le bout; Et la P^orlunc, amoureuse De la vertu généreuse.
Trouve de si doux appas A te servir et te plaire,
Que c'est la mettre en colère Que de ne l'employer pas.
Use de sa bienveillance, Et lui donne ce plaisir Qu'elle suive ta vaillance A quelque nouveau désir.
Ou que tes bannières aillent, Quoi que tes armes assaillent, Il n'est orgueil endurci Que, brise comme du verre, A tes pieds elle n'atterre, S'il n'implore ta merci.
Je sais bien que les oracles Prédisent tous qu'à ton fils Sont résen-és les miracles De la prise de Memphis ; Et que c'est lui dont l'épée.
Au sang barbare trempée, Quelque jour apparaissant A la Grèce qui soupire.
Fera décroître l'empire De l'infidcle croissant.
Mais, tandis que les années Pas à pas font avancer L'âge où de ses destinées La gloire doit commencer.
Que fais-tu, que d'une arméo A te venger animée Tu ne mets dans le tombeau Ces voisins dont les pratiqaes De nos rages domestiques Ont allumé le flambeau ^
Quoique les Alpes chenues Les couvrent de toutes parts.
Et fassent monter aux nues Leurs effroyables remparts; Alors que de ton passage On leur fera le message, Qui verront-elles venir.
Envoyé sous tes auspices, Qu'aussitôt leurs précipices Ne se laissent aplanir?
Crois-moi, contente l'envie Qu'ont tant de jeunes guerriers D'aller exposer leur vie Pour t' acquérir des lauriers; Et ne tient point otieuses Ces âmes ambitieuses Qui, jusques oîi le matin Met les étoiles en fuite.
Oseront, sous ta conduite.
Aller quérir du butin.
Déjà le Tésin tout morne Consulte de se cacher.
Voulant garantir la corne Que tu lui dois arracher :
Et le Pô, tombe certaine De l'audace trop hautaine, Tenant baissé le menton Dans sa caverne profonde, S'apprête à voir en son onde Choir un autre Phaéton.
Va, monarque magnanime; Souffre à ta juste douleur
Qu'en leurs rives elle imprime Les marques de ta valeur ; L'astre dont la course ronde Tous les jours voit tout le monde N'aura point achevé l'an, Que tes conquêtes ne rasent Tout le Piémont, et n'écrasent La couleuvre de Milan.
Ce sera là que ma lyre, Faisant son dernier effort.
Entreprendra de mieux dire Qu'un cygne près de sa mort ; Et, se rendant favorable Ton oreille incomparable, Te forcera d'avouer Qu'en l'aise de la victoire Rien n'est si doux que la gloire De se voir si bien louer.
Il ne faut pas que tu penses
Trouver de l'éternité
En ces pompeuses dépenses
Qu'invente la vanité;
Tous ces chefs-d'œuvres antiques
Ont à peine leurs reliques ;
Par les Muses seulement
L'homme est exempt de la Parque;
Et ce qui porte leur marque
Demeure éternellement.
Par elles traçant l" histoire De tes faits laborieux.
Je défendrai ta mémoire Du trépas injurieux.
*8 POÉSIES DE M4LHERBE
Et, quelque assaut que te fasse L'oubli, par qui tout s'efface, Ta louange, dans mes vers D'amarante couronnée N'aura sa fin terminée Qu'en celle de l'univers.