A M. LE DUC DE BELLEGARDE
grand écuyer de France.
A la fin, c'est trop de silence
En si beau sujet de parler;
Le mérite qu'on veut celer
Souffre une injuste violence,
Bellegarde, unique support
Où mes vœux ont trouvé leur port,
Que tarde ma paresse ingrate
Que déjà ton bruit nonpareil
Aux bords du Tage et de l'Euphrate
N'a vu l'un et l'autre soleil?
Les Muses, hautaines et braves, Tiennent le flatter odieux, Et, comme parentes des Dieux, Ne parlent jamais en esclaves ; Mais aussi ne sont-elles pas De CCS beautés dont les appas Ne sont que rigueur et que glace, Et de qui le cerveau léger, Quelque service qu'on leur fasse, Ne se peut jamais obliger.
La vertu, qui de leur étude Est le fruit le plus précieux, Sur tous les actes vicieux Leur fait haïr l'ingratitude; Et les agréables chansons.
Par qui leurs doctes nourrissons Savent charmer les destinées.
Récompensent un bon accueil De louanges que les années Ne mettent point dans le cercueil.
Les tiennes, par moi publiées,
Je le jure sur les autels,
En la mémoire des mortels
Ne seront jamais oubliées;
Et l'éternité que promet
La montagne au double sommet
N'est que mensonge et que fumée,
Ou je rendrai cet univers
Amoureux de ta renommée,
Autant que tu l'es de mes vers.
Comme en cueillant une guirlande.
L'homme est d'autant plus travaillé Que le parterre est émaillé D'une diversité plus grande; Tant de fleurs de tant de côtés Faisant paraître en leurs beautés L'artifice de la nature.
Il tient suspendu son désir, Et ne sait en cette peinture Ni que laisser, ni que choisir.
Ainsi, quand, pressé de la honte Dont me fait rougir mon devoir,
Je veux une œuvre concevoir Qui pour toi les âges surmonte, Tu me tiens les sens enchantés De tant de rares qualités Où brille un excès de lumière, Que, plus je m'an-ête à penser Laquelle sera la première, Moins je sais par oii commencer.
Si nommer en son parentage
Une longue suite d'aïeux Que la gloire a mis dans les cieax Est réputé grand avantage, De qui n'est-il point reconnu Que toujours les tiens ont tenu Les charges les plus honorables Dont le mérite et la raison, Quand les destins sont favorables, Parent une illustre maison?
Qui ne sait de quelles tempêtes Leur fatale main autrefois, Portant la foudre de nos rois.
Des Alpes a battu les têtes?
Qui n'a vu dessous leurs combat?
Le Pô mettre les cornes bas, Et les peuples de ses deux rives, Dans la frayeur ensevelis, Laisser leurs dépouilles captives A la merci des fleurs de lis?
Mais de chercher aux sépaltores Des témoignages do valeur, C'est à ceux qui n'ont rien du leur Estimable aux races fatures;
Non pas à toi, qui, revêtu De tous les dons que la vertu Peut recevoir de la fortune, Connais que c'est que du ^Tai bien, Et ne veux pas, comme la lune, Luire d'autre feu que du tien.
Quand le monstre infâme d'Envie, A qui rien de l'autrui ne plaît.
Tout lâche et perfide qu'il est.
Jette les yeux dessus ta vie.
Et te voit emporter le prix Des grands cœurs et des beaux esprits Dont aujourd'hui la France est pleine, Est-il pas contraint d'avouer Qu'il a lui-même de la peine A s'empêcher de te louer?
Soit que l'honneur de la carrière T'appelle à monter à cheval.
Soit qu'il se présente un rival Pour la lice ou pour la barrièrj, Soit que tu donnes ton loisir A prendre quelque autre plaisir Eloigné des molles délices; Qui ne sait que toute la couj" A regarder tes exercices Comme à des théâtres accouit?
Quand tu passas en Italie, Où tu fus quérir pour mon roi Ce joyau d'honneur et de foi Dont l'Ame à la Seine s'allie, Thétis ne suivit-elle pas Ta bonne grâce et tes apoas
Comme un objet émerveillable ?
Et jura qu'avecque Jason Jamais Argonaute semblable N'alla conquérir la toison.
Tu menais le blond Hyménée, Qui devait solennellement De ce fatal accouplement Célébrer l'heureuse journée.
Jamais il ne fut si paré, Jamais en son habit doré Tant de richesses n'éclatèrent, Toutefois, les Nymphes du lieu, Non sans apparence, doutèrent Qui de vous deux était le Dieu.
De combien de pareilles marques, Dont on ne me peut démentir, Ai-je de quoi te garantir Contre les menaces des Parques, Si ce n'est qu'un si long discours A de trop pénibles détours.
Et qu'à bien dispenser les choses Il faui mêler, pour un guerrier, A peu de myrte et peu de roses Force palme et force laurier!
Achille était haut de corsage; L'or éclatait en ses cheveux; Et les dames avecque vœux Soupiraient après son visage; Sa gloire à danser et chanter, Tirer de l'arc, sauter, lutter, A nulle autre n'était seconde :
Mais, s'il n'eût rien eu de plus bcan.
Son nom, qui vole par le monde, Serait-il pas dans le tombeau?
S'il n'eût, par un bras homicide Dont rien ne repoussait l'effort, Sur Ilion vengé le tort Qu'avait reçu le jeune Atride, De quelque adresse qu'au giron Ou de Phénix, ou de Chiron, Il eût fait son apprentissage, Notre âge aurait-il aujourd'hui Le mémorable témoignage Que la Grèce a donné de lui?
dTest aux magnanimes exemples Qui, sous la bannière de Mars, Sont faits au milieu des hasards.
Qu'il appartient d'avoir des temples; El c'est avecque ces couleurs Que l'histoire de nos malheui's Marquera si bien ta mémoire, Que tous les siècles à venir N'auront point de nuit assez noire Pour en cacher le souvenir.
En ce long temps où les manies D'un nombre infini de mutins Poussés de nos mauvais destins Ont assouvi leurs félonies, Par quels faits d'armes valeureux, Plus que nul autre aventureux, N'as-tu mis ta gloire eu tstime, Et déclaré ta pa^b<ion Contre l'espoir illégitime De la rebelle ambition !
roÉSIES DE MALHERBB
Tel que d'un effort difficile Un fleuve au travers de la mer, Sans que^son goût devienne amer, Passe d'Elidc en la Sicile ; Ses flots, par moyens inconnus En leur douceur entretenus, Aucun mélange ne reçoivent, Et, dans Syracuse arrivant, Sont trouvés de ceux qui les boivent Aussi peu salés que devant :
Tel, entre ces esprits tragiques.
Ou plutôt démons insensés, Qui de nos dommages passés Tramaient les funestes pratiquer-.
Tu ne t'es jamais diverti ■ De suivre le juste parti ; Mais, blâmant l'impure licence De leurs déloyales humeurs, As toujours aimé l'innocence.
Et pris plaisir aux bonnes mœur?;.
Depuis que, pour sauver sa terre, Mon roi, le plus grand des humains.
Eut laissé partir de ses mains Le premier trait de son tonnerre.
Jusqu'à la fin de ses exploits.
Que tout eut reconnu ses lois, A-t-il jamais défait armée.
Pris ville, ni forcé rempart.
Où ta valeur accoutumée N'ait eu la principale part?
Soit que près de Seine et de Loiro Il pavât les plaines de morts.
Soit que le Rhône outre ses bords Lui vît faire éclater sa gloii'e, Ne l'as-tu pas toujours suin, Ne l'as-tu pas toujours servi.
Et toujours pai- dignes ouvrages Témoigné le mépris du sort Que sait imprimer aux courages Le soin de vivre après la mort?
Mais quoi! ma barque vagabonde Est dans les syrtes bien avant.
Et le plaisir, la décevant, Toujours l'emporte au gré de l'icda.
Bellegarde, les matelots Jamais ne méprisent les flots, Quelque phare qui leur éclaire :
Je ferai mieux de relâcher.
Et borner le soin de te plaire, Par la crainte de te fâcher.
L'unique but où mon attente Croit avoir raison d'aspirer, C'est que tu veuilles m'assurer Que mon offrande te contente :
Donne-m'en, d'un clin de tes y«Q, Un témoignage gracieux; Et, si tu la trouves petite, Ressouviens-toi qu'une action Ne peut avoir peu de mérite Ayant beaucoup d'affection.
Ainsi de tant d'or et de soie Ton âge dévide son cours, Que tu reçoives tous les jours Nouvelles matières de joie !
Ainsi tes honneurs fleurissants De jour en jour aillent croissants.
Malgré la fortune contraire !
Et ce qui les fait trébucher De toi ni de Termes ton frère Ne puisse jamais approcher!
Quand la faveur, à pleines voiles^ Toujours compagne de vos pas, Vous ferait devant le trépas Avoir le front dans les étoiles, Et remplir de votre grandeur Ce que la terre a de rondeur; Sans être menteur, je puis dire Que jamais vos prospérités N'iront jusques oii je désire.
Ni jusques oii vous méritez.
A LA REINE MARIE DE MÉDICIS
sur les heureux succès de sa régence.
Nymphe qui jamais ne sommeilles, Et dont les messages divers En un moment sont aux oreilles Des peuples de tout l'univers.
Vole vite ; et de la contrée Par où le jour fait son enirée, Jusqu'au rivage do Calis, Conte sur la terre et sur l'onde Que l'honneur unique du monde Ccst la reine des Heurs de [is.
Quand son Henri, de qui la gloire Fut une merveille à nos yeux, Loin des hommes s'en alla boire Le nectar avecque les Dieux, En cette aventure effroyable, A qui ne semblait-i! croyable Qu'on allait voir une saison Oii nos brutales perfidies Feraient naître des maladies Qui n'auraient jamais guérison ?
Qui ne pensait que les Furies Viendraient des abîmes d'enfer En de nouvelles barbaries Employer la flamme et le fer; Qu'un débordement de licence Ferait souffrir à l'innocence Toute sorte de cruautés, Et que nos malheurs seraient piret Que naguère sous les Busires, Que cet Hercule avait domptés?
Toutefois, depuis l'infortane De cet abominable jour, A peine la quatrième lune Achève de faire son tour.
Et la France a les deslinées Pour elle tellement tournées Contre les vents séditieux, Qu'au lieu de craindre la tempête 11 semble que jamais sa tête Ne fut plus voisine des cieux.
Au-delà des bords de la Meuse L'Allemagne a vu nos guerriers
Par une conquête fameuse Se couvrir le front de lauriers.
Tout a fléchi sous leur menace; L'aigle même leur a fait place, Et, les regardant approcher Comme lions à qui tout cède, N'a point eu de meilleur remède Que de fuir et se cacher.
0 reine, qui, pleine de charmes Pour toute sorte d'accidents, As borné le flux de nos larmes En ces miracles évidents.
Que peut la fortune pubUque Te vouer d'asser magnifique, Si, mise au rang des Immortels, Dont ta vertu suit les exemples, Tu n'as avec eux dans nos templei Des images et des autels?
Que saurait enseigner aux princes Le grand démon qui les instruit, Dont ta sagesse en nos provinces Chaque jour n'épande le fruit ?
Et qui justement ne peut dire, A te voir régir cet empire, Que, si ton heur était pareil A tes admirables mérites, Tu ferais dedans ses limites Lever et coucher le soleil?
Le soin qui reste à nos pensées, 0 bel astre ! c'est que toujours Nos félicités commencées Puissent continuer leur cours.
Tout nous rit, et notre navire A ia bonace cpi'il désire :
Mais, si quelque injure du sort Provoquait l'ire de Neptune, Quel excès d'heureuse fortune Nous garantirait de la mort?
Assez de funestes batailles Et de carnages inhumains Ont fait en nos propres entrailles Rougir nos déloyales mains ; Donne ordre que sous ton génie Se termine cette manie, Et que, las de perpétuer Une si longue malveillance, Nous employions notre vaillance Ailleurs qu'à nous entretuer.
La Discorde aux crins de coulcQvi'OS, Peste fatale aux potentats, Ne finit ses tragiques œuvres Qu'en la fin même des Etats.
D'elle naquit la frénésie De la Grèce contre l'Asie; Et d'elle prirent le flambeau, Dont ils désolèrent leur terre, Les deux frères de qui la guerre Ne cessa point dans le tombeau.
C'est en la paix que toutes choses Succèdent selon nos désirs; Comme au printemps naissent les roses, En la paix naissent les plaisirs; Elle met les pompes aux villes, Donne aux champs les moissons fertiles.
Et, de la majesté des lois Appuyant les pouvoirs suprêmes, Fait demeurer les diadèmes Fermes sur la tête des rois.
Ce sera dessous cette égide Qu'invincible de tous côtés Tu verras ces peuples sans bride Obéir à tes volontés ; Et, surmontant leur espérance, Remettras en telle assurance Leur salut, qui fut déploré, Que vivre au siècle de Marie, Sans mensonge et sans flatterte.
Sera vivre au siècle doré.
Les Muses, les neuf belles fées Dont les bois suivent les chansons, Rempliront de nouveaux Orphées La troupe de leurs nourrissons; Tous les vœux seront de te plaire; Et si ta faveur tutélaire Fait signe de les avouer, Jamais ne partit de leurs veilles Rien qui se compare aux merveilles Qu'elles feront pour te louer.
En cette hautaine entreprise, Commune à tous les beaux esprits.
Plus ardent qu'un athlète à Pise, Je me ferai quitter le prix; Et quand j'aurai peint ton image.
Quiconque verra mon ouvrage Avoûra que Fontainebleau, Le Louvre, ni les Tuileries,
En leurs superbes galeries N'ont point un si riche tableau.
Apollon à portes ouvertes Laisse indifféremment cueillir Les belles feuilles toujours vertes Qui gardent les noms de vieillir.
Mais l'art d'en faire des couronnes N'est pas su de toutes pereonnes; Et trois ou quatre seulement, Au nombre desquels on me range, Peuvent domier une louange Qui demeure éternellement.
Variainte des six derniers vers de la quatorzième strophe de l'ode précédente.
Et quand j'aurai peint ton image Comme j'en prépare l'ouvrage, Sans doute en dira quelque jour :
Quoi que d'Apelle on nous raconte, Malherbe pouvait à sa honte Achever la mère d'Amour.
A LA REINE MARIE DE MEDICIS
Pendant sa régence, après la première guerre des princes, en 1614.
Si quelque avorton de l'envie Ose encore lever les yeux.
Je veux bander contre sa vie
L'ire de la terre et des deux, Et dans les savantes oreilles Verser de si douces merveilles.
Que ce misérable corbeau.
Comme oiseau d'augure sinistre Banni des rives du Caïstre, S'aille cacher dans le tombeau.
Venez donc, non pas habillées Comme on vous trouve quelquefois En jupes dessous les feuillées Dansant au silence des bois; Venez en robes où l'on voie Dessus les ouvrages de soie Les rayons d'or étinceler ; Et chargez de perles vos têtes, Comme quand vous allez aux fûtes Où les Dieux vous font appeler.
Quand le sang bouillant en mes voifla* Me donnait de jeunes désirs, Tantôt vous soupiriez mes peines, Tantôt vous chantiez mes plaisirs :
Mais, aujourd'hui que mes années Vers leur fin s'en vont terminées, Siérait-il bien à mes écrits D'ennuyer les races futures Des ridicules aventures D'un amoureux en cheveux gris?
Non vierges, non : je me retire De tous ces frivoles discours; Ma reine est un but à ma lyro Plus juste que nulles amours; Et quand j'aurai, comme j'espère,
Fait ouïr, du Gange à l'Ibère, Sa louange à tout l'univere, Permesse me soit un Cocyte, Si jamais je vous sollicite De m'aider à faire des vers!
Aussi bien, chanter d'autre chose Ayant chanté de sa grandeur, Serait-ce pas après la rose Aux pavots chercher de l'odeur, Et des louanges de la lune Descendre à la clarté commune D'un de ces feux du firmament Qui, sans profiter et sans nuire.
N'ont reçu l'usage de luire Que parle nombre seulement?
Entre les rois à qui cet âge Doit son principal ornement, Ceux de la Tamise et du Tage Font louer leur gouvernement :
Mais en de si cahnes provinces, Où le peuple adore les princes Et met au degré le plus haut L'honneur du sceptre légitime.
Saurait-on excuser le crime De ne régner pas comme il faut?
Ce n'est point aux rives d'un fleuve Où dorment les vents et les eaux Que fait sa véritable preuve L'art de conduire les vaisseaux :
Il faut en la plaiee salée Avoir lutté contre Malée, Et, près du naufrage dernier,
44 POÉSIES DE MALHERUa
S'être vu dessous les Pléiades Eloigné de ports et de rades, Pour être cru bon marinier.
Ainsi quand la Grèce, partie D'oîi le mol Anaure coulait, Traversa les mers de Scythie En la navire qui parlait, Pour avoir su des Cyanées Tromper les vagues forcenées, Les pilotes du fils d'Eson, Dont le nom jamais ne s'efface, Ont gagné la première place Eu la fable de la Toison.
Ainsi, conservant cet empire Oii l'infidélité du sort, Jointe à la nôtre encore pire.
Allait faii'e un dernier effort, Ma reine acquiert à ses mérites Un nom qui n'a point de limites.
Et, ternissant le souvenir Des reines qui l'ont précédée.
Devient une éternelle idée De celles qui sont à venir.
Aussitôt que le coup tragique Dont nous fûmes presque abattus Eut fait la fortune publique L'exercice de ses vertus.
En quelle nouveauté d'orage Ne fut éprouvé son courage !
Et quelle malice de flots.
Par des murmures effroyables, A des vœux à peine payables N'obligèrent les matelots!
Qui n'ouït la voix de Bellone, Lasse d'un repos de douze ans, Telle que d'un foudre qui tonne, Appeler tous ses partisans, Et déjà les rages extrêmes, Par qui tombent les diadèmes, Faire appréhender le retour De ces combats dont la manie Est l'éternelle ignominie De Jamac et de Moncontour!
Qui ne voit encore à cette heure Tous les infidèles cerveaux Dont la fortune est la meilleure Ne chercher que troubles nouveaux.
Et ressembler à ces fontaines Dont les conduites souterraines Passent par un plomb si gâté, Que, toujours ayant quelque tare, Au même temps qu'on les répare L'eau s'enfuit d'un autre côté?
La paix ne voit rien qui menacd De faire renaître nos pleurs ; Tout s'accorde à notre bonace; Les hivers nous donnent des fleurs Et si les pâles Eumènides Pour réveiller nos parricides Toutes trois ne sortent d'enfer, Le repos du siècle oii nous somme»
Va faire à la moitié des hommes Ignorer que c'est que le fer.
Thémis, capitale ennemie Des ennemis de leur devoir.
Comme un rocher est affermie En son redoutable pouvoir; Elle va d'un pas et d'un ordre Où la censure n'a que mordre; Et les lois, qni n'exceptent rien De leur glaive et de leur balance, Font tout perdre à la violence Qui veut avoir plus que le sien.
Nos champs même ont leur abondance Hors de l'outrage des voleurs ; Les festins, les jeux et la danse En bannissent toutes douleurs. Rien n'y gémit, rien n'y soupire; Cliaque Amarylle a son Tityre :
Et, sous l'épaisseur des rameaux, Il n'est place où l'ombre soit bonne Qui soir et matin ne résonne Ou de voix ou de chalumeaux.
Puis, quand ces deux grands hyménées.
Dont le fatal erabrassement Doit aplanir les Pyrénées, Auront leur accomplissement, Devons-nous douter qu'on ne voie.
Pour accompagner cette joie, L'encens germer en nos buissons, La myrrhe couler en nos rues, Et sans l'usage des charrues Nos plaines jaunir de moissons ?
Quelle moins hautaine espérance Pourrons-nous concevoir alors, Que de conquêter à la France La Propontide en ses deux bords.
Et, vengeant de succès prospères Les infortunes de nos pères Que tient l'Egypte ensevelis, Aller si près du bout du monde.
Que le soleil sorte de l'onde Sur la terre des fleurs de lis?
Certes, ces miracles visibles, Excédant le penser humain, Ne sont point ouvrages possibles A moins qu'une immortelle main :
Et la raison n? se peut dire De nous voir en notre navire A si bon port acheminés; Ou, sans fard et sans flatterie, C'est Pallas que cette Marie Par qui nous sommes gouvernés.
Mais, qu'elle soit nymphe ou déesse,
De sang immortel ou mortel,
Il faut que le monde confesse
Qu'il ne vit jamais rien de tel :
Et quiconque fera l'histoire
De ce grand chef-d'œuvre de gîoii-e,
L'incrédule postérité
Rejettera son témoignage.
S'il ne la dépeind belle et sage,
Au-deçà de la vérité.
Grand Henri, grand fondre de guerra,
Que, cependant, que parmi nous,
Ta valeur étonnait la terre,
Les destins firent son époux;
Roi, dont la mémoire est sans blâme,
Que dis-tu de cette belle âme,
Quand tu la vois si dignement Adoucir toutes nos absinthes, Et se tirer des labyrintlies Où la met ton éloignement?
Que dis-tu, lorsque tu remarques Après ses pas ton héritier De la sagesse des monarques Monter le pénible sentier, Et, pour étendre sa couronne. Croître comme un faon de lionne?
Que s'il peut un jour égaler Sa force avecque sa furie, Les Nomades n'ont bergerie Qu'il ne suffise à désoler.
Qui doute que, si de ses armes
Ilion avait eu l'appui,
Le jeune Atride avecque larmes
Ne s'en fut retourné chez loi;
Et qu'aux beaux champs de la Phrygie,
De tant de batailles rougie,
Ne fussent encore honorés
Ces ouvrages des mains célestes
Que jusques à leurs derniers restes
La flamme grecque a dévorés?