A M. LE CARDINAL DE RICHELIEU
Ministre et secrétaire d'Etat.
1G23 ou 1G24.
Grand et grand prince de l'Eglise, Richelieu, jusques u la moit,
Quelque chemin que l'homme élise, Il est à la merci du sort.
Nos jours filés de toutes soies Ont des ennuis comme des joies ; Et de ce mélange divers Se composent nos destinées, Comme on voit le cours des années Composé d'étés et d'hivers.
Tantôt une molle bonace Nous laisse jouer sur les flots; Tantôt un péril nous menace, Plus grand que l'art des matelots :
ît cette sagesse profonde Oui donne aux fortunes du monde leur fatale nécessité Na fait loi qui moins se révoque Qie celle du flux réciproque Dé l'heur et de l'adversité.
AU ROI LOUIS XIII
/Mant châtier la rébellion des Rochelois et chasser les Anglais, qui, en leur faveur, étaient descendus dans Vile de Ré.
Donc un nouveau labeur à tes armes s'apprête, Prends ta foudre, Louis, et va comme un lion Donner le dernier coup à la dernière tête De la rébellion.
Fais choir en sacrifice au démon de la Franco Les fronts trop élevés de ces âmes d'enfer;
Et n'épargne contre eux, poar notre délivrance, Ni le feu, ni le fer.
Assez de leurs complots l'infidèle malice A nourri le désordre et la sédition :
Quitte le nom de Juste, ou fais voir ta justice En leur punition.
Le centième décembre a les plaines ternies, Et le centième avril les a peintes de fleurs, Depuis que parmi nous leurs brutales manies Ne causent que des pleurs.
Dans toutes les fureurs des siècles de tes pères Les monstres les plus noirs firent-ils jamais rien Que l'inhumanité de ces cœurs de vipères Ne renouvelle au tien?
Par qui sont aujourd'hui tant de villes désertes, Tant de grands bâtiments en masures changés, Et de tant de chardons les campagnes couvertes, Que par ces enragés?
Les sceptres devant eux n'ont point de privilèges, Les immortels, eux, même en sont persécutés; Et c'est aux plus saints lieux que leui's mains sacrilégei Font plus d'impiétés.
Marche, va les détruire, éteins-en la semence; Et suis jusqu'à leur fin ton courroux généreux. Sans jamais écouter ni pitié ni clémence Qui te parle pour eux.
Ils ont beau vers le ciel leurs murailles accroître. Beau d'un soin assidu travailler à leurs forts.
\Et creuser leurs fossés jusqu'à faire paroître \ Le jour entre les morts;
liftisse-les espérer, laisse-les entreprendre. il suffit que ta cause est la cause de Dieu, It qu'avecque ton bras elle a pour la défendre Les soins de Richelieu;
Richelieu, ce prélat de qui toute l'envie Es de voir ta grandeur aux Indes se borner, Et :!ui visiblement ne fait cas de sa \\e Que pour te la donner.
Rien que ton intérêt n'occupe sa pensée, Nuls avertissements ne l'appellent ailleurs; Et de quelques bons yeux qu'on ait vanté Lyncée, Il en a de meilleurs.
Son âme toute grande est une âme hardie. Qui pratique si bien l'art de nous secourir, Que, pourvu qu'il soit cru, nous n'avons maladie Qu'il ne sache guérir.
Le ciel, qui doit le bien selon qu'on le mérite, Si de ce grand oracle il ne t'eût assisté. Par un autre présent n'eût jamais été quitte Envers ta piété.
"Va, ne diffère plus tes bonnes destinées, Mon Apollon t'assure et t'engage sa foi Qu'employant ce Tiphys, Syrtcs et Cyanées Seront havres pour toi.
Certes, ou je me trompe, ou déjà la Victoire, Qui son plus grand honneur de tes palmes attend.
Est aux bords de Charente en son habit de gloire Pour te rendre content.
Je la vois qui t'appelle, et qui semble te dire : Roi, le plus grand des rois, et qui m'es le plus cher, Si tu veux que je t'aide à sauver ton empire, Il est temps de marcher.
Que sa façon est brave et sa mine assurée! Qu'elle a fait richement son armure étoffer! Et qu'il se connaît bien, à la voir si parée, Que tu vas triompher!
Telle, en ce grand assaut oii des fils de la Terre La rage ambitieuse à leur honte parut, Elle sauva le ciel, et rua le tonnerre Dont Briare mourut.
Déjà de tous côtés s'avançaient les approches; Ici courait Mimas, là Typhon se battait, Et là suait Euryte à détacher les roches Qu'Encelade jetait.
A peine cette vierge eut l'affaire embrassée, Qu'aussitôt Jupiter en son trône remis Vit, selon son désir, la tempête cessée. Et n'eut plus d'ennemis.
Ces colosses d'orgueil furent tous mis en poudre. Et tous couverts des monts qu'ils avaient arrachés; Phlegre qui les reçut pue encore la foudre Dont ils furent touchés.
L'exemple de leur race à jamais abolie Devait sous ta merci tes rebelles ployer :
Mais serait-ce raison qu'une même folie N'eût pas même loyer?
Déjà l'étonnement leur fait la couleur blême; Et ce lâche voisin qu'ils sont allés quérir, Misérable qu'il est, se condamne lui-même A fuïr ou mourir.
Sa faute le remord : Mégère le regarde, Et lui porte l'esprit à ce vrai sentiment, Qne d'une injuste offense il aura, quoiqu'il tarde, Le juste châtiment.
Bien semble être la mer une barre assez forte Pour nous ôter l'espoir qu'il puisse être battu ; I^s est-il rien de clos dont ne t'ouvrent la porte Ton heur et ta vertu?
Neptune, importuné de ses voiles infâmes. Comme tu paraîtras au passage des flots Voudra que ses Tritons mettent la main aux ramts, Et soient tes matelots.
Là rendront tes guerriers tant de sortes de preuves, Et d'une telle ardeur pousseront leurs efforts, Que le sang étranger fera monter nos fleuves Au-dessus de leurs bords.
Par cet exploit fatal en tous lieux va renaître La bonne opinion des courages françois; Et le monde croira, s'il doit avoir un maître, Qu'il faut que tu le sois.
0 que pour avoir part en si belle aventure. Je me souhaiterais la fortune d'Éson,
Qui, vieil comme je suis, revint contre nature En sa jeune saison !
De quel péril extrême est la guerre suivie Où je ne fisse voir que tout l'or du Levant N'a rien que je compare aux honneurs d'une vie Perdue en te servant?
Toutes les autres morts n'ont mérite ni marque; Celle-ci porte seule un éclat radieux, Qui fait revivre l'homme, et le met de la barque A la table des Dieux.
Mais quoi ! tous les pensers dont les âmes bien nées Excitent leur valeur et flattent leur devoir. Que sont-ce que regrets, quand le nombre d'années Leur ôte le pouvoir?
Ceux à qui la chaleur ne bout plus dans les veines En vain dans les combats ont des soins diligents : Mars est comme l'Amour ; ses travaux et ses peines Veulent de jeunes gens.
Je suis vaincu du temps, je cède à ses outrages, Mon esprit seulement, exempt de sa rigueur, A de quoi témoigner en ses derniers ouvrages Sa première vigueur.
Les puissantes faveurs dont Parnasse m'honore Non loin de mon berceau commencèrent leur cours : Je les possédai jeune, et les possède encore A la fin de mes jours.
Ce que j'en ai reçu je veux te le produire; Tu verras mon adresse; et ton front cette fois
ODES 5o
Sera ceint de rayons qu'on ne vit jamais luire Sui- la tète dos rois.
Soit que de tes lauriers ma lyre s'entretienne, Soit que de tes bontés je la fasse parler, Quel rival assez vain prétendra que la sienne Ait de quoi m'égaler?
Ls fameui Amphion, dont la voix nonpareille Bâtissant une ville étonna l'univers, Quelque bruit qu'il ait eu, n'a point fait de merveili-a Que ne fassent mes vers.
Par eus de tes beaux faits la terre sera pleine ; Et les peuples du Nil qui les auront ouïs Donneront de l'encens comme ceux de la Seine Aux autels de Louis.