PARAPHRASE DU PSAUME VIII
0 sagesse éternelle, à qui cet univers Doit lo nombre infini des miraélcs divers Qu'on voit également sur la terre et sur l'onde!
STANCES 9 l
Mon Dieu, mon Créateur, Jue ta magnificence étonne tout le monde! Et que le ciel est bas au pris de ta hauteur!
Quelques blasphémateurs, oppresseurs d'innocents, \. qui l'excès d'orgueil a fait perdre le sens, [)e profanes discours ta puissance rabaissent :
Mais ta naïveté Dont mêmes au berceau les enfants te confessent lût-elle pas la bouche à leur impiété?
De moi, toutes les fois que j'arrête les yeux Al Toir les ornements dont tu pares les cieux. Pu me semblés si grand, et nous si peu de chose,
Que mon entendement !^e peut s'imaginer quelle amour te dispose A. nous favoriser d'un regard seulement.
n'est faiblesse égale à nos infirmités ; ^os pins sages discours ne sont que vanités, 3t nos sens corrompus n'ont goût qu'à des ordures;
Toutefois, ô bon Dieu, S^ous te sommes si chers, qu'entre tes créatures, i l'ange a le premier, l'homme a le second lieu.
Quelles marques d'honneur se peuvent ajouter A. ce comble de gloire où tu l'as fait monter? Et, pour obtenir mieux, quel souhait peut-il faire.
Lui que, jusqu'au Ponent, Depuis où le soleil vient dessus l'hémisphère. Ton absolu pouvoir a fait son lieutenant?
Sitôt que le besoin excède son désir,
Qu'est-ce qu'en ta largesse il ne trouve à choisir?
El, par ton règlement, l'air, la mer et la terre,
N'entreticnnent-ils pas Une secrète loi de se faire la guerre A qui de plus de mets fournira ses repas?
Certes, je ne puis faire, en ce ravissement, Que rappeler mon âme, et dire bassement : 0 Sagesse éternelle, en merveilles féconde!
Mon Dieu, mon Créateur, Que ta magnificence étonne tout le monde S Et que le ciel est bas au prix de ta hauteur!
Pour les paladins de France, assaillants dans un combat de barrière.
Eh quoi donc! la France féconde En incomparables guerriers, Aura jusques au bout du monde Planté des forêts de lauriers, Et fait gagner à ses armées Des batailles si renommées.
Afin d'avoir cette douleur D'ouïr démentir ses victoires, Et nier ce que les histoires Ont public de sa valeur?
Tant de fois le Rhin et la Meuse, Par nos redoutables efforts, Auront vu leur onde écumcuse Regorger de sang et de morts ; Et tant de fois nos destinées Des Alpes et des Pyronées Les sommets auront lait branler, Afin que je ne sais quels Scythes,
Bas de fortone et de mérites, Présament de nous égaler?
Non, non : s'il est vrai que bous sommes
Issus de ces nobles aïeux
Que la voix commune des hommes
A fait asseoir entre les Dieux,
Ces arrogants, à leur dommage,
Apprendront un autre langage,
Et, dans leur honte ensevelis.
Feront voir a toute la terre
Qu'on est brisé comme du verre
Quand on choque l-'S fleurs de lis.
Henri, l'exemple des monarques Les plus vaillants et les meilleurs, Plein de mérites et de marques Qui jamais ne furent ailleurs; Bel astre vraiment adorable.
De qui l'ascendant favorable En tous lieux nous sert de rempart, Si vous aimez votre louange, Désirez-vous pas qu'on la venge D'une injure où vous avez pan?
Ces arrogants, qui se dcQent
De n'avoir pas de lustre assez,
Impudemment se glorifient
Aux fables des siècles passés;
Et d'une audace ridicule
Nous content qu'ils sont fils d'Hercule,
Sans toutefois en faire foi :
Mais qu'importe-t-il qui puisse être
Ni leur père, ni leur ancêtre.
Puisque vous êtes notre roi?
Contre raventure funeste Que leur garde notre courroux Si quelque espérance leur reste, C'est d'obtenir grâce de vous, Et confesser que nos épées, Si fortes et si bien trempées Qu'il faut leur céder, ou mourir, Donneront à votre couronne Tout ce que le ciel environne, Quand vous le voudrez acquérir.
Prière pour le roi Henri le Grand, allant en
Limosin.
0 Dieu, dont les bontés de nos larmes touchées Ont aux vaines fureurs les armes arrachées. Et rangé l'msolence aux pieds de la raison, Puisqu'à rien d'imparfait ta louange n'aspire, Achève ton ouvrage au bien de cet empire. Et nous rends l'cnbonpoint comme la guerison.
Nous sommes sous un roi si vaillant et si sage, Et qui si dignement a fait l'apprentissage De toutes les vertus propres à commander. Qu'il semble que cet heur nous impose silence, Et qu'assurés par lui de toute violence, Nous n'avons plus sujet de te rien demandei'.
Certes, quiconque a vu pleuvoir dessus nos têtes Les funestes éclats des plus grandes tempêtes Qu'excitèrent jamais deux contraires partis, Et n'en voit aujourd'hui nulle marque paraître,
En ce miracle seul il peut assez connaître Quelle force a la main qui nous a garantis.
Mais quoi! de quelque soin qu'incessamment il veille, Quelque gloire qu'il ait à nulle autre pareille, Et quelque excès d'amour qu'il porte à notre bien, Comme échapperons-nous en des nuits si profondes, Parmi tant de rochers que lui cachent les ondes, ton entendement ne gouverne le sien ?
Un malheur inconnu gUsse parmi les hommes, Qui les rend ennemis du repos oîi nous sommes : La plupart de leurs vœux tendent au changement; Et, comme s'ils vivaient des misères publiques, Pour les renouveler ils font tant de pratiques, Que qui n'a point de peur n'a point de jugement.
En ce fâcheux état ce qui nous réconforte. C'est que la bonne cause est toujours la plus forte, Et qu'un bras si puissant t'ayant pour son appui, Quand la rébellion, plus qu'une hydre féconde, Aurait pour le combattre assemblé tout le monde, Tout le monde assemblé s'enfuirait devant lui.
Conforme donc, Seigneur, ta grâce à nos pensées, Ote-nous ces objets qui des choses passées Ramènent à nos yeux le triste souvenir; Et comme sa valeur, maîtresse de l'orage, A nous donner la paix a montré son courage. Fais luire sa prudence à nous l'entretenir.
n n'a point son espoir au nombre des armées. Étant bien assuré que ces vaines fumées N'ajoutent que de l'ombre à nos obscurités. L'aide qu'il veut avoii', c'est que tu le conseilles ;
Si tu le fais, Seigneur, il fera des merveilles, Et vaincra nos souhaits par nos prospérités.
Les fuites des méchants tant soient-elles secrètes, Quand il les poursuivra, n'auront point de cachettes. Aux lieux les plus profonds ils seront éclairés : Il verra sans effet leur honte se produire, Et rendra les desseins qu'ils feront pour lui nuire Aussitôt confondus comme délibérés.
La rigueur de ses lois, après tant de licence, Redonnera le cœur à la faible innocence Que dedans la misère on faisait envieillir. A ceux qui l'oppressaient il ôtera l'audace; Et, sans distinction de richesse ou de race, Tous de peur de la peine auront peur de faillir,
La terreur de son nom rendra nos villes fortes, On n'en gardera plus ni les murs ni les portes, Les veilles cesseront au sommet de nos tours; Le fer, mieux employé, cultivera la terre; Et le peuple, qui tremble aux fraytiurs de la guerre, Si ce n'est pour danser, n'aura plus de tambours.
Loin des mœurs de son siècle il bannira les vices, L'oisive nonchalance et les molles délices, Qui nous avaient portés jusqu'aux derniers hasards; Les vertus reviendront, de palmes couronnées, Et ses justes faveurs aux mérites données Feront ressusciter l'excellence des arts.
La foi de ses aïeux, ton amour, et ta crainte, Dont il porte dans Tàme une ot rnelle empreinte, D'actes de piété ne pourront l'assouvir; Il étendra ta gloire autant que sa puissance;
Et, n'ayant rien si cher que ton obéissance, Où tu le fais régner il te fera servir.
Tu nous rendras alors nos douces destinées ;
Nous ne reverrons plus ces fâcheuses années
Qui pour les plus hi'ureux n'ont produit que des pleurs.
Toute sorte de biens comblera nos familles,
La moisson de nos champs lassera les faucilles,
Et les fruits passeront la promesse des fleurs.
La fin de tant d'ennuis dont nous fûmes la proie Nous ravira les sens de merveille et de joie; Et, d'autant que le monde est ainsi compose Qu'une bonne fortune en craint une mauvaise, Ton pouvoir absolu, pour conserver notre aise, Conservera celui qui nous l'aura causé.
Quand un roi fainéant, la vergogne des princes. Laissant à ses flatteurs le soin de ses provinces. Entre les voluptés indignement s'endort, Quoique l'on dissimule, on en fait peu d'estime; Et, si la vérité se peut dire sans crime. C'est aveccpie plaisir qu'o? survit à sa mort.
Mais ce roi, des bons rcis l'éternel exemplaire, Qui de notre salut er'.' "înge tutclaire. L'infaillible refuge etl 'îssuré secours. Son extrême douceur avant dompte l'envie, De quels jours assez longs peut-il borner sa vie. Que notre afi'ection ne les juge trop courts ?
Nous voyons les esprits nés à la tyrannie, Ennuyés de couver leur cruelle manie.
Tourner tous leurs conseils à notre aflliction; Et lisons clairement dedans leur conscience
POÉSIES DE MALHERBE i
Que, s'ils tiennent la bride à leur impatience, Nous n'en sommes tenus qu'à sa protection.
Qu'il vive donc, Seigneur, et qu'il nous fasse vivre ! Que de toutes ces peurs nos âmes il délivre, Et, rendant l'univers de son heur étonné, Ajoute chaque jour quelque nouvelle marque Au nom qu'il s'est acquis du plus rare monarque Que ta bonté propice ait jamais couronné!
Cependant son Dauphin d'une vitesse prompte Des ans do sa jeunesse accomplira le compte; Et, suivant de l'honneur les aimables appas. De faits si renommés ourdira son histoire. Que ceux qui dedans l'ombre éternellement noire Ignorent le soleil ne l'ignoreront pas.
Par sa fatale main qui vengera nos pertes L'Espagne pleurera ses provinces désertes, Sjs châteaux abattus et ses camps déconfits; Et si de nos discords l'infâme vitupère A pu la dérober aux victoires du père, Nous la verrons captive aux triomphes dn fils.