AUX DAMES
Pour les demi-dieux marins conduits par Neptune, dans le cari'ousel des quatre éléments , en w.ars 1606.
0 qu'une sagesse profonde Aux aventures de ce monde Préside souverainement !
El que l'audace est mal apprise
STAXCES 99
De ceux qui font une entreprise Sans douter de rcvénement!
Le renom que chacun admire Du prince qui tient cet empire Nous avait faits ambitieux De mériter sa bienveillance.
Et donner à notre vaillance.
Le témoignage de ses yeux.
Nos forces, partout reconnues, Faisaient monter jusques aux nues Les desseins de nos vanités ; Et voici qu'avecque des charmes Un enfant qui n'avait point d'armes Nous a ravi nos libertés.
Belles merveilles de la terre, Doux sujets de paix et de guerre, Pouvons-nous avecque raison Ne bénir pas les destinées Par qui nos âmes enchaînées Servent en si belle prison?
L'aise nouveau de cette vie Nous ayant fait perdre l'envie De nous en retourner chez nous, Soit notre gloire ou notre honte, Neptune peut bien faire compte De nous laisser avecque vous.
Nous savons quelle obéissance Nous oblige notre naissance De porter à sa royauté; Mais est-il ni crime ni blâmo
Dont VOUS ne dispensiez une âme Qui dépend de votre boaute?
Qu'il s'en aille à ses Néréides Dedans ses cavernes humides, Et vive misérablement Confiné parmi ses tempêtes; Quant à nous, étant où vous êtes, Nous sommes en notre élément.
Pour M. le duc de Bellegarde, à une femme qui s était imaginé qu'il était amoureux d'elle.
Pliilis, qui me voit le teint blême, Les sens ravis hors de moi-même, El les yeux trempés tout le jour, Cherchant la cause de ma peine, Se figure, tant elle est vaine, Qu'elle m'a donné de l'amour.
Je suis marri que la colère
Me porte jusqu'à lui déplaire;
Mais pourquoi ne m'est-il permis ^
De lui dire qu'elle s'abuse,
Puisqu'à ma honte elle s'accuse
De ce qu'elle n'a point commis?
En quelle école nonpareille Aurait-elle appris la merveille De si bien charmer ses appas, Qui; je pusse la trouver belle, Pâlir, languir, transir pour elle, El ue m'ea apercevoir uas ?
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Oh ! qu'il me serait désirable Que je ne fusse misérable Que pour être dans sa prison!
Mon mal ne m'etonnerait guèrcs, Et les herbes les plus vulgaires M'en donneraient la guérison.
Mais, ô rigoureuse aventure!
Un chef-d'œuvre de la nature Au lieu du monde le plus beau Tient ma liberté si bien close.
Que le mieux que je m'en propose, C'est d'en sortir par le tombeau.
Pauvre Philis mal avisée, Cessez de servir de risée, Et souffrez que la vérité Vous témoigne votre ignorance, Afin que, perdant l'espérance, Vous perdiez la témérité.
C'est de Glycère que procèdent Tous les ennuis qui me possèdent, Sans remède et sans reconfort.
Glycère fait mes destinées; Et, comme il lui plaît, mes années Sont ou près ou loin de la mort.
C'est bien un courage de glace Où la pitié n'a pomt de place, Et que rien ne peut émouvoir; Mais quelque défaut que j'y blâraej Je ne puis l'ôter de mon àme, Non plus que vous y recevoir.
Pour la vicomtesse d'Auchy^
Laisse-moi, raison importune.
Cesse (l'affliger mon repos, En nie faisant mal à propos Désespérer de ma fortune; Tu perds temps de me secourir, Puisque je ne veux point guérir.
Si l'amour en tout son empira, Au jugement des beaux esprits, N'a rien qui ne quitte le pri:v A celle pour qui je soupire.
D'où vient que tu me veux ravir L'aise que j'ai de la servir?
A quelles roses ne fait honte De son teint la vive fraîcheur ?
Quelle neige a tant de blancheur Que sa gorge ne la surmonte?
Et quelle flamme luit aux cieux Claire et nette comme ses yeux?
Soit que de ses douces merveilles Sa parole enchante le sens.
Soit que sa voix de ses accents Frappu les cœurs par les oreilles, A qui ne fait-elle avouer Qu'on ne la peut assez louer ?
Tout ce que d'elle on me peut dire, C'est que son irop chaste penser, Ingrat à me récompenser,
Se moquera de mon martjTc; Supplice qui jamais ne faut Aux désirs qui volent trop haut.
Je l'accorda, il est véritable; Je devais bien moins désirer :
Mais mon humeur est d'aspirer Où la gloire est indubitable.
Les dangers me sont djs appas; Un bien sans mal ne me plaît pas.
Je me rends donc sans résistance A la merci d'elle et du sort; Aussi bien par la seule mort Se doit faire la pénitence D'avoir osé délibérer Si je la devais adorer.
Sur Véloignement 'prochain d'une dame.
Le dernier de mes jours est dessus l'horizon; Celle dont mes ennuis avaient leur guérison S'en va porter ailleurs ses appas et ses charmes. Je fais ce que je puis, l'en pensant divertir : Mais tout m'est inutile, et semble que mes larmes Excitent sa rigueur à la faire partir.
Beaux yeux, à qui le ciel et mon consentement, Pour me combler de gloire, ont donné justement Dessus mes volontés un empire suprême.
Que ce coup m'est sensible ! et que tout à loisir Je vais bien éprouver qu'un déplaisir extrême Est toujours à la fin d'un extrême plaisir!
Quel tragique succès ne dois-je redouter
Du funeste voyage où vous m'allez ôter
Pour un tenne si long tant d'aimables délices,
Puisque, votre présence étant mon élément,
Je pense être aux enfers et souffrir leurs supplices,
Lorsque je m'en sépare une heure seulement !
Au moins si je voyais cette fière beauté. Préparant son départ, cacher sa cruauté Dessous quelque tristesse ou feinte ou véritable, L'espoir qui volontiers accompagne l'amour, Soulageant ma langueur, la rendrait supportable, Et me consolerait jusques à son retour.
Mais quel aveuglement me le fait désirer? Avec quelle raison me puis-je figurer Que cette âme de rochj une grâce m'octroie, Et qu'ayant fait dessein de ruiner ma foi, Son humeur se dispose à vouloir que je croie Qu'elle a compassion de s'éloigner de moi?
Puis étant son mérite infini comme il est, Dois-je pas me résoudre à tout ce qui lui plaît, Quelques lois qu'elle fasse, et quoi qu'il m'en avienne, Sans faire cette injure à mon affection, D'appeler sa douleur au secours de la mienne, Et chercher mon repos en son affliction?
Non, non : qu'elle s'en aille à son contentement, Ou dure, ou pitoyable, il n'importe comment; Je n'ai point d'autre vœu que ce qu'elle souhaite : Et, quand de mes souhaits je n'aurais jamais rien, Le sort en est jiné, l'entreprise en est faite, Je ne saurais brûler d'autre feu que le sien.
Je ne ressemble point à ces faiMes esprits Qui, bientôt délivres comme ils sont bientôt pris, En leur fidélité n'ont rien que du langage ; Toute sorte d'objets les touche également : Quanta moi, je dispute avant que je m'engage; Mais quand je l'ai promis, j'aime éternellement.
A îklADAilE LA PRINCESSE DE CONTI
Pour M. le duc de Bellegarde.
Dure contrainte de partir, A quoi je ne puis consentir, Et dont je ne m'ose défendre, Que ta rigueur a de pouvoir !
Et que tu me fais bien apprendre Quel tyran c'est que le devoir !
J'aurai donc nommé ces beaux yeux Tant de fois mes rois et mes dieux.
Pour aujourd'hui n'en tenir compte, Et permettre qu'à l'avenir On leur impute cette honte De ne m'avoir su retenir !
Ils auront donc ce déplaisir.
Que je meure après un désir Où la vanité me convie ; Et qu'ayant juré si souvent D'être auprès d'eux toute ma \ie, Mes serments s'en aillent au vent!
Vraiment je puis bien avouer Que j'aurais tort de me louer
Par dessus le reste des hommes ; Je n'ai point d'autre qualité Que celle du siècle où nous sommeS; La fraude et l'infidélité.
Mais à quoi tendent ces discours, 0 beauté qui de mes amours Etes le port et le naufrage ?
Ce que je dis contre ma foi, N'est-ce pas un vrai témoignage?
Que je suis déjà hors de moi?
Votre esprit, de qui la beauté Dans la plus sombre obscurité Se fait une insensible voie, Ne vous laisse pas ignorer Que c'est le comble de ma joie Que l'honneur de vous adorer.
Mais pourrais-je n'obéir pas Au destin, de qui le compas Marque à chacun son aventure, Puisqu'en leur propre adversité Les Dieux, tout-puissants de nature.
Cèdent à la nécessité ?
Pour le moins j'ai ce reconfort, Que les derniers traits de la mort Sont peints en mon visage blême, Et font voir assez clair à tous Que c'est m'arracher à moi-même Que de me séparer de vous.
Un lâche espoir de revenir Tache on vain de m'ontrctenir :
Ce qu'il me propose m'irrite; Kt mes vœux n'auront point de heu, Si par le trépas je n'évite La douleur de vous dire adieu.