‹ PoésiesChapitre 45 sur 150 · RECIT DX'N BERGER · texte numérisé non relu

RECIT DX'N BERGER

au ballet du triom2Jhe de Pallas, où madame Elisabeth, princesse d'Espagne, représentait Pallas. Ce ballet fut exécuté le \9 mars 1615,

dans la grande salle de Bourbon, lorsque, Louis XIII et la reine sa mère se disposaierù à partir pour aller conduire cette princesse y et recevoir en même temps l'infante Anne d'Autriche, que le roi devait épouser.

Houlette de Louis, houlette de Marie, Dont le fatal appui met notre bergerie

Hors du pouvoir des loups, Vous placer dans les cieux en la même contrée

Des balances d'Astrée, Est-ce un prix de vertu qui soit digne de vous?

Vos pénibles travaux sans qui nos pâturages. Battus depuis cinq ans de grêles et d'orages,

S'en allaient désolés, Sont-ce pas des effets que, même en Arcadie,

Quoi que la Grèce die.

Les plus fameux pasteurs n'ont jamais égalés?

Voyez des bords de Loire et des bords de Garonne, Jusques à ce rivage oîi Thétis se couronne

De bouquets d'orangers, A qui ne donnez-vous une heureuse bonace,

Loin de toute menace Et de maux intestins et de maux étrangers?

Oij ne voit-on la paix, comme un roc affermie, Faire à nos Géryons détester l'infamie

De leurs actes sanglants; Et la belle Gérés, en javelles féconde,

Oter k tout le monde La peur de retourner à l'usage des glands?

Aussi dans nos maisons, en nos places publiques,

Ce ne sont que festins, ce ne sont que musiques

De peuples réjouis; Et, que l'astre du jour ou se lève ou se couche,

Nous n'avons en la bouche Que le nom de Marie et le nom de Louis.

Certes, une douleur quelques âmes afflige Qu'un fleuron de nos lis séparé de sa tige

Soit prêt à nous quitter :

Mais quoi qu'on nous augure et qu'on nous fasse craindre.

Elise est-elle à plaindre D'un bien que tous nos vœux lui doivent souhaiter?

Le jeune demi-dieu qui pour elle soupire De la fin du couchant termine son empire

En la source du jour; Elle va dans ses bras prendre part à sa gloire :

Quelle malice noire Peut sans aveuglement condamner leur amour?

Il est ^Tai qu'elle est sage, il est \Tai qu'elle est belle; Et notre affection pour autre que pour elle

Ne peut mieux s'employer :

Aussi la nommons-nous la Pallas de cet âge.

Alais que ne dit le Tage De celle qu'en sa place il nous doit envoyer!

Esprits mal avisés, qui blâmez un échange

Oii se prend et se baille un ange pour un ange,

Jugez plus sainement.

Notre grande bergère a Pan qui la conseille;

Serait-ce pas merveille Qu'un dessein qu'elle eût fait n'eût bon événement?

C'est en rassemblement de ces couples célestes Que, si nos maux passés ont laissé quelques restes.

Ils vont du tout finie, Mopse qui nous l'ajîQzo a la àûn as çièèàu;

Et les chênes d'Epire Savent moins qu'il ne sait les choses à venir.

Un siècle renaîtra comblé d'heur et de joie, Oii le nombre des ans sera la seule voie

D'arriver au trépas.

Tous venins y mourront comme au temps de nos pères;

Et même les vipères Y piqueront sans nuire, ou n'y piqueront pas.

La t(ïrre en tous cndroit-s produira toutes choses, Tous métaux seront or, toutes fleurs seront roses,

Tous arbres oliviers; L'an n'aura plus d'hiver, le jour n'aura plus d'ombre;

Et les perles sans nombre Germeront dans la Seine au milieu des graviers.

Dieux, qui de vos arrêts formez nos destinées, Donnez un dernier terme à ces grands hyménées,

C'est trop les différer; L'Europe les demande, accordez sa requête.

Qui verra cette fête.

Pour mourir satisfait, n'aura que désirer.

Sur le mariage du roi Louis XIII avec Anne d'Autriche, infante d'Espagne.

Mopse, entre les devins l'Apollon de cet âge,

Avait toujours fait espérer Qu'un soleil qui naîtrait sur les rives du Tagc En la terre du lis nous viendrait éclairer.

Cette prédiction semblait une aventure

Contre le sens et le discours, N'étant pas convenable aux règles de nature Qu'un soleil se levât oti se couchent les jours.

Anne, qui de Madrid fut l'unique miracle,

Maintenant l'aise de nos yeux.

Au sein de notre Mars satisfait à l'oracle, Et dégage envers nous la promesse des cieux.

Bien est-elle un soleil; et ses yeux adorables,

Déjà vus de tout l'horizon.

Font croire que nos maux seront maux incurables Si d'un si beau remède ils n'ont leur guérison.

Quoi que l'esprit y cherche, il n'y voit que des chaînes

Qui le captivent à ses lois.

Certes, c'est à l'Espagne à produire des reines, Comme c'est à la France à produire des rois.

Heureux couple d'amants, notre grande Marie

A pour vous combattu le sort; Elle a forcé les vents, et dompté leur furie ; C'est à vous à goûter les délices du port.

Goûtez-les, beaux esprits, et donnez connaissance,

En l'cictg dû ratro placstr, Qu'à des cœurs bien touchés tarder la jouissance. C'est infailliblement leur croître le désir.

Les fleurs de votre amour, dignes do leur racine,

Montrent un grand commencement :

Mais il faut passer outre, et des fruits de Lucine Faire avoir à nos vœux leur accomplissement.

Réservez le repos à ces vieilles années

Par qui le sang est refroidi.

Tout le plaisir des jours est en leurs matinées : La nuit est déjà proche à qui passe midi.

Pour M. le duc de Bellegarde, sur la guirison da Chrysante.

Les destins sont vaincus, et le flux de mes larmjfi De leur main insolente a fait tomber les armes; Amour en ce combat a reconnu ma foi : Lauriers, couronnez-moi.

Quel penser agréable a soulagé mes plaintes, Quelle heure de repos a diverti mes craintes, Tant que du cher objet en mon âme adoré Le péril a duré?

J'ai toujours vu ma dame avoir toutes les marques De n'être point sujette à l'outrage des Parques : Mais quel espoir de bien, en l'excès de ma pour, N'estimais-je trompeur ?

Aujourd'hui c'en est fait, elle est toute guérie; "Et les soleils d'avril, peignant une prairie. En leurs tapis de fleurs n'ont jamais égalé Son teint renouvelé.

Je ne la vis jamais si fraîche ni si belle; Jamais de si bon cœur je ne brûlai pour elle; Et ne pensai jamais avoir tant de raison De bénir ma prison.

Dieux, dont la providence et les mains souveraines, Terminant sa langueur, ont mis fin à mes peines, Vous saurais-Je payer avec assez d'encens L'aise que je ressens?

Après une faveur si visible et si grande. Je n'ai plus à vous faire aucune autre demande; Vous m'avez tout donné, redonnant à mes yeux Ce chef-d'œuvre des cieux.

Certes, vous êtes bons; et combien que nos crimes Vous donnent quelquefois des courroux légitimes. Quand des cœurs bien touchés vous demandent secours, Ils l'obtiennent toujours.

Continuez, grands dieux; et ne faites pas dire, Ou que rien ici-bas ne connaît votre empire. Ou qu'aux occasions les plus dignes de soins Vous en avez le moins.

Donnez-nous tous les ans des moissons redoublées, Soient toujours de nectar nos rivières comblées; Si Chrysante ne vit et ne se porte bien. Nous ne vous devons rien.

Fragment d'une prophétie du Dieu de la Seine contre le maréchal d'Ancre.

Va-t'en à la malheure, excrément de la terre. Monstre qui dans la paix fait les maux de la guerre,

Et dont l'orgueil ne connaît point de lois. En quelque haut dessein que ton esprit s'égai'e,

Tes jours sont à leur fin, ta chute se prépare Regarde-moi pour la dernière fois.

C'est assez que cinq ans ton audace efifrontée,

Sur des ailes de cire aux étoiles montée,

Princes et rois ait osé défier ; La fortune t'appelle au rang de ses victimes; Et le ciel, accusé de supporter tes crimes, Est résolu de se justifier.

Pour le comte de Charni, qui recherchait en mariage mademoiselle de Castille, qu'il éjiûusa en

Enfin ma patience et les soins que j'ai pris Ont, selon mes souhaits, adouci les esprits Dont l'injuste rigueur si longtemps m'a fait plaindre.

Cessons de soupirer :

Grâces à mon destin, je n'ai plus rien à craindre,

Et puis tout espérer.

Soit qu'étant le soleil dont je suis enflammé Le plus aimable objet qui jamais fut aimé. On ne m'ait pu nier qu'il ne fût adorable,

Soit que d'un oppressé Le droit bien reconnu soit toujours favorable,

Les Dieux m'ont exaucé.

Naguère que j'oyais la tempête souffler, Que je voyais la vague en montagne s'enfler, Et Neptune à mes cris faire la sourde oreille,

A peu près englouti, Eussé-je osé prétendre à l'hcurcusc merveille

D'en cire garanti?

Contre mon jugement les orages cessés

Ont des calmes si doux en leur place laissés,

Qu'aujourd'hui ma fortune a l'empire de l'onde;

Et je vois sur le bord Un ange, dont la grâce est la gloire du monde,

Qui m'assure du port.

Certes, c'est lâchement qu'un tas de médisants, Imputant à l'amour qu'il abuse nos ans, De frivoles soupçons nos courages étonnent;

Tous ceux à qui déplaît L'agréable tourment que ses flammes nous donnent

Ne savent ce qu'il est.

S'il a de l'amertume à son commencement, Pourvu qu'à mon exemple on souffre doucement, Et qu'aux appâts du change une âme ne s'envole.

On se peut assurer Qu'il est maître équitable, et qu'enfin il console

Ceux qu'il a fait pleurer.

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