A M. LE PREMIER PRESIDENT DE ^^ERDUN
Pour le consoler de la mort de sa première femme-
1621 ou 1622
Sacré ministre de Thémis,
Verdun, en qui le ciel a rais
Une sagesse non commune.
Sera-ce pour jamais que ton cœur abattu
Laissera sous une infortune, Au mépris de ta gloire, accabler ta vertu?
Toi de qui les avis prudents
En toute sorte d'accidents
Sont loues même de l'envie, Perdras-tu la raison jusqu'à te figurer
Que les morts reviennent en vie, Et qu'on leur rende l'âme à force de pleurer?
Tel qu'au soir on voit le soleil
Se jeter au bras du sommeil.
Tel au matin il sort de l'onde.
Les affaires de l'homme ont un autre destin :
Après qu'il est parti du monde, La nuit qui lui survient n'a jamais de matin.
Jupiter, ami des mortels,
Ne rejette de ses autels
Ni requêtes ni sacrifices :
Il reçoit en ses bras ceux qu'il a menacés;
Et qui s'est nettoyé de vices Ne lui fait point de vœux qui ne soient exaucé*
Neptune, en la fureur des flots
Invoqué par les matelots,
Remet l'espoir en leurs courages; Et ce pouvoir si grand dont il est renommé
N'est connu que par les naufrages Dont il a garanti ceux qui l'ont réclamé.
Pluton est seul entre les Dieux
Dénué d'oreilles et d'yeux
A quiconque le sollicite :
Il dévore sa proie aussitôt qu'il la prend ;
Et, quoi qu'on lise d'Hippolyte, Ce qu'une fois il tient, jamais il ne le rend.
S'il était vrai que la pitié
De voir un excès d'amitié
Lui fît faire ce qu'on désire, Qui devait le fléchir avec plus de couleur
Que ce fameux joueur de lyre Qui fut jusqu'aux enfers lui montrer sa douleur?
Cependant il eut beau chanter
Beau crier, presser et flatter,
Il s'en revint sans Eurydice ; Et la vaine faveur dont il fut oblig
Fut une si noire malice, Qu'un absolu refus l'aurait moins affligé.
Mais, quand tu pourrais obtenir
Que la mort laissât revenir
Celle dont tu pleures l'absence, La voudrais-tu remettre en un sièclo effronté
Qui, plein d'une extrême licence, Ne ferait que troubler son extrême bonté?
Que voyons-nous que des Titans
De bras et de jambes luttants
Contre les pouvoirs légitimes ; Infâmes rejetons de ces audacieux
Qui, dédaignant les petits crimes, Pour en faire un illustre attaquèrent les cieux?
Quelle horreur de flamme et de fer
N'est éparse, comme en enfer.
Aux plus beaux lieux de cet empire?
Et les moins travaillés des injures du sort
Peuvent-ils pas justement dire Qu'un homme dans la tombe est un navire au port?
Crois-moi, ton deail a trop doré, Tes plaintes ont trop murmuré ; Chasse l'ennui qui te possède, Sans t'irriter en vain contre une adversité, Que tu sais bien qui n'a remède ^ Autre que d'obéir à la nécessité.
Rends à ton âme le repos
Qu'elle s'ôte mal à propos
Jusqu'à te dégoûter de nvre :
Et, si tu n'as l'amour que chacun a pour soi,
Aime ton prince, et le délivre Du regret qu'il aura s'il est privé de toi.
Quelque jour, ce jeune lion
Choquera la rébellion.
En sorte qu'il en sera maître :
Mais quiconque voit clair ne connaît-il pas bien
Que, pour l'empêcher de renaître.
Il faut que ton labeur accompagne le sien?
La Justice, le glaive en main.
Est un pouvoir autre qu'humain
Contre les révoltes civiles :
Elle seule fait l'ordre; et les sceptres des rois
N'ont que des pompes inutiles.
S'ils ne sont appuyés de la force des lois.
Pour M. le comte de Soissons, à qui Von faisait espérer qu'il épouserait madame Henriette Marie de France, depuis reine d'Angleterre.
Ne délibérons plus, allons droit à la mort:
La tristesse m'appelle à eo dernier efifort,
Et l'honneur m'y convie :
Je n'ai que trop gémi.
Si parmi tant d'ennuis j'aime encore ma vie, Je suis mon ennemi.
O beaux yeux, beaux objets de gloire et de grandftur, Vive source de flamme où j'ai pris une ardeur
Qui toute autre surmonte,
Puis-je souffrir assez Pour expier le crime et réparer la honte
De vous avoir laissés?
Quelqu'un dira pour moi que je fais mon devoir, Et que les volontés d'un absolu pouvoir
Sont de justes contraintes ;
Mais à quelle autre loi Doit un parfait amant des respects et des craintes,
Qu'à celle de sa foi?
Quand le ciel offrirait à mes jeunes désirs
Les plus rares trésors et les plus grands plaisirs
Dont sa richesse abonde,
Que saurais-je espérer A quoi votre présence, ô merveille du monde,
Ne soit à préférer?
On parle de l'enfer et des maux éternels Baillés en châtiment à ces grands criminels
Dont les fables sont pleines :
Mais ce qu'ils souflVent tous.
Le souffrai-je pas seul en la moindre des peine»
D'être éloigné de vous?
J'ai b(!au par la raison exhorter mon amour De vouloir réserver à l'aise du retour
Quelques restes de larmes; Misérable qu'il est!
Contenter sa douleur et loi donner des armes, C'est tout ce qui lui plaît.
Non, non; laissons-nous vaincre après tant de combats; Allons épouvanter les ombres de la-bas
De mon visage blême;
Et, sans nous consoler, Mettons fin à des jours que la Parque elle-même
A pitié de filer.
Je connais Charigène, et n'ose désirer Qu'elle ait un sentiment qui la fasse pleurer
Dessus ma sépulture;
Mais, cela m'arrivant, Quelle serait ma gloire! et pour quelle aventure
Voudrais-je être vivant?
Pour une mascarade.
Ceux-ci, de qui vos yeux admirent la venue. Pour un fameux honneur qu'ils brûlent d'acquérir. Partis des bords lointains d'une terre inconnue. S'en vont au gre d'Amour tout le monde courir.
Ce grand démon qui se déplaît
D'être profané comme il est.
Par eux veut repurger son temple;
Et croit qu'ils auront ce pouvoir
Quo ce qu'on ne fait par devoir
On le fera par leur exemple.
Ce ne sont point esprits qu'une vague licence Porte inconsidérés à leurs contentements; L'or de cet âge vieil où régnait l'iiuioceace
N'est pas moins en leurs mœurs qu'en leurs accoutrements. La foi, l'honneur, et la raison.
Gardent la clef de leur prison ; Penser au cliange leur est crime, Leurs paroles n'ont point de fard; Et faire les choses sans art Est l'art dûnt ils font plus d'estime.
Composez-vous sur eux, â;nes belles et hautes, Retirez votre humeur de l'infidélité; Lassez-vous d'abuser les jeunesses peu cautes, Et de vous prévaloir de leur crédulité.
N'ayez jamais impression
Que d'une seule passion,
A quoi que l'espoir vous convie.
Bien aimer soit votre vrai bien;
Et, bien aimés, n'estimez rien
Si doux qu'une si douce vie.
On tient que ce plaisir est fertile de peines. Et qu'un mauvais succès l'accompagne souvent ; Mais n'est-ce pas la loi des fortunes humaines Qu'elles n'ont point de havre à l'abri de tout vent ?
Puis cela n'advient qu'aux amours
Oîi les désirs, comme vautours.
Se paissent de salas rapines ;
Ce qui les forme les détruit :
Celles que la vertu produit
Son oses qui n'ont point d'épines.
Quoi donc ! ma lâcheté sera si criminelle ; Et les vœux que j'ai faits pourront si peu sur moi, Que ju quille ma dame, et dém-^nte la foi Dont je lui promettais une amour étcniello?
Que ferons-noQS, mon cœur ? Avec cpielle science Vaincrons-nons les malheurs qui nous sont préparés ? Courrons-nous le hasard comme désespérés? Ou nous résoudrons-nous à prendre patience ?
Non, non; quelques assauts que me donne l'envie, Et quelques vains respects qu'allègue mon devoir, Je ne céderai point, que du même pouvoir Dont on m'ôte ma dame on ne m'ôte la vie.
Mais où va ma fureur? quelle erreur me transporte, De vouloir en géant aux astres commander? Ai-je perdu l'esprit, de me persuader Que la nécessité ne soit pas la plus forte?
Achille, à qui la Grèce a donné cette marque D'avoir eu le courage aussi haut que les cieuï. Fut en la même peine, et ne put faire mieux Que soupirer neuf ans dans le fond d'une barqiîj.
Je veux, du même esprit que ce miracle d'armes,
Chercher en quelque part un séjour écarté
Où ma douleur et moi soyons en liberté.
Sans que rien qui m'approche interrompe mes larmes.
Bien sera-ce à jamais renoncer à la joie D'être sans la beauté dont l'objet m'est si doux : Mais qui m'empêchera qu'en dépit des jaloux Avecque le penser mon âme ne la voie?
Le temps qui toujours vole, et sous qui tout succombe, Fléchira cependant l'injustice du sort, Ou d'un pas insensible avancera la mort Qui bornera ma peine au repos de la tombe.
La fortune en tous lieux à l'homme est dangereuse; Quelque chemin qu'il tienne, il trouve des combats ; Mais, des conditions où l'on vit ici-bas, Certes celle d'aimer est la plus malheureuse.
PARAPHRASE D'une partie du Psaume CXLV.
N'espérons plus, mon âme, aux promesses du monde ; Sa lumière est un verre, et sa faveur une onde Que toujours quelque vent empêche de calmer. Quittons ces vanités, lassons-nous de les suivre :
C'est Dieu qui nous fait vivre,
C'est Dieu qu'il faut aimer.
En vain, pour satisfaire à nos lâches envies,
Nous passons près des rois tout le temps de nos vies
A souffrir des mépris et ployer les genoux :
Ce qu'ils peuvent n'est rien ; ils sont, comme nous sommes,,
Véritablement hommes,
Et meurent comme nous.
Ont-ils rendu l'esprit, ce n'est plus que poussière
Que cette majesté si pompeuse et si fière
Dont l'éclat orgueilleux étonnait l'univers ;
Et, dans ces grands tombeaux où leurs âmes hautaines
Font encore les vaines,
Ils sont mangés des vers.
Là se perdent ces noms de maîtres de la terre. D'arbitres de la paix, de foudres de la guerre ; Comme ils n'ont plus de sceptre, ils n'ont plus de flatteurs; Et t0DJ)ent avec eux d'une chute commune
Tous ceux que leur fortune
Faisait leurs serviteurs.
Faite conjointement avec la duchesse de BellegàTde et le marquis de Racan.
Qu'autres que vous soient désirées, Qu'autres que vous soient adorées, Cela se peut facilement :
Mais qu'il soit des beautés pareilles A vous, merveille des merveilles.
Cela ne se peut nullement.
Que chacun sous votre puissance Captive son obéissance, Cela se peut facilement :
Mais qu'il soit une amour si forte Que celle-là que je vous porte, Cela ne se peut nullement.
Que le fôcheux nom de cruelles Semble doux à beaucoup de belles, Cela se peut facilement :
Mais qu'en leur âme trouve place Rien de si froid que votre glace, Cela ne se peut nullement.
Qu'autres que moi soient misérables Par vos rigueurs inexorables.
Cela se peut facilement :
Mais que de si vives atteintes Parte la cause de leurs plaintes, Cela ne se peut nullement.
Qu'on serve bien lorsque l'on pense
En recevoir la récompense,
Cela se peut facilement :
Mais qu'une autre foi que la mienne
N'espère rien, et se maintienne,
Cela ne se peut nullement.
Qu'à la fin la raison essaie Quelque guérison à ma plaie, Cela se peut facilement :
Mais que d'un si digne servage La remontrance me dégage, Cela ne se peut nullement.
Qu'en ma seule mort soient finies Mes peines et vos tyrannies, Cela se peut facilement; Mais que jamais par le martyre Do vous servir je me retire, Cela ne se peut nullement.
Sur le départ de la vicomtesse d'Aiichy,
Ils s'en vont ces rois de ma vie.
Ces yeux, ces Leaux yeux Dont l'éclat fait pâlir d'envie
Ceux mêmes des cieux.
Dieux, amis de l'innocence, Qu'ai-je fait pour mériter Les ennuis où cette absence
Me va précipiter?
Elle s'en va cette merveille Pour qui nuit cl jour,
Quoi que la raison me conseille,
Je brûle d'amour.
Dieux, amis de l'innocence, Qu'ai-je fait pour mériter Les ennuis où cette absence
Me va précipiter?
En quel effroi de solitude
Assez écarté Mettrai-je mon inquiétude
En sa liberté?
Dieux, amis de l'innocence, Qu'ai-je fait pour mériter Les ennuis où cette absence
Me va précipiter?
Les affligés ont en leur peine
Recours à pleurer; Mais quand mes yeux seraient fontaines.
Que puis-je espérer?
Dieux, amis de l'innocence, Qu'ai-je fait pour mériter Les ennuis où cette absence
Me va précipiter?
Pour Henri le Grand, sur la dernière absence de la jDvincesse de Condé.
Que n'ètes-vous lassées
Mes tristes pensées, De troubler ma raison, Et faire avecque blâme
Rebeller mon âme Contre ma guérison!
Que ne cessent mes larmes.
Inutiles armes!
Et que n'ôte des cieùx La fatale ordonnance
A ma souvenance Ce qu'elle ôte à mes yeux!
0 beauté nompareille, Ma chère merveille.
Que le rigoureux sort Dont vous m'êtes ravie Aimerait ma vie S'il me donnait la mort!
Quelles pointes de rage
Ne sent mon courage De voir que îe danger, En vos ans les plus tendres.
Menace vos cendres D'un cercueil étranger!
Je m'impose silence
En la violence Que me fait le malheur; Mais j'accrois mon martyre..
Et n'oser rien dire M'est douleur sur douleur.
Aussi suis-je un squelette;
Et la violette Qu'un froid hors de saison.
Ou le soc, a touchée,
Do ma peau desséchée Est lu comparaison.
Dieux, qui les destinées
Les plus obstinées Tournez de mal en bien, Après tant de tempêtes
Mes justes requêtes N'obtiendront-elles rien?
Avez-vous eu les titres
D'absolus arbitres De l'état des mortels Pour être inexorables
Quand les misérables Implorent vos autels?
Mon soin n'est point de faire En l'autre hémisphère
Voir mes actes guerriers,
Et jusqu'aux bords de l'onde Où finit le monde
Acquérir des lauriers.
Deux beaux yeux sont l'empire
Pour qui je soupire ; Sans eux rit-n ne m'est doaxj Donnez-moi cette joie
Que je les revoie.
Je suis dieu comme vous.
Sus, debout, la merveille des belles!
Allons voir sur les herbes nouvelles Luire un émail dont la vive peinture Défend à l'art d'imiter la nature.
Î58 POÉSIES DE MALtîERBE
L'air est plein d'une haleine de roses, Tous les vents tiennent leurs bouches closes;
Et le Soleil semble sortir de l'onde.
Pour quelque amour plus que pour luire au monda.
On dirait, à lui voir sur la tête
Ses rayons comme un chapeau de fête,
Qu'il s'en va suivre en si belle journée
Encore un coup la fille de Pénée.
Toute chose aux délices conspire, Mettez-vous en votre humeur de rire; Les soins profonds d'où les rides nous viennent A d'autres ans qu'aux vôtres appartiennent.
Il fait chaud; mais un feuillage sombre Loin du bruit nous fournira quelque ombre, Où nous ferons parmi les violettes Mépris de l'ambre et de ses cassolettes.
Près de nous, sur les branches voisines
Des genêts, des houx et des épines, Le rossignol, déployant ses merveilles, Jusqu'aux rochers donnera des oreilles.
Et peut-être à travers des fougères Verrons-nous, de bergers à bergères.
Sein contre sein et bouche contre bouche Naître et finir quoique douce escarmouche.
C'est chez eux qu'Amour est à son aise ;
Il y saute, il y danse, il y baise, Et foule aux pieds les contraintes scrviles De tant de lois qui le gênent aux villes.
CHAÎ^SONS 159
0 cpi'un jour mon âne aurait de gloire
D'obtenir cette heureuse victoire, Si la pitié de mes peines passées Vous disposait à semblables pensées!
Votre honneur, le plus vain des idoles, /ous remplit de mensonges frivoles; Mais quel esprit que la raison conseille. S'il est aimé, ne rend point la pareille ?
Chantée au ballet du THomphe de Pallà$*
Cette Anne si belle, Qu'on vante si fort, Pourquoi ne vient-elle?
Vraiment elle a tort.
Son Louis soupire Après ses appas; Que veut-elle dire De ne venir pas?
S'il ne la possède.
Il s'en va mourir; Donnons-y remède, Allons la quérir.
Assemblons, Marie, Ses yeux à vos yeux ; Notre bergerie N'en vaudra que mieui.
Hâtons le voyage; Le siècle doré
160 POÉSIES OË MALHERBE
En ce mariage Nous est assuré.
Pour M. le duc de Bellegarde, amoureux d'une dame de la plus haute condition qui fût en France, et même en Europe.
Mes yeux, vous m'êtes superflus ; Cette beauté qui m'est ravie Fut seule ma vue et ma vie :
Je ne vois plus ni ne vis plus.
Qui me croit absent, il a tort; Je ne le suis point, je suis mort.
0 qu'en ce triste éloignement, Oîi la nécessité me traîne, Les Dieux me témoignent de haine, Et m'affligent indignement!
Qui me croit absent, il a tort; Je ne le suis point, je suis mort.
Quelles flèches a la douleur Dont mon âme ne soit percée?
Et quelle tragique pensée N'est peinte en ma pâle couleur?
Qui me croit absent, il a tort; Je ne le suis point, je suis mort.
Certes, où l'on peut m'écouter J'ai des respects qui me font taire :
Mais en un réduit solitaire Quels regrets ne fais-je éclater!
Qui me croit absent, il a tort; Je ne le suis point, je suis mort.
Quelle funeste liberté
Ne prennent mes pleurs et mes plaintes,
Quand je puis trouver à mes craintes
Un séjour assez écarté!
Qui me croit absent, il a tort;
Je ne le suis point, je suis moi .
Si mes amis ont cpielque soin De ma pitoyable aventure, Qu'ils pensent à ma sépulture; C'est tout ce de quoi j'ai besoin.
Qui me croit absent, il a tort; Je ne le suis point, je suis mort.
Pour M. le duc de Bellegarde, amoureux de la même dame.
C'est assez, mes désirs, qu'un aveugle penser Trop peu discrètement vous ait fait adresser
Au plus haut objet de la terre; Quitter cette poursuite, et vous ressouvenez
Qu'on ne voit jamais le tonnerre Pardonner au dessein que vous entreprenez.
Quelque flatteur espoir qui vous tienne enchantés, Ne connaissez-vous pas qu'en ce que vous tentez
Toute raison vous desavoue, Et que vous allez faire un second Ixion
Cloué la-bas sur une roue Pour avoir trop permis à son affection?
Bornez-vous, croyez-moi, dans un j^iste compas, Et fuyez une mer qui ne s'irrite pas
POÉSIES DE Malherbe 6
Que le succès n'en soit funeste.
Le calme jusqu'ici vous a trop assurés;
Si quelque sagesse vous reste, Connaissez le péril, et vous en retirez.
Mais, ô conseil infâme! ô profanes discours Tenus indignement des plus dignes amours
Dont jamais âme fut blessée !
Quel excès de frayeur m'a su faire goûter
Cette abominable pensée Que ce que je poursuis me peut assez coûter?
D'oii s'est coulée en moi cette lâche poison D'oser impudemment faire comparaison
De mes épines à mes roses; Moi, de qui la fortune est si proche des cieux,
Que je vois sous moi toutes choses, Et tout ce que je vois n'est qu'un point à mes yeux?
Non, non, servons Chrysante; et, sans penser à moi, Pensons à l'adorer d'une aussi ferme foi
Que son empire est légitime.
Exposons-nous pour elle aux injures du sort;
Et, s'il faut être sa victime.
En un si beau danger moquons-nous de la mort.
Ceux que l'opinion fait plaire aux vanités Font dessus leurs tombeaux graver des qualités
Dont à peine un Dieu serait digne :
Moi, pour un monument et plus grand et plus bcao,
Je ne rcux rien que cette ligne :