A M. LE MARQUIS DE LA VIEUVILLE
Surintendant des finances.
Il est vrai, La Vieuville, et quiconque le nie Condamne impudemment le bon goût de mon roi; Nous devons des autels à la sincère foi Dont ta dextérité nés affaires manie.
Tes soins laborieux, et ton libre génie Qui hors de la raison ne connaît point de loi, Ont mis fin aux malheurs qu'attirait après soi De nos profusions l'effroyable manie.
Tout ce qu'à tes vertus il restî à désirer. C'est que les beaux esprits les veuillent honorer, Et qu'en l'éternité la muse les imprime.
J'en ai bien le dessein dans mon âme formé : Mais je suis généreux, et tiens cette maxime, Qu'il ne faut point aimer quand on n'est point aimé.
Pour M. le cardinal de Richelieu, premier ministre d'Elat.
1625 ou 1626
Peuples, çà de l'encens; peuples, çà des victimes, A ce sprand cardinal, grand chef-d'œuvre des cieux
Qui n'a but que la gloire, et n'est ambitieux Que de faire mourir l'insolence des crimes !
A quoi sont employés tant de soins magnanimes Où son esprit travaille et fait veiller ses yeux, Qu'à tromper les complots de nos séditieux, Et soumettre leur rage aux pouvoirs légitimes?
Le mérite d'un homme ou savant ou guerrier Trouve sa récompense aux chapeaux de laurier Dont la vanité grecque a donné les exemples :
Le sien, je l'ose dire, est si grand et si haut,
Que, si comme nos dieux il n'a place en nos temples»
Tout ce qu'on lui peut faire est moins qu'il ne lui faut.
Sur la môH de son fils.
Que mon fils ait perdu sa dépouille mortelle, Ce fils qui fut si brave, et que j'aimai si fort, Je ne l'impute point à l'injure du sort. Puisque finir à l'homme est chose naturelle.
Mais que de deux marauds la surprise infidèle Ait terminé ses jours d'une tragique mort ; En cela ma douleur n'a point do reconfort, Et tous mes sentiments sont d'accord avec elle.
0 mon Dieu, mon Sauveur, puisque, par la raison Le trouble de mon âme étant sans guérison. Le vœu de la vengeance est un vœu légitime.
Fais que de ton appui je sois fortifié;
Ta justice l'en prit-, ot les auteurs du crime
Sont fils de ces bourreaux qui t'ont crucifié.
Sur la mort d*un gentilhomme qui fut assassiné
Belle âme, aux beaux travaux sans repos adonnée, Si parmi tant de gloire et de contentement Rien te fâche là-bas, c'est l'ennui seulement Qu'un indigne trépas ait clos ta destinée.
Tu penses que d'IvTv la fatale journée, Où ta belle vertu parut si clairement, Avecque plus d'honneur et plus heureusement Aurait de tes beaux jours la carrière bornée.
Toutefois, bel esprit, console ta douleur; Il faut par la raison adoucir son malheur. Et telle qu'elle vient prendre son aventure.
Il ne se fit jamais un acte si cruel : Mais c'est un témoignage à la race future Qu'or ne t'aurait su vaincre en un juste duel.