CLÉO
C'est ime affaire faite?
Sans doute yous l'avez?... Quoi l la chose est secrèlet
VALÈRE
Mais cela fût-il rrai, le dirai-je?
CLÉON
Partout; Et ne point l'annoncer, c'est mal serrir son goût.
VALÈRE
Je m'en détacherais si je la croyais teUe. J'ai, je Yous l'aYOÛrai. beaucoup de goût pour elle; Et pour l'aimer toujours, si je m'en fais aimer, J'observe ce qui peut me la faire estimer.
CLÉON, avec un grand éclat de rire.
Feu Céladon, je crois, vous a légué son âme : n faudrait des six mois pour aimer une femme, Selon vous; on perdrait son temps, la nauveauté, Et le plaisir de faire une infidélité.
Laissez la bergerie, et, sans trop de franchise, Soyez de votre sciècle, ainsi que Cidalise : Ayez-la, c'est d'abord ce que vous lui devez : Et vous l'estimerez après si vous pouvez. Au reste. afBche? tout. Quelle erreur est la vôtre 1 Ce n'est qu'en se vantant de l'une qu'on a l'autre-. Et l'honneur d'enlever l'amant qu'une autre a pns A nos gens du bel air met souvent tout leur prix.
TALÈRE.
Js VOUS en crois assez... Hé bien I mon mariage î CoaceYez-Yous ma mère et tout ce radotage ?
CLÉON
N'en appréhendez rien. Mais, soit dit entre nous, Je me reproche un peu ce que je fais pour vous ; Car enfin si, voulant prouver que je vous aime. J'aide à vous nuire , et si vous vous trompez vous-mêrû^ En fuyant un parti peut-être avantageux ?
VALÈRE
Eh non I vous me sauvez un ridicule affreux. Que dirait-on de moi si j'allais, à mon âge, D'un ennuyeux mari jouer le personnage ? Ou j'aurais une prude au ton triste, excédant. Une bégueule enfin qui serait mon pédant ; Ou si, pour mon malheur, ma femme était jolie, Je serais le martyr de sa coquetterie.
Fuir Paris, ce serait m'égorger de ma main. Quand je puis m'avancer et faire mon chemin, Irais-je, accompagné d'une femme importune, Me rouiller dans ma terre et borner ma fortune ! Ma foi, se marier, à moins qu'on ne soit vienx, Fi I cela me paraît ignoble, crapuleux.