GÉORGIQUES DE VIRGILE
MÉCÈNE, aux laboureurs mes préceptes utiles Enseignent par quel art on rend les champs fertiles, En quel temps, sous le joug le taureau doit gémir, Sous quel astre la vigne à l'ormeau veut s'unir. Quels secours aux troupeaux prête la main de l'homme, Et jusqu'où va l'instinct de l'abeille économe. Astres brillants du monde ! ô secourables dieux ! Qui conduisez l'année errante dans les cieux, Bacchus, et vous, Cérès, si les moissons dorées, Si les vignes d'Argos, de pourpre colorées, Pour nous ont remplacé, par vos heureux bienfaits,
158 Poésies de Malfilâtre.
Ferte simul, Faunique, pedem, Dryadesque puellas : Munera vestra cano. Tiique ô, cui prima frementem Fudit equLim magno tellus percussa tridenti, Neptune ; et cultor nemorum, cui pinguia Ceae Ter centum nivei tondent dumeta juvenci ; Ipse, nemus linquens patrium saltusque Lycaei, Pan, ovium custos, tua si tibi Masnala curae, Adsis, ô Tegeaee favens; oleaeque Minerva Inventrix, uncique puer monstrator aratri, Et teneram ab radiée ferens, Sylvane, cupressum ; Dîque, Deœque omnes, studium quibus arva tueri, Quique novas alitis non uUo semine fruges, Quique satis largum cœlo demittitis imbrem.
Geor., lib. I.
Fragments des Géorgiques. i^p
Et l'eau des froids torrents, et le gland des forêts ;
O vous, faunes légers, qu'adorent les campagnes !
Vous, nymphes qui peuplez les bois et les montagnes.
Jetez sur mes essais des regards complaisants;
Accourez à ma voix, je chante vos présents.
Toi dont le fier trident fit sortir de la terre
Le superbe coursier, symbole de )a guerre,
Grand dieu des mers ; et toi dont les nombreux troupeaux
De Cée, en bondissant, dépouillent les coteaux,
Toi surtout, dieu pasteur, souverain d'Arcadie,
O Pan ! si tu chéris ton heureuse patrie ;
Minerve, si par toi ton peuple favori
Reçut les premiers arts et l'olivier chéri ;
Jeune enfant, qui jadis au genre humain sauvage
Vins montrer la charrue et son utile usage;
Sylvain, dieu des forêts, solitaire Sylvain,
Dont un jeune cyprès orne- toujours la main;
Je vous invoque tous, dieux, déesses propices,
Soit que les fruits vermeils naissent sous vos auspices,
Soit que du haut du ciel, arrosant les sillons,
Vous nourrissiez la terre et ses germes féconds.
QuiNQUE tenent cœlum zonae; quarum una corusco Semper sole rubens, et torrida semper ab igni ; Quam circum extremœ dextrâ laevâque trahuntur Cseruleâ glacie concretae atque imbribus atris. Has inter mediamque duas mortalibus asgris Munere concessa3 Divûm ; et via secta per ambas, Obliquus quâ se signorum verteret ordo.
Mundus ut ad Scythiam Rhipasasque arduus arces Consurgit, premitur Libyae devexus in Austros. Hic vertex nobis semper sublimis; at illum Sub pedibus Styx atra videt Manesque profundi. Maximus hîc flexu sinuoso elabitur Anguis Circùm^ perque duas in morem fluminis Arctos, Arctos Oceani metuentes asquore tingi :
CINQ zones de l'Olympe embrassent l'étendue : L'une, par le soleil sans cesse parcourue, De cet astre de flamme est l'empire éternel, Et voit des deux côtés, près des pôles du ciel, Deux zones, de frimas tristement couronnées, A l'horreur des hivers à jamais condamnées. Et deux que la nature, indulgente aux humains, A su de part et d'autre enfermer de ses mains Entre ces froids climats que le soleil ignore. Et l'espace brûlant que la chaleur dévore. De ces plages, où règne un air plus tempéré. Par son char vagabond le bord est effleuré, Lorsque ce dieu du jour va, dans un cercle oblique. Visiter tour à tour l'un et l'autre tropique. L'habitant du Rhiphée est voisin de ces lieux Où la terre s'élève et s'approche des cieux; Et l'ardente Lybie, et les murs d'Alexandre La voient vers le midi s'abaisser et descendre. L'un des pôles du monde où souffle l'Aquilon
Poésies de Malfilâtre.
Illic, ut perhibent, aut intempesta silet nox Semper et obtentâ densantur nocte tenebrae ; Aut redit a nobis Aurora diemque reducit; Nosque ubi primus equis Oriens afflavit anhelis, Illic sera rubens accendit lumina Vesper.
Ceorc, lib. I.
Fragments des Géor giques. 163
Toujours, par sa hauteur, domine l'horizon ; Toujours l'autre se montre à ces rivages sombres Où règne le trépas sur le peuple des ombres. Ici, tel qu'un grand fleuve, en ses vastes détours, Embrasse au loin les champs que féconde son cours, Le Dragon tient toujours les deux Ourses glacées, Dans ses replis divers fortement embrassées; Les Ourses, que jamais les souverains des mers Ne laissèrent descendre au sein des flots amers. Là pâlit la nature, et sur ces bords funèbres Une nuit inféconde entasse des ténèbres ; Ou peut-être l'Aurore, à ce nouveau séjour, En s'éloignant de nous, va reporter le jour; Peut-être, quand sur nous cette jeune courrière Ordonne à ses coursiers de souffler la lumière, Là, l'étoile du soir, au départ du soleil. Allume son flambeau dans l'Occident vermeil.
Palijdus Orcus
Eumenidesque satae; tum partu Terra nefando
Cœumque, lapetumque créât, saevumque Typhœa,
Et conjurâtes cœlum rescindere fratres.
Ter sunt conati imponere Pelio Ossam
Scilicet, atque Ossas frondosum involvere Olympum
Ter pater exstructos disjecit fulmine montes.
IL vit naître jadis Pluton et les Furies, Il vit naître Japet et ses frères impies Ligués pour assiéger le monarque du ciel Et le précipiter de son trône éternel ; Trois fois sur Pélion tous ces monstres horribles Virent l'Ossa haussé par leurs efforts pénibles ; Et sur rOssa l'Olympe entassé par trois fois Porta ces fiers Titans et gémit sous le poids; Mais la foudre, atteignant et géants et montagnes, Trois fois les fit rouler dans les vastes campagnes.
CONTINUO, ventis surgentibus, aut fréta ponti Incipiunt agitata tumescere, et aridus altis Montibus audiri fragor, aut resonantia longé Littora misceri, et nemorum increbrescere murmur, Jam sibi tum curvis malè tempérai unda carinis, Quum medio celeres revolant ex aequore mergi, Clamoremque ferunt ad littora; quumque marina? In sicco ludunt fulicas; notasque paludes Deserit atque altam supra volât ardea nubem.
Sœpè enim stellas, vento impendente, videbis Précipites cœlo labi, noctisque per umbram Flammarum longos a tergo albescere tractus ;
Au premier sifflement des vents impétueux, Vous voyez s'agiter les flots tumultueux; Le rivage mugit, l'écho porte aux campagnes Le murmure des bois et le cri des montagnes. Dieux ! quels périls affreux menacent les vaisseaux, Quand les plongeons troublés, quittant le fond des eaux^ Par un vol inquiet et des accents sauvages. Annoncent la tempête et cherchent les rivages ; Quand on voit le héron, loin des marais fangeux, Se perdre tout à coup dans un ciel orageux; Les poules de Téthys se rassembler entre elles, Et jouer sur le sable en secouant leurs ailes.
Dans l'ombre de la nuit, les étoiles souvent
Semblent se détacher aux approches du vent ;
Elles marquent de feu leur rapide carrière
Et sillonnent les airs de longs traits de lumière;
La feuille des forêts et la paille des champs,
Sur vos pas, quelquefois, sont les jouets des vents;
i68 Poésies de Malfilât re.
Sccpè levem paleam et frondes volitare caducas, Aut summâ nantes in aquâ colludere plumas. At Boreas de parte trucis quum fulminât, et quum Eurique Zephyrique tonat domus, omnia plenis Rura natant fossis, atque omnis navita ponto Humida vêla legit. Numquam imprudentibus imber Obfuit : aut illum surgentem vallibus imis Aeriae fugêre grues; aut bucula, cœlum Suspiciens, patulis captavit naribus auras; Aut arguta lacus circumvolitavit hirundo; Et veterem in limo ranas cecinêre querelam. S^epiùs et tectis penetralibus extulit ova Angustum formica terens iter; et bibit ingens Arcus; et e pastu decedens agmine magno Corvorum increpuit densis exercitus alis.
Jam varias pelagi volucres, et quas Asia circum Dulcibus in stagnis rimantur prata Caystri, Certatim largos humeris infundere rores, Nunc caput objectare fretis, nunc currere in undas, Et studio incassum videas gestire lavandi.
Tum cornix plenâ pluviam vocat improba voce, Et sola in siccâ secum spatiatur arenâ.
Fragments des Géorgiques. 169
La poussière voltige, et sur le dos des ondes Flottent légèrement des plumes vagabondes. Mais si la foudre au nord fait entendre sa voix, Si ses coups redoublés vont frapper à la fois Les portes du couchant et le char de l'aurore, Ah ! quel nouveau déluge est prêt à fondre encore 1 Bientôt les vastes champs, noyés par Jupiter, Aux yeux du laboureur n'offriront qu'une mer. Déjà le nautonier, tremblant à ce présage, A replié sa voile et prévenu l'orage.
L'orage enfin s'annonce et jamais ne surprend ; L'œil le moins attentif le prévoit et l'attend. Du creux de leurs vallons, la nation des grues S'enfuit à son approche et traverse les nues; Pour respirer l'orage et le souffle des airs, Le taureau vers le ciel tient ses naseaux ouverts ; En effleurant les eaux, la folâtre hirondelle Les ride foiblement par le vent de son aile; Les grenouilles encor, sur le bord des étangs, Insultent de leurs cris Latone et ses enfants ; Par des sentiers étroits, la fourmi, non sans peine, Quitte, en traînant ses œufs, sa maison souterraine Et le grand arc des cieux, de rayons coloré Boit les eaux de la mer dont il est altéré; De corbeaux croassants un ténébreux nuage Pressent leur vol tardif vers le prochain bocage.
Considérez alors tous ces oiseaux divers Qui s'assemblent en foule au rivage des mers. Et ceux que le Caystre errant dans les prairies Voit paître par troupeaux sur ses rives fleuries
Poésies de Malfilâtre.
Nec nocturna quidem carpentes pensa puellce Nescivêre hyemem, testa quum ardente vidèrent Scintillare oleum et putres concrescere fungos.
Georc, lib. I.
Fragments des Géorgiques, 171
Tous, avant que le ciel nous verse ses trésors, Ont pressenti la pluie et s'approchent des bords. Offrent leur tête au flot que le rocher renvoie, Plongent le cou dans l'onde, ou nagent avec joie, Cherchent le frais des eaux et vont, dans un instant, Laver cent fois en vain leur plumage éclatant.
Seule, errant sur le sable, avec un cri funeste, La sinistre corneille appelle l'eau céleste ; La vieille la prédit, en prenant ses fuseaux, Quand l'huile pétillante éclaire ses travaux, Et que de noirs flocons d'une mousse enfumée S'amoncellent au bout de la mèche allumée.
APPARET liquide sublimis in aëre Nisus, Et pro purpureo pœnas dat Scylla capillo. Quàcumque illa levem fugiens secat œthera pennis, Ecce inimicus atrox magno stridore per auras Insequitur Nisus ; quà se fert Nisus ad auras, Illa levem fugiens raptim secat sethera pennis.
Georg., lib. I.
Nisus jette un grand cri. Sa fille, à ce signal, Se souvient de son crime et du cheveu fatal : Elle s'enfuit. Partout où s'enfuit la perfide. L'affreux Nisus la suit de son aile rapide; Et partout où Nisus suit Scylla dans les airs, Scylla s'enfuit d'un vol plus prompt que les éclairs.
HAUD equidem credo quia sit divinitus illis Ingenium, aut rerum fato prudentia major. Verùm ubi tempestas et cœli mobilis humor Mutavêre vias et Jupiter uvidus Austris Densat, erant quae rara mod6 et quas densa relaxât^ Vertuntur species animorum et pectora motus Nunc alios, alios dum nubila ventus agebat, Concipiunt : hinc ille avium concentus in agris, Et l93tse pecudes, et ovantes gutture corvi.
Georg., lib. I.
lV-*rf'
NON qu'à ces animaux Jupiter communique Les secrets du destin et l'esprit prophétique ; Mais, quand le ciel varie, et que les vents divers Condensent tour à tour et dilatent les airs, D'une température ainsi toujours changeante L'impression sur eux est toujours différente, Et porte dans leurs sens la joie ou les chagrins, A l'approche des jours nébuleux ou sereins. De là ces doux concerts dont les bois retentissent, La gaîté des troupeaux qui sur les prés bondissent, Et celle des corbeaux qui, rassemblés entre eux, Des accents de leur joie épouvantent les cieux.
SoLEM quis discere falsum
Audeat? Ille etiam cascos instare tumultus
Saepè monet, fraudemque et operta tumescere bella.
Ille etiam exstincto miseratus Caesare Romam,
Quum caput obscurâ nitidum ferrugine texit,
Impiaque aîternam timuerunt sascula noctem.
Tempore quamquam illo tellus quoque, et œquora ponti,
Obscenique canes, importunaeque volucres
Signa dabant. Quoties Cyclopum effervere in agros
Vidimus undantem ruptis fornacibus ^tnam,
Flammarumque globos liquefactaque volvere saxa!
Armorum sonitum toto Germania cœlo
Audiit, insolitis tremuerunt motibus Alpes.
Vox quoque per lucos vulg6 exaudita silentes
Ingens; et simulacra modis pallentia miris
QUI pourra d'imposture accuser le soleil I Souvent même il prédit le secret appareil Des guerres, des combats, des crimes près d'éclore, Et qu'une épaisse nuit à nos yeux cache encore. Quand César expira, le soleil, dans son cours, N'éclaira qu'à regret le dernier de ses jours : Le soleil vit nos pleurs, le soleil plaignit Rome, Des malheurs qu'entraînoit la mort de ce grand homme ; Il partagea son deuil; cet astre étincelant, D'un voile ensanglanté couvrit son front brillant, Et des hommes pervers la race criminelle Craignit à cet aspect une nuit éternelle. Hélas ! tout dans ces temps annonçoit nos revers; Tout nous épouvantoit, et la terre et les mers, Et des chiens menaçants les clameurs importunes. Et l'oiseau précurseur des grandes infortunes. Combien de fois, ô dieux ! dans ces jours de terreur, Vîmes-nous de l'Etna les volcans en fureur 'S'échapper à travers ses fournaises brisées.
lyS Poésies de Malfilâtre,
Visa sub obscurum noctis ; pecudesque locutae, Infandum ! sistunt amnes, terraeque dehiscunt; Et mœstum illacrymat templis ebur, aeraque sudant> Proluit insano contorquens vortice sylvas Fluviorum rex Eridanus, camposque per omnes Cum stabulis armenta tulit. Nec tempore eodem Tristibus aut extis fibras apparere minaces, Aut puteis manare cruor cessavit; et altas Per noctem resonare lupis ululantibus urbes. Non aliàs cœlo ceciderunt plura sereno Fulgura : nec diri toties arsêre cometas.
Ergo inter sese paribus concurrere telis Romanas acies iterum vidêre Philippi; Nec fuit indignum Superis bis sanguine nostro Emathiam et latos Haemi pinguescere campos.
Scilicet et tempus veniet, quum finibus illis Agricola, incurvo terram molitus aratro,
Fragments des Géorgiques. 179
Des foudres souterrains, des roches embrasées,
Des torrents de fumée obscurcissant le jour,
Rouler en tourbillons dans les champs d'alentour !
Un bruit de chars, un choc d'invisibles armées
Fit trembler du Germain les villes alarmées :
L'Apennin tressaillit, et sur leurs fondements.
Les Alpes, dans les airs, chancelèrent longtemps ^
Des spectres infernaux, dans l'horreur des nuits sombres.
Se traînoient au milieu du silence et des ombres ;
On entendoit au loin retentir une voix
Lamentable, et des cris sortis du fond des bois;
Des fleuves étonnés les ondes reculèrent,
La terre s'entr'ouvrit, les animaux parlèrent,
Et dans nos temples saints, séjour des immortels.
On vit les dieux d'airain pleurer sur leurs autels.
Le roi des fleuves même, aff"reux dans ses ravages,
Le superbe Eridan, franchissant ses rivages,
Dans son onde écumante épandue à grands flots.
Entraîne les pasteurs, leurs toits et leurs troupeaux;
Dans le flanc des taureaux, les ministres célestes
Ne voyoient chaque jour que des signes funestes;
De longs ruisseaux de sang épouvantoient nos yeux,
Et des loups affamés les troupeaux furieux.
Quand la nuit couvroit l'air de ses voiles paisibles,
Effrayoient les cités de hurlements horribles.
Jamais en un ciel pur et dans des jours sereins,
La foudre plus souvent n'étonna les humains;
Et jamais plus souvent les comètes cruelles
Ne lancèrent sur nous leurs tristes étincelles.
t. Al. Les AlpeS; à grand bruit, s'agitùrent longtemps.
i8o Poésies de Malfilâtre.
Exesa inveniet scabrâ rubigine pila;
Aut gravibus rastris galeas pulsabit inanes,
Grandiaque effossis mirabitur ossa sepulcris.
Dî patrii Indigetes, et Romule, Vestaque mater, Quae Tuscum Tiberim et Romana palatia servas, Hune saltem everso juvenem succurrere sœclo Ne prohibete! satis jampridem sanguine nostro Laomedonteae luimus peijuria Trojaî.
Jampridem nobis cœli te regia, Caesar, Invidet, atque hominum queritur curare triumphos. Quippe ubi fas versum atque nefas, tôt bella per orbem, Tam multas scelerum faciès; non ullus aratro Dignus honos ; squalent abductis arva colonis, Et curvas rigidum falces conflantur in ensem. Hinc movet Euphrates, illinc Germania bellum; Vicinaî, ruptis inter se legibus, urbes Arma ferunt; sasvit toto Mars impius orbe :
Fragments des Géorgiques. i^i
Bientôt la Macédoine, asile de Brutus, Revit par les Romains les Romains combattus, Et Jupiter souffrit que les champs d'Emathie S'enivrassent encor du sanjç de ma patrie.
Un jour, un jour viendra qu'en ces champs trop féconds, Le laboureur surpris, en traçant des sillons. Trouvera, sous le soc, des piques enterrées. Les armes des Romains de rouille dévorées, Des casques entraînés sur ses pesants râteaux, Et de grands ossements, et d'antiques tombeaux.
O dieux ! dieux citoyens, que mon pays adore, Romulus et Numa ! Toi, Vesta, que j'implore, Vesta, qui sur le Tibre arrêtes tes regards, Et daignes protéger le palais des Césars. Ah ! laissez-nous du moins, divinités suprêmes, L'appui d'un jeune prince, en nos malheurs extrêmes. Notre sang le plus pur, répandu si longtemps, A de Laomédon lavé les faux serments.
Hélas ! le ciel jaloux, le ciel inexorable Vous envie, ô César ! à la terre coupable; Il se plaint, quand César mérite des autels, Qu'il cherche à triompher au milieu des mortels, Que d'un siècle de fer il brigue le suff'rage, Tandis que les humains, dans leur aveugle rage, Foulent aux pieds la paix et les lois et l'honneur. Et font du monde entier un théâtre d'horreur. La terre sans culture a perdu tous ses charmes; On enlève à son champ le laboureur en larmes : La guerre détruit tout, et la faux de Cérès,
Poésies de Alalfilàtre.
Ut, quum carceribus sese effudêre quadrigaj, Addunt in spatia, et frustra relinacula tendens Fertur equis auriga, neque audit currus habenas.
Georg., lib. I.
Fragments des Géorgiques, 183
Devient sous le marteau l'instrument des forfaits. Toutes les Nations à nous perdre animées, Le Danube, l'Euphrate enfantent des armées; Malgré le voisinage et la foi des traités, Tout combat; les cités attaquent les cités; Mars remplit l'univers de sa fureur impie; Rien ne peut, dans son cœur, arrêter sa furie. Tels, de jeunes coursiers, ardents, impétueux, Tout à coup avertis par le signal des jeux, D'un saut précipité franchissant la barrière, Impatients du frein, volent dans la carrière. Et las de retenir leur courage indompté. Le guide avec le char est lui-même emporté.