TRADUCTION DE DELILLE
JE chante les moissons ; je dirai sous quel signe Il faut ouvrir la terre et marier la vigne ; Les soins industrieux que l'on doit aux troupeaux. Et l'abeille économe, et ses sages travaux. Astres qui, poursuivant votre course ordonnée, Conduisez dans les cieux la marche de l'année ; Protecteur des raisins, déesse des moissons, Si l'homme encor sauvage, instruit par vos leçons, Quitta le gland des bois pour les gerbes fécondes. Et d'un nectar vermeil rougit les froides ondes ; Divinités des prés, des champs et des forêts. Faunes aux pieds légers, vous, nymphes des guérets, Faunes, nymphes, venez ; c'est pour vous que je chante. Et toi, dieu du trident, qui de ta main puissante. De la terre frappas le sein obéissant.
Et soudain fis bondir un coursier frémissant ; Pallas, dont l'olivier enrichit nos rivages ; Vous, jeune dieu de Cée, ami des verts bocages,
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Pour qui trois cents taureaux, éclatants de blancheur, Paissent l'herbe nouvelle et l'aubépine en fleur ; Pan, qui, sur le Lycée ou le riant Ménale, Animes sous tes doigts la flûte pastorale; Vieillard, qui dans ta main tiens un jeune cyprès ; Enfant, qui le premier sillonnas les guérets; Vous tous, dieux bienfaisants, déesse? protectrices, Qui de nos fruits heureux nourrissez les prémices, Qui versez l'eau des cieux, qui fécondez les champs, Ainsi qu'à nos moissons, présidez à mes chants.
Cinq zones de l'Olympe embrassent le contour ; L'une des feux brûlants est l'aride séjour ; Deux autres qu'en tout temps attriste la froidure, Des deux pôles glacés ont formé la ceinture. Mais entre ces glaçons et ces feux éternels. Deux autres ont reçu les malheureux mortels, Et dans son cours brillant bornent l'oblique voie Où du dieu des saisons la marche se déploie.
Le globe, vers le nord hérissé de frimats. S'élève et redescend vers les brûlants climats. Notre pôle des cieux voit la clarté sublime ; Du Tartare profond l'autre touche l'abîme. Calisto, dont le char craint les flots de Téthys, Vers les glaces du nord brille auprès de son fils ; Le Dragon les embrasse ainsi qu'un fleuve immense. Le pôle du midi, noir séjour du silence. N'offre aux tristes humains qu'une éternelle nuit : Peut-être en nous quittant Phébus chez eux s'enfuit Et lorsque ses coursiers nous soufflent la lumière, Pour eux l'obscure nuit commence sa carrière.
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En ce jour de colère
Naquirent Erinnys, Tisiphone, Mégère,
Et vous, fameux Titans, géants audacieux,
Que la Terre enfanta pour attaquer les cieux.
Trois fois, roulant des monts arrachés des campagnes,
Leur audace entassa montagnes sur montagnes,
Ossa sur Pélion, Olympe sur Ossa ;
Trois fois, la foudre en main, le dieu les renversa.
Au premier sifflement des vents tumultueux,
Tantôt, au haut des monts, d'un bruit impétueux
On entend les éclats ; tantôt les mers profondes
Soulèvent en grondant et balancent leurs ondes ;
Tantôt court sur la plage un long mugissement.
Et les noires forêts murmurent sourdement.
Que je plains les nochers, lorsqu'aux prochains rivages,
Les plongeons effrayés, avec des cris sauvages,
Volent du sein de l'onde ; ou quand l'oiseau des mers
Parcourt en se jouant les rivages déserts ;
Ou lorsque le héron, les ailes étendues,
De ses marais s'élance et se perd dans les nues !
Quelquefois de l'orage avant-coureur brûlant.
Des cieux se précipite un astre étincelant,
Et dans le sein des nuits qu'il rend encor plus sombres,
Traîne de longs éclairs qui sillonnent les ombres ;
Tantôt on voit dans l'air des feuilles voltiger,
Et la plume en tournant sur les ondes nager.
Si l'éclair brille au nord, de l'Eure et de Zéphyre
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Si la foudre en éclats ébranle au loin l'empire, Alors, ô laboureur ! crains les torrents des cieux ; Nochers, ployez la voile et redoublez vos vœux. Que dis-je ? tout prédit l'approche des orages. Nul, sans être averti, n'éprouva leurs ravages : Déjà l'arc éclatant qu'Iris trace dans l'air Boit les feux du soleil et les eaux de la mer ; La grue, avec effroi s'élançant des vi liées, Fuit ces noires vapeurs de la terre exhalées ; Le taureau hume l'air par ses larges naseaux ; La grenouille se plaint au fond de ses roseaux ; L'hirondelle en volant effleure le rivage ; Tremblante pour ses œufs, la fourmi déménage ; Et des affreux corbeaux les noires légions Fendent l'air qui frémit sous leurs longs bataillons.
\'ois les oiseaux des mers et ceux que les prairies Nourrissent près des eaux sur des rives fleuries ; De leur séjour humide on les voit s'approcher, Offrir leur tête aux flots qui battent le rocher. Promener sur les eaux leur troupe vagabonde ; Se plonger dans leur sein, reparoître sur l'onde, S'y replonger encc^ et par cent jeux divers Annoncer les torrents suspendus dans les airs.
Seule, errant à pas lents sur l'aride rivage, La corneille enrouée appelle aussi l'orage. Le soir la jeune fille, en tournant son fuseau. Tire encor de sa lampe un présage nouveau. Lorsque la mèche en feu, dont la clarté s'émousse, Se couvre en pétillant de noirs flocons de mousse.
Tantôt l'affreux Nisus, avide de vengeance,
Sur sa fille, à grand bruit, du haut des cieux s'élance ;
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Scylla vole et fend l'air ; Nisus vole et la suit ; Scylla, plus prompte encor, se détourne et s'enfuit.
Non que du ciel en eux la sagesse immortelle D'un rayon prophétique ait mis quelque étincelle ; L'instinct seul les éclaire ; et lorsque ces vapeurs D'où naissent tour à tour le froid et les chaleurs, Ou des vents inconstants lorsque l'humide haleine Change pour nous des cieux l'influence incertaine, Les êtres animés changent avec le temps ; Ainsi, muet l'hiver, l'oiseau chante au printemps ; Ainsi l'agneau bondit sur le naissant herbage. Et même le corbeau pousse un cri moins sauvage.
Qui pourroit, ô Soleil ! t'accuser d'imposture ? Tes immenses regards embrassent la nature ; C'est toi qui nous prédis ces tragiques fureurs Qui couvent sourdement dans l'abîme des cœurs. Quand César expira, plaignant notre misère, D'un nuage sanglant tu voilas ta lumière ; Tu refusas le jour à ce siècle pervers ; Une éternelle nuit menaça l'univers.
Que dis-je ? tout sentoit notre douleur profonde. Tout annonçoit nos maux, le ciel, la terre et l'onde, Les hurlements des chiens et le cri des oiseaux. Combien de fois l'Etna, brisant ses arsenaux, Parmi des rocs ardents, des flammes ondoyantes, Vomit en bouillonnant ses entrailles brûlantes ! Des bataillons armés dans les airs se heurtoient ; Sous leurs glaçons tremblants les Alpes s'agitoient ;
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On vit errer la nuit des spectres lamentables ;
Des bois muets sortoient des voix épouvantables ;
L'airain même parut sensible à nos malheurs ;
Sur le marbre amolli l'on vit couler des pleurs ;
La terre s'entr'ouvrit, les fleuves reculèrent,
Et pour comble d'effroi... les animaux parlèrent.
Le superbe Eridan, le souverain des eaux,
Traîne et roule à grand bruit forêts, bergers, troupeaux ;
Le prêtre, environné de victimes mourantes,
Observe avec horreur leurs fibres menaçantes ;
L'onde changée en sang roule des flots impurs ;
Des loups hurlant dans l'ombre épouvantent nos murs ;
Même en un jour serein, l'éclair luit, le ciel gronde.
Et la comète en feu vient eff"rayer le monde.
Aussi la Macédoine a vu nos combattants Une seconde fois s'égorger dans ses champs ; Deux fois le ciel souffrit que ces fatales plaines S'engraissassent du sang des légions romaines.
Un jour le laboureur, dans ces mêmes sillons Où dorment les débris de tant de bataillons. Heurtant avec le soc leur antique dépouille. Trouvera, plein d'effroi, des dards rongés de rouille. Verra de vieux tombeaux sous ses pas s'écrouler. Et des soldats romains les ossements rouler.
O père des Romains ! fils du dieu des batailles, Protectrice du Tibre, appui de nos murailles, Vesta ! dieux paternels ! ô dieux de mon pays ! Ah! du moins que César rassemble nos débris! Par ces revers sanglants dont elle fut la proie, Rome a bien effacé les parjures de Troie. Hélas! le ciel, jaloux du bonheur des Romains, César, te redemande aux profanes humains. Que d'horreurs en effet ont souillé la nature ! Les villes sont sans lois, la terre sans culture ;
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Poésies de Alalfilâtre.
En des champs de carnage on change nos guérets, Et Mars forge ses dards des armes de Cérès. Ici le Rhin se trouble, et là mugit l'Euphrate ; Partout la guerre tonne et la discorde éclate ; Des augustes traités le fer tranche les nœuds, Et Bellone en grondant se déchaîne en cent lieux. Ainsi, lorsqu'une fois lancés de la barrière, D'impétueux coursiers volent dans la carrière, Leur guide les rappelle et se roidit en vain ; Le char n'écoute plus ni la voix ni le frein.