‹ PoésiesChapitre 1 sur 15 · Poésies · texte numérisé non relu

Poésies

L'un, front pâle et blond qui s'indim Est né dans les brumes du Rhin; L'autre, au soleil de Mergelline :

Son cœur bat comme un tambourin.

Préface

La Suisse a produit le troisième, Calme et sitjtple enfant des hivers.

Voilà les trois amis que j'aime Et qui sont d'esprit si divers :

L'un philosophe, l'autre artiste, Le troisième un peu fainéant ; L'un chrétien, l'autre panthéiste, Le troisième un peu mécréant.

De tous les trois est ce volume Ecrit par moi, vécu par eux...

Or, pendant que trottait ma plume, Tous les trois étaieiit amoureux.

En parlant de sa bien-aimée, L'un me disait avec émoi :

« Sa porte alors était fermée Et ne s'entr'ouvrait qu: pour moi.

Préface

« Je venais dans la saison verte Le cœur gonflé d'illusions, Et près de la fenêtre ouverte Seuls jusqu'à la Jiuit nous causions.

« Puis je m'en allais sans rien dire, N'osant que lui serrer la main ; J'emportais avec son sourire Du bonheur jusqu'au lendemain.

6 Je votilais qu'elle pût sans crainte Prier devant son crucifix, Avouer notre amitié sainte, Embrasser devant moi son fils.

K Un soir, nous écoulions ensemble Un bruit de vent, d'aile ou dejleur...

Elle saisit via main, qui tremble Encore... et la mit sur son cœur.

u Hélas! qu'elle était douce et bsl.e En ce premier trouble ingénu!...

Je m'en allai, plus ému qu'elle, Et je ne suis pas revenu.

Préface

< Oh! ce fut un triste courage.

J'en ai pleuré, f en ai rougi ; J'ai senti la honte et la rage, Le remords d'avoir bien agi.

« J'ai souffert un ennui sans borne, Un tourment pire que la faim Dans un désert plus vide et morne Que la tombe. — Une nuit enfin

0 Je la revis dans une fête, Parmi vingt groupes inclinés; Elle passa, tournant la tête, — Et son amant me rit au ne\. »

Ma seconde histoire — c on en pleure.

Dit Heine, en deux le cœur se fend v, — Pourtant elle arrive à toute heure Un enfant aimait une enfant.

Préface

Non loin d'elle achevait de vivre Un vieillard brumeiix, pluvieux, Neigeux, glacé : brouillard et givre.

L'enfant ne pensait guère au vieux,

Il pensait à la bien-aimée, Et ses amis n'en savaient rien.

Jamais il ne l'avait nommée, Il gardait en lui tout son bi.n.

C'était à l'heure oii tout repose, Qu'à l'abri du monde moqueur.

Seul, bien seul, en sa chambre close.

Il sortait ce nom de son cœur.

La vierge avec indifférence Berçait d'un regard négligent Cet amour ivre d'espérance...

Le vieux avait beaucoup d'argent.

Mais l'enfant, n'ayant que lui-même, Et pas un champ à moissonner, Voulut ce qu'on veut quand on aime, Se faire grand pour se donner.

Préface

Il partit pour le vaste monde, Tenta d'héroïques efforts, Et, n'ayant en main que sa fronde, Osa défier les plus forts.

Nul gladiateur n'eût à Rome

Bravé combats si hasardeux

D'un cœur si hautain. — Le vieux homme

Fit à la belle tin signe ou deux

Si bien qu'après des maux sans nombre, Des luttes sans fin, — quand l'enfant Fut un homme et sortit de l'ombre; Quand il s'en revint triomphant,

N'ayant pas l'âge où. l'on oublie.

Offrir à la vierge aux doux yeux Un beau nom qui l'eût anoblie...

Elle était la femme du vieux.

Préface

La troisième histoire m'effraie, Tant elle est peu de notre temps, Stupide, incroyable, mais vraie :

Ensemble ils avaient quarante ans.

Le jeune homme et la jeum fille Les soirs d'hiver à la maison Causaient près du feu qui pétille ; Il l'aima dès la fenaison,

Aux moissons il fut aimé d'elle, Aux vendangées on les unit.

Depuis lors les battements d'aile N'ont jamais cessé dans leur nid.

Préfaci

J'écrivis donc sous leur dictée L'histoire de ces trois garçons.

Ils me l'ont tant de fois chantée Que j'ai retenu leurs chansons.

Ces trois secrets, je vous les livre Pêle-mêle ici déposés Entre les feuillets de mon livre.

Maintenant, prenez et lise'^!

Page 1