‹ PoésiesChapitre 14 sur 15 · I II · texte numérisé non relu

I II

Qu'importe le triomphe et la gloire? Quand même Je devrais tout entier périr à l'heure extrême,

Sans plus croire au soleil levant; Quand mon âme serait par la vague emportée; Quand l'œuvre de mes mains, poussière au vent jetée,

Devrait passer avec le vent;

Et que la fin de tout fût le silence et l'ombre, L'Océan sans rivage où l'humanité sombre,

Le néant fatal où Dieu meurt, — Même alors, Poésie, ô déesse immortelle, Je voudrais te donner, palpitant sous ton aile,

Toute ma vie et tout mon cœur!

Je t'aime pour loi seule — et jamais tes poètes, Quels que soient les lauriers dont ils couvrent leurs têtes, Quelque bruit qu'on fasse autour d'eux,

Final 247

'ont senti plus d'ivresse au plus haut de leur gloire, ue je n'en goûte ici, dans ma nuit toute noire, Seuls comme deux amants, nous deux!

h! chanter, même obscur, inconnu, quelle joie! lanter comme l'oiseau donnant, sans qu'on le voie,

A chaque nuit un gai concert ; )mme le flot lointain que la brise balance, li comme le prophète entouré de silence

Dans l'immensité du désert.

insi, même ignorés ou méprisés, nous sommes

is heureux de ce monde — et, tandisque leshommes

S'éloignent sans nous écouter, DUS marchons, si petit que soit notre génie, ins un rêve d'amour, de beauté, d'harmonie! ..

Laissez-nous, laissez-nous chanter!

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