‹ PoésiesChapitre 10 sur 89 · LE MIROIR · texte numérisé non relu

LE MIROIR

Ciommb un enfant cruel tourmente la douceur

De l'agneau craintif qu'il enchaîne , Amour je t'ai vu rire à l'accent de ma peine : J'en ai pleuré, pour toi , de honte et de douleur. Mais l'agneau gémissant rêve au joug qui l'opprime; Il le brise en silence , et retourne au vallon : Adieu, cruel enfant dont je fus la victime , Adieu , le pauvre agneau m'a rendu la raison. Joyeux et bondissant des vallons aux prairies ,

Dégagé de l'anneau de fer Qui le blessa long-temps sous des chaînes fleuries, Il voit l'herbe plus verte et le ruisseau plus clair.' Ma fierté languissante est enfin éveillée; Je repousse en fuyant tes amères faveurs ;

Et, sous ma guirlande'effeuillée,

J'ai brisé tes fers imposteurs.

Ne viens pas me troubler : va-t'en , je suis heureuse; Je ne sens plus le poids d'un lien détesté.

Mais quoi! sa fraîche empreinte est encor douloureuse ; Ah ! laisse un long repos au cœur qui l'a porté !

Va rendre ce lien à l'ingrat que j'oublie :

C'est à toi d'obéir , tu n'es plus mon vainqueur; Tu ne l'es plus ! Mes chants, ma liberté, ma vie ,

J'ai tout repris avec mon cœur.

Qu'il promène le sien sur tes ailes légères ; Je le verrai sans trouble , il n'est plus rien pour moi. Je ne l'attendrai plus aux fêtes bocagères ; A peine il me sourient qu'il y surprit ma foi. Je l'ai fui tout un jour sans répandre des* larmes ; Tout un jour ! ah ! pour lui mes yeux n'ont plus de pleurs Je souris au miroir en essayant des fleurs , Et le miroir m'apprend qu'un sourire a des charmes. Comme le lin des champs flotte au gré des zéphyrs,

J'abandonne ma chevelure ,

Qui va flotter à l'aventure

Ainsi que mes nouveaux désirs.

Oui, l'air qui m'environne, épuré par l'orage, Me rendra, comme aux fleurs, l'éclat et la beauté;

Et bientôt mon sort , sans nuage ,

Brillera comme un jour d'été.

Mais non , je ne veux point de fleurs dans ma parure ;

Ce qu'il aimait ne doit plus m'embellir.

Cachons-les avec soin ; s'il venait, le parjure, U croirait que pour lui j'ai daigné les cueillir. S'il venait., qu'ai-je dit? quoi! son audace extrême

Le ramènerait-elle ou mon courroux l'attend ? Pourrait-il s'arracher à ce monde qu'il aime , A ce juge léger qui flatte un inconstant?

Au fond de mon miroir je vois errer son ombre; Une ombre plus légère appelle son regard ; Il la cherche lui-même , il l'aborde ; il fait sombre $ Il soupire.... Ah! perfide! est-ce encor le hasard? Oh ! comme il la regarde ! Oh ! comme il est près d'elle ! Comm* il lui peint l'ardeur qu'il feignit avec moi !

une feint plus , car elle est belle Amour ! va les unir , ils n'attendent que toi, -

Je garde mes bouquets. Ma parure est finie :

Ma parure ! et pour qui tant de soins superflus? Ce beau jour est voilé , cette glace est ternie , Et le miroir ne sourit plus.

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