‹ PoésiesChapitre 11 sur 89 · LE RETOUR AUX CHAMPS · texte numérisé non relu

LE RETOUR AUX CHAMPS

'ub ce lieu me semble attristé !

Tout a changé dans la nature :

Le printemps n'a plus de verdure :

Le bocage est désenchanté !

Autrefois Tonde fugitive Arrosait , en courant , les cailloux et les^fleu^ft Je ne vois qu'un roseau languissant sur la rive ,

Et mes yeux se couvrent de pleurs !

Hélas ! on a changé ta course , Ruisseau ; de l'inconstance on te fait une loi , Et je n'espère plus retrouver à ta source

Les sermens emportés par toi.

Ah ! si pour rafraîchir une âme désolée ,

Il suffît d'un doux souvenir , Ruisseau ! pour ranimer l'herbe de la vallée ,

Parfois n'y peux-tu revenir?

J'entends du vieux berger la plaintive musette ;

Mais qu'est devenu le troupeau ?

Sous l'empire de sa houlette U n'a plus même un innocent agneau.

Tout en rêvant il gravit la montagne ; U traîne avec effort son Age et son ennui : h

IDYLLES. a 9

Les montons ont quitté la stérile campagne ;

Le chien est resté près de lui.

Mais que sa peine est facile et légère ! Du bonheur qui n'est pins il n'a point à rougir ; Sans trouble , sur un lit de mousse ou de fougère ,

Quand la nuit vient, il peut dormir.

Que de riches pasteurs lui porteraient envie ! Combien Tondraient donner les plus nombreux troupeaux,

La houlette , la bergerie ,

Pour une nuit d'un doux repos.

Et moi , d'amis aussi je fus environnée ; Mon avenir alors était brillant et sûr.

Vieux berger, comme toi je suis abandonnée ; Le songe est dissipé ; mais le réveil est pur !

Me voici devant la chapelle Où mon cœur sans détour jura ses premiers vœux:

Déjà mon cœur n'est plus heureux , Mais à ses vœux trahis il est encor fidèle.

J'y vins offrir, l'autre printemps, Une fraîche couronne, aujourd'hui desséchée.

Cette chapelle , hélas ! dans les ronces cachée , N'est-elle plus l'amour des simples habitans?

Seule, j'y ferai ma prière:

Mon sort , je le sais trop , me défend d'espérer : Eh bien ! sans espérance , à genoux sur la pierre , . J'aurai du moins la douceur de pleurer.

3a IDYLLES.

Serait pour toi le tombeau du Plaisir.

Le Plaisir, qui t'appelle en un brillant parterre,

T'y prépare déjà ses riantes couleurs ; Il sait que la Fauvette , et joyeuse et légère , Doit chanter au milieu des fleurs.

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