DORI
Oh ! les tristes leçons ! Du ruisseau qui les donne Troublons les flots jaloux ; qu'ils n'affligent personne.
Tu peux troubler ses flots , mais non pas les tarir. Quand les jours sont moins purs , cessent-ils de courir ? La pierre d'un long cercle a ridé sa surface ; Elle tombe , l'eau roule , et le cercle s'efface.
doeis.
O ma chère compagne ! en est-il des beaux jours Comme de ce tableau? *
C'est celui des amours.
OOR4S.
Mais par une amoureuse et touchante aventure , Lorsque tu le crois seul ,' errant et malheureux , Il trouve un filet d'eau caché sous la verdure , Et l'emporte gaîment dans son sein amoureux.
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Mais il arrive à peine au fond de la vallée ; Surpris par le torrent qui l'entraîne à son tour. Il y jette en tribut son onde désolée , Et les ruisseaux unis s'y perdent sans retour.
DORIS
Eh bien ! je n'irai pas jusqu'au torrent , bergère,
Donner à leur destin d'inutiles soupirs :
J'irai me regarder à la source légère
Qui se livre , naissante , au souffle des zéphyrs.
Sur ses rives , de mousse et de roseaux parées ,
Le soir , je conduirai mes brebis altérées.
Ainsi , dans l'eau , qui change au caprice des vents ,
Tu verras tes ennuis , je verrai mes beaux ans.
Oh ! n'abandonne pas nos tranquilles demeures ! Laisse y couler en paix tes innocentes heures.
Ne donne ni tes pas ni tes vœux au hasard.
On se hâte , on s'arrête , on tremble il est trop tard.
Enfin (je te dis tout), apprends que, vers la source, Peux fois j'ai tu l'été s'éteindre sans chaleur : J'ai tu le triste objet qui ralentit sa course , Et répand sur ses flots une sombre couleur.
Évite le sentier trop voisin de son onde ; Il égare , il conduit loin , bien loin du hameau , Dans le creux d'une roche isolée et profonde-, Où l'eau, comme des pleurs, coule auprès d'un tombeau. Un cœur tendre s'y cache au jour qu'il semble craindre ; Il n'a que ce ruisseau pour l'entendre et le plaindre; Ce qu'il va murmurant est l'écho d'un regret..... Mais , si je l'ai trahi , garde-moi son secret.