‹ PoésiesChapitre 16 sur 89 · PHILIS · texte numérisé non relu

PHILIS

.r ressb-toi, vieux berger, tout annonce l'orage.

Le vent courbe les blés , détruit la fleur sauvage.

Un murmure plaintif circule au fond des bois ,

Et l'écho ifte répond en attristant ma voix.

De ton chien prévoyant la garde est plus austère ;

Il rôde , en haletant , d'un air triste et sévère ;

Du fond de la vallée il ramène un agneau ,

Et le chasse en grondant jusqu'au sein du troupeau. L'ouragan tourbillonne et ravage la plaine.

L'éclair poursuit l'éclair , il tonne , il va pleuvoir ; Tout s'efface; il fait nuit long-temps avant le soir; Et le toit de Philis né se voit plus qu'à peine. Laisse-moi te guider. Si tu ne peux courir , Je soutiendrai tes pas : ne crains point ma jeunesse ; J'ai déjà quatorze ans ; j'honore la vieillesse, Et je suis assez grand , du moins , pour la chérir. La petite Philis t'ouvrira sa chaumière ; Son père m'a vu naître ; il m'appelle son fils. Peut-être qu'autrefois tu connaissais sa mère ;

Elle n'est plus mais viens ; tu connaîtras Philis !

Oui , berger , c'est Philis qui m'a dit tout à l'heure :

• Olivier , le ciel

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11 m'en souvient , Philis n'avait pas dix années ,

Quand le hasard lia nos âmes étonnées.

Je l'aimai plus que moi , plus qu'un petit agneau

Que j'offris k Philis , et qu'elle trouvait beau.

C'était un jour*de fête , et cet agneau volage

S'enfuit , malgré mes cris , loin de notre village.

Sous ce bouquet de houx qui cache une maison.

L'agneau vint se jeter..... Hélas ! qu'il eut raison !

J'y rencontrai Philis ; je crus la reconnaître;

Je crus l'avoir aimée avant même de naître ,

Je sentis que mon cœur s'enfuyait vers le sien ,

Et je vis dans ses yeux qu'elle attendait I e mien.

Elle avait A ses pieds sa guirlande effeuillée ;

Elle pleurait.... C'était une rose mouillée.

Saisi de sa douleur , je ne pouvais parler ;

Je ne pouvais la joindre , hélas ! ni m'en aller.

Son œil noir dans les pleurs brillait comme une étoile,

Ou comme un doux rayon quand il pleut au soleil.

On eut dit que mes yeux se dégageaient d'un voile ,

Et que ce doux regard enchantait mon réveil!

J'oubliai mon hameau, mes parens, ma chaumière;

Mon âme pour la voir venait sous ma paupière :

J'oubliai de punir l'agneau capricieux;

Je regardais Philis , et je voyais les cieux.

« Qui t'alarme, lui dis-je, ô petite bergère?

» As-tu peur d'un bélier caché dans la bruyère?

» Ou quelque méchant pâtre , en grossissant sa voix ,

» Ose-t-il t'empécher de courir dans le bois ?

» Je voudrais... je voudrais savoir comme on t'appelle?

» Moi , je suis Olivier. — Je suis Philis , dit-elle.

» Je n'ai vu qu'un agneau qu'appelait un enfant »

» Et je n'ai pas eu peur à la voix d'un méchanjL

» Mais , en cueillant des fleurs pour couronner ma tête,

» Je disais : Ce fut donc encore un jour de fête,

» Puisqu'on m'avait parée avec de blancs atQurs ,

» Que ma mère en priant s'endormit pour toujours.

■ Elle avait demandé le pasteur du village ;

» Le pasteur avait dit : Espérance et courage !

» Il bénit son sommeil ; et , pleurant avec nous ,

» Parlait bas à mon père immobile à genoux.

» Les bergers pour la voir entouraient la chaumière.

» Son nom , qu'ils aimaient tous , unissait leur prière.

» Sous le même rideau je voulus me cacher.

» Mon père , en gémissant , put seul m'en détacher.

» Vers le soir, dans son lit un ange vint la prendre ;

» Il emporta ma mère , et je la vis descendre

» A travers le sentier qu'éclairaient deux flambeaux :

» On chantait, mais ce chant m'arrachait des sanglots.

» Je lui tendais les bras , du haut de la montagne ,

» Quand je vis des hiboux voler dans la campagne :

» Je n'osai pkis crier : ma voix me faisait peur ;

» Son nom, qui m'étou£fait ? s'enferma dans mon cœur.

L'ombre m'enveloppa : le reste , je l'ignore : " On me trouva plongée en un profond sommeil ; Hélas ! dans ce sommeil on pleure , on aime encore , Il en est un , dit-on , sans amour , sans réveil ! Depuis ce jour de fête on n'a pas vu ma mère ; Au sentier, chaque soir, elle appelle mon père; Mais , quand je veux savoir s'il l'a vue en chemin , Il soupire et me dit : Je la verrai demain !

Voilà, petit berger,' la cause de mes larmes. À mon père attristé je cache mes alarmes ; Pour lui plaire , souvent je me pare de fleurs ; V* £t j'apprends à sourire , en retenant mes pleurs. »

Soi* père l'écoutait à travers la fenêtre ;

Je le pris pour le mien , en le voyant paraître ;

D'un air triste et content il sourit à Philis ,

Et depuis ce moment il m'appela son fils.

L'agneau sautait près d'elle et broutait sa couronne ;

Hors de moi , je saisis ce précieux larcin :

En tremblant de plaisir , je le mis dans mon sein.

« Si mon agneau te plaît , prends-le , je te le donne ,

» Dis-je alors à Philis. Chaque jour, chaque soir ,

» Si ton père y consent , je reviendrai le voir.

» Il semble qu'il demande et choisit sa maîtresse ;

» Gomme il me caressait , je vois qu'il te caresse.

» Les nœuds pour l'arrêter sont déjà superflus ; » Tu lui parles , Philis , il ne m'écoute plus ! »

Son père , en l'embrassant , nous permit cet échange.

Il fallut m'en aller. Je courus sous la grange ,

A mes tendres pareils raconter mon bonheur ;

Je montrai la guirlande encore sur mon cœur :

Je parlais de Philis , et j'embrassais ma mère ,

Je brûlais que le jour nous rendît sa lumière ;

En respirant les fleurs enfin je m'endormis ,

Et mon rêve disait : Philis ! Philis ! Philis !

Ce nom charme en tous lieux mon oreille rayie ;

U a frappé mon âme et commencé ma vie ;

Mes lèvres en dormant le savent prononcer ,

Et , dans l'ombre , ma main essaie à le tracer ;

C'est pour l'unir au mien que j'apprends à l'écrire....

Éveille-toi , Philis ! je n'ai plus rien à dire.

Tu peux ouvrir les yeux , le calme est de retour ;

Le soleil épuré recommence un beau jour ;

Avant de les quitter , il sèche nos campagnes ,

Et de ses derniers feux redore les montagnes.

O berger ! si le ciel ici t'a fait venir , C'est que le ciel nous aime, et qu'il va nous bénir! Mais tes moutons joyeux se jettent dans la plaine ; La pluie et la poussière ont pénétré leur laine ;

5o IDYLLES. «

Demain , dans le ruisseau qui baigne le vallon , J'irai t'aider moi-même à blanchir leur toison ;

J'irai de ma Philis tu vois venir le père ;

Elle eeurt dans ses bras , et l'atteint la première. *

O berger ! si jamais , seul et loin de ton fils , I

L'orage te surprend , souviens-toi de Philis ! ' '

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