L'EXILÉ
« Oui , je le sais , voilà des fleurs , Des vallons , des ruisseaux , des prés et des feuillages ; Mais une onde plus pure et de plus verts ombrages Enchantent ma pensée , et me coûtent des pleurs.
» Oui , je le vois , ces frais zéphyrs Caressent en jouant les naïves bergères ; Mais d'un zéphyr plus doux les haleines légères Attirent loin de moi mon âme et mes soupirs.
» Ah ! je le sens ! c'est que mon cœur Las d'envier ces bois , ces fleurs , cette prairie , Demande , en gémissant , des fleurs à ma patrie : Ici rien n'est à moi , si ce n'est ma douleur. »
Triste exilé, voilà ton sort.
La plainte de l'écho m'a révélé ta peine.
Comme un oiseau captif, tu chantes dans ta chaîne ; Comme un oiseau blessé, j'y joins un cri de mort.
Goûte l'espoir silencieux !
^Tu reverras un jour le sol qui te rappelle ; Mais rien ne doit changer ma douleur éternelle : Mon exil est le monde et mon espoir aux cieux.
i58 ROMANCES.