‹ PoésiesChapitre 6 sur 89 · L'ORAGE · texte numérisé non relu

L'ORAGE

O quelle accablante chaleur !

On dirait que le ciel va toucher la montagne. Vois ce nuage en feu qui rougit la campagne.

Quels éclairs ! quel bruit sourd ! ne t'en va pas ; j'ai peur !

Les cris aigus de l'hirondelle Annoncent le danger qui règne autour de nous ; Son amant effrayé la poursuit et l'appelle :

Pauvres petits oiseaux , tous retrouverez- vous?

Reste , mon bien-aimé ! reste , je t'en conjure ;

Le ciel va s'entr'ouvrir :

De Forage sans moi tu veux braver l'injure ; Cruel! en me quittant , tu me verrais mourir. Ce nuage embrasé qui promène la foudre , Vois-tu bien , s'il éclate , on est réduit en poudre ! Encourage mon* cour, il palpite pour toi..... Ta main tremble, Olivier, as-tu peur comme moi? Tu t'éloignes ; tu crains un danger que j'ignore ; En est-il un plus grand que d'exposer tes jours? le donnerais pour toi ma vie et nos amours ; Si j'avais d'autres biens, tu les aurais encore.

x6 IDYLLES.

En cédant à tes vœux , j'ai trahi mon devoir ; Mais ne m'en punis pas. Elle est loin , ta chaumière. Pour nous parler d'amour , tu demandais le soir ; Eh bien ! pour te sauver , prends la nuit toute entière ; Mais ne me parle plus de ce cruel amour ; Je vais l'offrir à Dieu , dans ma tristesse extrême : C'est en priant pour ce que j'aime Que j'attendrai le jour.

Sur nos champs inondés tourne un moment la vue : Réponds ; malgré mes pleurs, veux-tu partir encor? Méchant , ne souris plus de me voir trop émue ; Peut-on ne pas trembler en quittait son trésor? Je vais me réunir à ma sœur endormie :

Adieu ! laisse gronder et gémir l'aquilon ; Quand il aura cessé d'attrister le vallon »

Tu pourras t'éloigner du toit de ton amie.

Mais quel nouveau malheur! qu'allons-nous devenir?

N'entends-tu pas la voix de mon vieux père?

Ne vois-tu pas une faible lumière^

De ce côté » Dieu ! s'il allait venir !

Pour une faute, Olivier, que d'alarmes!

Laisse-moi seule au moins supporter son courroux ;

Puis tu viendras embrasser ses genoux

Quand je l'aurai désarmé par mes larmes.

IDYLLES. i 7

Non! la porte entr'ouverte a causé ma frayeur :

On tremble au moindre bruit , lorsque l'on est coupable.

Laisse-moi respirer du trouble qui m'accable,

Laisse-moi retrouver mon cœur.

. Séparons-nous , je suis trop attendrie; Sur ce cœur agité ne pose plus ta main ; Va! si le ciel entend ma prière chérie,

Il sera plus calme demain :

Demain au point du jour j'irai trouver mon père ; Sa bonté préviendra mes timides aveux ; De nos tendres amours pardonnant le mystère , Il ne t'appellera que pour combler tes vœux.

Déjà le vent rapide emporte le nuage , La lune nous ramène un doux rayon d'espoir, Adieu! je ne crains plus d'oublier mon devoir; mon cher Olivier ! j'ai trop peur de l'orage.

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