‹ PoésiesChapitre 7 sur 89 · LA NUIT · texte numérisé non relu

LA NUIT

V ieh6 ; le jour va s'éteindre ; il s'efface , et je pleure. N'as-tu pas entendu ma voix? Écoute l'heure, C'est ma voix qui te nomme et t'accuse tout bas ; C'est l'Amour qui t'appelle, et tu ne l'entends pas ! Mon courage se meurt. Toute à ta chère idée, D'elle, de toi toujours tendrement obsédée, Pour ton ombre j'ai pris l'ombre d'un voyageur, Et c'était un vieillard riant de ma rougeur.

Eh quoi ! le jour s'éteint ; n'est-ce pas un nuage , Un vain semblant du soir, un fugitif orage ?

Que je voudrais le croire ! Hélas ! un si beau jour Ne devrait pas mourir sans consoler l'Amour.

Viens ! ce voile jaloux ne doit pas tasjurprendre. Dans les cieux à son gré laisse-le se répandre ; Ne va pas comme moi le prendre pour la nuit 1 Quand son obscurité m'importune et me nuit , Si le soleil plus pur allait paraître encore ! Si j'allais avec lui revoir ce que j'adore!

Si je pouvais du moins , en lui livrant ces fleurs , Me cacher dans, son sein , et rougir de mes pleurs !

Il me dirait : « Je viens , j'aceours , ma bien-aimée ! > Ce nuage qui fuit t'aurait-il alarmée?

» La nuit est loin , regarde! • Et je Terrait ne» yeux Rendre la yie aux miens, et la lumière aux deux.

Non ! le jour est fini. Ce calme inaltérable , L'oiseau silencieux fatigué de bonheur , Le chant vague et lointain du jeune moissonneur, Tout m'invite au repos.... tout m'insulte et m'accable.

Un seul et doux objet me plaint dans ce séjour ; Il a subi mon sort : c'est la pâle anémone. Sous le vent qui l'effeuille , elle tombe ; et ce jour, Pour nous brûler ensemble , en orna ma couronne.

Mais adieu tout; adieu, toi qui ne m'entends pas.

Toi qui m'as retenu la moitié de mon être ,

Qui n'as pu m'oublier ,. qui vas venir , peut-être,

Tu trouveras au moins la trace de mes pas,

Si tu viens ! Adieu , bois où l'ombre est si brûlante;

Nuit plus brûlante encor , nuit sans pavots pour moi,

Tu règnes donc enfin ! Oui, c'est toi, c'est bien toi!

Quand me rendras-tu l'aube ? Oh ! que la nuit est lente !

Hélas ! si du soleil tu balances le cours ,

Tu vas donc ressembler au plus long de mes jours !

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