‹ PoésiesChapitre 38 sur 45 · L'ARBRE DE NOËL · texte numérisé non relu

L'ARBRE DE NOËL

Il dort, il dort, conché là comme im comte... Oh! oui, dors bien, cher amour, car j'y compte. Que le bon Dieu maintienne un doux sommeil Sur les yeux bleus de mon enfant vermeil.

Ne bouge pas, ne bouge pas! Ta mère, Sans plus savoir si sa vie est amere, Ya doucement chercher l'arbre apprêté, Pour ton Noël, dans la chambre à côté.

Que vais-jc y pendre ? Une petite chèvre, Un bon gâteau qui fondra sur ta lèvre ; Ce petit bœuf étonné, puis enfin Ces belles fleurs, le tout de sucre fin.

Cœur maternel, assez de friandise...

Il en faut être avare, quoi qu'on dise. Sur le bon Dieu modelons-nous toujom •.- Nous sert-il, lui, du gâteau tous les jou

Sur cette branche il faudra que j'attache Ces pommes qui n'ont pas la moindre tache. Quand en vit-on, d'un air si provoquant, Sourire à ceux qui les regardent... quand?

Oh ! quel plaisir cela fait, une pomme Qui vous sourit... Qu'un épicier, qu'un homme, Essaie un peu d'en faire autant... Merci ! C'est le bon Dieu seul qui travaille ainsi.

Que mettre encor sur cet arbre qui plie, Pour que ma tâche à moi soit accomplie ? Ce beau mouchoir aux voyantes couleurs... Enfant, que Dieu te préserve des pleurs.

Et puis encor?... Ce livre plein d'images, Où l'on a peint en rouge les rois mages, Avec un choix de belles oraisons, Correspondant à toutes les saisons.

Bon; maintenant, c'est bien tout, il me semble, Voyons à quoi de loin cela ressemble... Tiens, saciïsti, il faut encore ici Une verge... Ah I la voici, la voici...

Ce n'est pas là ce que le plus il aime ;

Tant pis, ma foi, car c'est bon tout de même,

Sitôt qu'on sait l'administrer à point.

D'ailleurs, sois sage et tu ne l'auras point.

Hors ledit cas, il faudra t'y soumettre ; Oui, mais ta mère est capable de mettre De beaux rubans autour, pour velouter Les coups, si rien ne peut t'en exempter.

L'arbre est fini... Comme il a bonne mine ! Que le grand jour à présent l'illumine, Et pour ce drôle, ingrat et stupéfait, L'Enfant-Jésus, tout seul, aura tout fait.

Tu prendras tout sans savoir qui l'apporte Et sans me dire un seul merci... N'importe, Qu'il te procure un peu de doux émoi, Et j'en serai déjà bienfière, moi.

Bon Dieu, voilà le crieur. Minuit tinte. Chaque lumière à la fin s'est éteinte.

Comme le temps passe rapidement, Quand le cœur a trouvé son aliment !

Que Dieu te garde, enfant ! Voici venue L'heure où Jésus naît sur la paille nue, Par un grand froid dont un bœuf le défend Sois aussi bon que lui, mon cher enfant !

LA BOUILLIE D'ÀYOINE.

Enfants, votre bouillie est prête, venez Vite ! Ne frottez pas avec vos manches la marmite, Car vous voyez qu'elle est noire de tout côté ; Oui, mais disons d'abord le bénédicité.

Mangez à votre faim et que çà vous prospère. Le grain d'avoine fut semé par votre père ; Mais rien sous le soleil n'avancerait d'un pas, Si le Père d'en haut ne le conduisait pas.

Or, ce grain farineux, mes chers petits, renferme, Sous son écorce grise, un invisible germe Qui demeure en paix là, sans boire ni manger. Jusqu'à ce que sous terre il aille se loger.

Puis, dès qu'il sent le chaud, ce germe se réveille, Etend ses petits bras joyeux et s'émerveille, Et vous suce le grain, comme suce parfois Sa nourrice un enfant..., sans pleurer toutefois.

Puis après, cola prend bonne tournure et force Tellement qu'un beau jour s'ouvre loule l'cc-orce, Et que, sous terre, les racines vont cbcrclier La sève qui bientôt doit tout faire marcher.

Car il lui tarde fort d'arriver sur la terre,

Ce qu'en y fait n'étant pour lui qu'un grand mystère.

Il guette donc et nul ne saurait concevoir

Dans quelle extase il tombe aussitôt qu'il peut voir...

Puis le Seigneur envoie un ange à face rose, Un ange qui lui dit bonjour et qui l'arrose ; Et le germe, charmé de ce double bienfait, Se met décidément à grandir tout à fait.

Puis le soleil le peigne avec amour et gigne, Son brûle-gueule en main, le haut de la montagne, Pour le couver des yeux, de là tout en fumant, Comme une mère couve un nourrisson charmant.

Et le germe en ressent vite une joie extrême... Drôle d'homme, àcoup sûr, mais bien bon tout de même, Qui fume tant et tant que vraiment, j'ai bien peur, De voir tout aujourd'hui se couvrir de vapeur.

Quelques gouttes d'abord tombent, puis vient la pluie ; Le germe en boit un peu, puis un vent chaud l'essuie,

Et le gaillard se dit, prêt à bien soutenir L'assaut : — Voyons comment tout cela va finir...

Mangez, mes chers petits, et que ça vous prospère... Aux premiers froids le germe enfin se désespère En voyant le soleil s'éteindre, et le passant Souffler sur ses gros doigts rougis qu'à peine il sent.

Puis il vient de la neige à faire une avalanche, Et le germe, en voyant la terre toute blanche, Regrette, mais trop tard, son premier gîte, et croit Que le soleil est mort ou qu'il a peur du froid.

— Ah ! dans mon petit grain, sous la terre échauffée, Qu'il faisait bon, dit-il d'une voix étouffée.

Pour gagner de l'argent, hélas ! quand vous allez Bien loin, n'est-ce donc pas ainsi que vous parlez ?

— Qu'il faisait bon chez nous, derrière le gros poêle. Dites-vous, vers ma mère au tablier de toile.

Mais patience, il vient du calme après le vent,

Et tout se trouve aller pour le mieux bien souvent.

Au retour du printemps la glace enfin se brise, Le soleil se remontre, et, sous la chaude brise Qui voyage à travers les vallons et les bois, Se ranime à son tour notre senne aux abois.

Puis on voit, par. les prés, de belles grappes blanches, Les cerisiers joyeux garnir toutes leurs branches, Et l'avoine se dit, en sentant tout grandir : — Dam! il faudrait peut-être aussi nons dégourdir...

Et voilà qu'il lui vient des feuilles d'où s'élance,

Radieux, chaque épi que la brise balance...

Or, dites-moi, qui peut ainsi les attacher

Tout en haut, ces boutons qu'on n'ose pas toucher ?;.

Ce sont bien sûrement les anges, bons apôtres Qui tiennent les épis les uns après les autres, Et l'avoine en devint belle finalement, Comme une fiancée, au jour du sacrement.

Puis la fleur s'étiole et le vent la disperse, Puis un petit grain long sous chaque bouton perce, En sorte qu'à la fin notre avoine a compris Qu'elle est décidément quelque chose de prix.

Le soir, à la veillée, en galants subalternes, Les vers luisants avec leurs petites lanterues, S'en viennent la trouver à travers les sillons, Sitôt que sont allés se coucher les grillons...

Bientôt d'excellent foin chaque grange regorge; Puis c'est le tour du blé, des seigles et de l'orge,

Et les enfants s'en vont les pieds endoloris, Glaner par la campagne, ainsi que les souri6...

L'avoine oependant devient blanche et déploie Tant de grains farineux que la pauvrette ploie, En disant: — Que ferais-je ici, si je n'avais* Pour voisins, cet hiver, que ces tristes navets !

Or, par un beau matin la famille est allée La faucher, puis on l'a sur la grange étalée, Et quatre lourds fléaux ont dessus rebondi Depuis le point du jour jusqu'à l'après-midi.

Puis l'âne du moulin vient, jusqu'à notre porte, La chercher pour la moudre, et vite la rapporte... Et je vous en ai fait cuire avec du bon lait Tout frais, qui, sans mentir, de la crème valait.

N'est-ce pas que c'est bon ? Remettez à lour place Vos cuillères ; prenez vos sacs et vite en classe ! Tâchez de n'y pas trop faire les étournoaux, Et quand vous reviendrez, vous aurez des pruneaux.

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