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LE DIMANCHE MATIN

Le samedi s'en vient, bien tard, dire au dimanche :

— Voilà que je les ai tous couchés sur la hanche Bien fatigués qu'ils sont, et j'en vais faire autant, Car mes jambes sous moi faiblissent par instant.

Pendant qu'il parle ainsi, l'heure douze fois sonne. Le dimanche alors dit d'une voix qui résonne :

— A mon tour... Puis il ouvre, encor tout endormi, Sa porte au fond du ciel et retombe à demi.

Enfin, frottant ses yeux, il arrive à la porte

Du soleil qui dormait aussi d'étrange sorte

Et lui crie, en frappant aux volets : — Il est temps !

Sur quoi l'autre répond : —Je vais ! C'est bien ; j'entends.

Sur la pointe des pieds le dimanche alors gagne, Sans personne éveiller, le haut de la montagne; Puis revient au village, en veloutant ses pas, Et dit au coq : — Ah çà ! toi, ne me trahis pas.

Après un somme heureux, quand on vient à renaître, On le voit au soleil guetter par la fenêtre, Les yeux riants, le front teint de fraîches couleurs, Et le chapeau garni de rubans et de fleurs.

Car c'est un bon enfant qui comprend à merveille Qu'on dorme, quant il vient, plus longtemps que la veille, Et même qu'on se fasse accroire que la nuit Dure encor, quand déjà le grand soleil reluit.

Commeon sent l'aubépine! Comme, en gouttes superbes,

La rosée envahit les fleurs et les herbes,

Et comme partout va l'abeille se poser,

Sans savoir qu'aujourd'hui l'on doit se reposer !

Dans ce jardin, voyez, avec sa robe blancbe, Ce beau cerisier... Puis, au bord de chaque planche, Toutes ces mille fleurs aux rejets si hardis... Semble-t-il pas vraiment qu'on soit en paradis ?

Quelle tranquillité ! Comme on se sent à Taise ! Les charretiers n'ont plus de cri qui vous déplaise, Plus de hu! ho! grossiers. Et chacun, tour à tour, S'aborde en répétant : Comment va ?... Quel beau jour I

Tous les oiseaux ont mis leur habit des dimanches, Et les chardonnerets, en sentant sous les branches

Pénétrer la chaleur, disent : — Ah! sacrebleu! Le voilà revenu, le soleil, au ciel bleu...

Le sermon va sonner. Cours vite, Cunégonde, Me cueillir une fleur où le duvet abonde ; Va de tes tabliers mettre le plus coquet Et faire, si tu veux, pour toi-même un bouquet.

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