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LES SAPINS

Du Grand-Jura voici la grande sapinière Qui semble se pâmer d'ivresse printanière, En sentant les oiseaux des bois poser leurs nids Sur ses rameaux ombreux par le bout rajeunis.

sapins jusqu'au fond de ces profondeurs vagues, Kl partout, et toujours pareils, comme les vagues nue roule l'Océan du bout de l'horizon, Quand il fait ondoyer son humide toison.

Toujours méditatifs, toujours stationnaircs, A peine, par moment, leurs cimes centenaires S'émeuvent sous la brise en pleurs, et l'on dirait Qu'à leurs voisins, tout bas, ils content un secret.

Comme tous ces sapins, quilles vertigineuses. Nous baignent à grands flots d'effluves résineuses! Comme les écureuils, dans ce fouillis épais De branchages moussus, doivent nicher en paix!

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Et l'hiver, quand la neige étend ses nappes blanches Sur la voûte qu'au loin forment ces hautes branches, Comme lièvre et chevreuil doivent s'y trémousser Aux moindres coups de vent qui viennent à passer !

Du soleil aujourd'hui les flèches enflammées Se glissent à travers ces immenses ramées, Comme pour nous montrer les fraises à foison, Qui, sous les frambroisiers, marquettent le gazon.

Mais quel fracas subit par là-haut se déchaîne ? C'est la tempête ! Eh! qui l'eût crue aussi prochaine ? La foudre, les éclairs, l'averse ! Où nous cacher ? Bah ! restons, pour tout voir, blottis sous ce rocher.

Quel affreux cataclysme et comme l'eau ruisselle ! Sur sa base voilà tout le bois qui chancelle, Et. dans lèvent, se tord, convulsif et troublé, Comme pourrait le faire un pauvre champ de blé.

Tout-à-coup l'ouragan, à travers l'avalanche, Craque ! Ah ! quelle secousse et quelle flamme blanche! C'est la foudre, et voilà deux sapins des plus beaux Qui tombent brusquement à nos pieds par lambeaux.

Au loin tout dégringole en longue colonnade, Et des explosions comme une canonnade !

De cet affreux chaos, lorsque viendra le bout, Combien d'arbres ici resteront-ils debout ?

Un dernier coup de vent emporte au loin la pluie, Le tonnerre s'éloigne et la forêt s'essuie. Les rigoles partout sont encor des ruisseaux, Qu'en haut chantent déjà d'aise tous les oiseaux.

Aux sapins qui, malgré leur grosseur et leur taille, Jonchent ici le sol comme un champ de bataille, Qu'on juge du vainqueur farouche et sans merci, Qui, tout-à-1'heure, vient de passer par ici.

Les merles rassurés, de colline en colline, Semblent dire bonsoir au soleil qui s'incline Vers l'occident bourré de grands nuages d'or, Et, dans son lit plus frais, la nature s'endort.

LA DINEh.

C'est à VOurs, autrefois, chez Madame Caresche, Que les chevaux mangeaient l'avoine à pleine crèche , Pendant que les rouliers, leurs maîtres attablés, Dînaient, de leur chapeau crânement affublés.

Dans la grande cuisine, au milieu du vacarme, Les marmites cuisaient que c'était un vrai charme, Si bien l'on entassait, dessous les gros quartiers De sapin, el parfois, les fagots tout entiers.

Aussi fallait-il voir, tant que durait l'année, Comme à l'intérieurd'immensc cheminée En forme d'étoutï'oir, étalait à foison Lns énormes morceaux de grosse salaison.

Sitôt qu'on soulevait à peina le couvercle Des casseroles qui cuisaient en demi-cercle Autour de ce foyer, l'on ouvrait de grands yeux, A se trouver si près d'un gala si joyeux.

Tous les jours, vers midi, quand le dîner approche. Une longe de veau rôtissait à la broche. Ou quelque gros poulet bien loin de redouter La critique de ceux qui pourraient en goûter.

Dans la salle à manger, l'on prenait bien ses aises Sur des bancs de sapin qui tenaient lieu de chaises ; La nappe à filets bleus abondamment prouvait, Par ses taches de vin, combien l'on y buvait.

Ici, pas question de luxe de vaisselle,

Mais qu'importe le plat, quand dessus s'amoncelle

Tout ce qui met en joie un dîneur affamé,

La bonne soupe aux choux, le gros jambon fumé,

Le bouilli constamniL.it d'une tendresse extrême,

La choucroute au saindoux, le gras-double à la crème.

L'andouillc, le civet de lièvre ou d'écureuil,

Voire même, en son temps, le cuissot de chevreuil.

Puis venait le dessert avec ses apanages. Les assiettes de choix, à fleurs, à personnages, En rendez-vous d'amour doucement réunis Sous des tas de croquets, d'amandes ou d'anis.

A côté du fromage arrivait la compote,

Et même les biscuits pour faire la trempotte,

Puis enfin le café, de sucre se comblant, Avec le gloria dans son carafon blanc.

Bientôt, la trogne aussi rouge qu'une pivoine, Pendant que les chevaux finissent leur avoine, Ces messieurs, au foyer, en gens de la maison, Allument leur bouffarde, à l'aide d'un tison.

Il est tard. Plus moyen de boire davantage. — Allons, portez-vous bien, les gens ; à l'avantage Allons, comme d'usage, à dimanche ou lundi, Que le dîner soit prê sur le coup de midi.

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