DEMANDE EN MARIAGE
Anne Barbe, il est temps de régler nos affaires. De cet autre ou de moi, sachons qui tu préfères. A ce train je ne puis plus résister beaucoup, Car j'en deviens vraiment maigre comme un coucou.
C'est ton père, dis-tu, qui voudrait te contraindre Bah ! tu n'es certes pas fille à si fort le craindre. S'il raffole du vieux qu'il prétend t'imposer, Ce n'est pas toi, c'est lui qui devrait l'épouser.
Est-ce ma faute, à moi, si je t'aime, Anne Barbe ? Depuis l'âge où s'est mise à me pousser la barbe, Aurait -il donc fallu m'arracher les deux yeux, De peur de voir jamais ton minois gracieux"?
Allons, ma chère, allons, sois un peu raisonnable, Pour moi la vie ainsi n'est vraiment plus tenable. Tu n'imagines pas les ennuis d'un garçon, Quand il est seul, tout seul, pour tenir sa maison.
Admettons qu'on s'en tire à peu près en cuisine, Admettons qu'on n'ait pas recours à la voisine Pour recoudre au besoin, sa culotte, à peu près. Ou pour traire au moment ses vaches. .. Mais après ?
Après ! c'est votre lard que le cliat vous maraude. C'est un lit où sans fin l'on couche à la rechaude. C'est la nécessité de faire, en endiablant, Lessive de Gascon, faute de linge blanc.
Allons, dis que tu veux être ma bonne amie. Que redouterais-tu ? Ma physionomie N'est-clle pas toujours celle d'un bon enfant ? Ah ! qu'un seul mot de toi me rendrait triomphant
Pour nos marmots futurs je serai plein de zèle C'est moi qui, du berceau, tirerai la ficelle. Toute la nuit, pendant que tu reposeras .. Pense déjà, pour toi, quel fameux débarras !
T.nis les matins aussi, libre à toi de te faire
Ta tasse de café. Le café, c'est l'araire
Des femmes, je sais bien; sans compter, par moment,
nue c'est indispensable à leur tempérament.
Tu verras si je suis un homme de ressources ; Pour te faire un plaisir, il n'est ni trais ni courses
Que je n'accepte ave- des transports do bonheur.
A ton choix, tu verras si je sais faire honneur.
Tu tiendras, si lu veux, des poules par centaine. Quant à l'argent du beurre et des œufs, sois certaine Que je n'y toucherai jamais ; conséquemnient. Tu pourras en user tout-à-fait librement.
Les cadeaux vont tomber sur toi comme la grêle. Tu n'iras, si tu veux, par les champs qu'en ombrelle. Compare cette vie à celle qui t'attend, Si tu me plantes là pour ce vieux pénitent...
On vieil avare, un vieux poussif, un vieux maussade ! Des dents comme de vrais piquets de palissade: Un crâne sans cheveux à faire peur aux loups... C'est celui-là qui va l'aire un fameux jaloux.
Anne. Barbe, vO\ons ! J'ai, dans mes écuries, Six vaches et deux bœufs. J'ai des champs, des prairies. Avec de grands rouleaux d'écus dans mon buffet; Le ménage, tu vois, sera donc bientôt fait.
Dis un mot, un seul mot, et je cours aux emplettes De châles, de bonnets, de parures complètes, Dans les genres les plus neufs et les plus flambants... Et dimanche prochain nous publierons les bans.