‹ Poésies. Nouv. éd. augm. et précédé d'une noticeChapitre 101 sur 108 · A L'ÉCOLE · texte numérisé non relu

A L'ÉCOLE

Les plus beaux jours de nos verles? années Semblent les tleurs d'un printemps gracieux Pressé d'orage et de vent pluvieux Par qui soudain leurs couleurs sont fanées. Madeleixe Desroches.

Mon cœur battait à peine, et vous l'avez formé; Vos mains ont dénoué le fil de ma pensée, Madame ! et votre image est à jamais tracée Sur les jours de l'enfant que vous avez aimé !

Si le Ijonlieiir iirattend, ce sera votre ouvrage; Vos soins l'auront senu' sui' mon doux avenir; Et si, pour m'éprouver, mon sort couve un orage, Votre jeune roseau cherchera du courage, Madame! en s'appuyant sur votre souvenir!

LE PETIT BTEIR

Vous avez ajipris qu'il a l'Ié dit : Œil poui œil, deni pour dent.

Bienheureux ceux qui pleurent, parce qu'ils seront consolés.

Évangile-

(( Laissez entrer ce chien qui soupire à la porte; Je souffre quand j'entends souffrir autour de moi : Fût-il aveugle et vieux, il pleure, qu'on l'apporte, Mon feu lui sera doux... Quoi! petit Paul, c'est toi?

C'était le petit Paul. Sous mi brouillard d'automne, Pensif et tout mouillé, depuis un long moment. Sans l'ouvrir, à la porte il grattait doucement. Pourquoi n'entrait-il pas? On l'entoure, on s'étonne Il entre. Il reste là sans avoir dit : Bonsoir, Bonsoir, petite mère! et sans oser s'asseoir. Mais Paul tenait en vain sa paupière baissée; Les mères ont des yeux qui percent la pensée.

AUX l'EinS ENFANTS. 290

(( De l'école avant l'heure ou vous a fait sortir : Pourquoi? Ne mentez pas.

— Je ne sais plus mentii-, Mère. Pour presque rien.

— Presque dit cpielque chose :.

Votre maître est si bon qu'il ne fait rien sans cause.

— On ne peut jamais rire, et c'est bien malheureux ! Moi, quand je ne ris pas, je suis tout las de vivre.

— Vous avez donc ri, Paul?

-- Oui, mère, sous mon livre.

— -Qui vous rendait si gai?

— Christophe. 11 est affreux, Christophe ! Il a l'œil trouble et la tête enfoncée.

Ses bras vont jusqu'à terre, et sa jambe est toisée Comme cela !

- C'est triste.

— Oui, si je l'avais su :

Mais je n'avais jamais vu d'écolier bossu. J'ai cm que les bossus venaient tout vieux au monde. Comme Esope à mon livre.

— Ésope lut enfant.

Et sa mère pleura. Pitié douce et piol'onde!

La laideur s'embellit quand ta voix la défend. L'honmie apporte des maux dont rien ne le console !

Mais Christoiihe, ma mère, est un nide garçon;

Ce n'est (|u'iiii paysan, le dernier dans l'ccole.

Et comme on riait tro}) pour suivre la leçon,

J'ai dit : Ésope! Ksope! en regardant Christophe :

Et j'ai fait le portrait du crochu philoso[)lie :

'( Voyez! messieurs, voyez le divin animal ! »

— Et que disait Christojthe?

— Il dctournait la vue; 11 cachait dans ses mains sa rougeur imprévue, Et je crois ([u'il |t]eurait.

— Tais-toi ! tu me fais mal .

Il pleurait!... 0 railleurs, (|ue vous êtes à craindre ! Un être a donc souffert, et souffert sans se plaindre ! Tout ce qui }»leure est heau. Je l'aime en ce moment; Oui, j'aime mieux Christo[»he et sa jamhe tournée, Que ta langue épineuse à blesser destinée; Je l'embrasse de l'àme et je le vois charmant. Viens, (juc je te corrige. Écoute-moi : tu m'aimes?

— Oh oui!

- Souvent nos dards retondjcnl sur nous-mêmes, liegarde-moi longtemps, et que ton avenir S'épure d'un amer et tendre souvenir :

Gomment me tiouves-tu?

— Belle comme une mère, 0 ma mère! vos traits ont la douceur du ciel. La Vierge des enfants, (|ue l'on prie à Noël,

Est comme vous tendre et sévère :

Oui, vous lui ressemblez. J'y pense en vous voyant, Et c'est vous que je vois, m;i mère, en la priant!

A r église une fois vous êtes apparue,

Et la foule indigente en joie est accourue;

Vos habits étaient gais, vous étiez blanche; et moi

Je disais : C'est ma mère! et Ton disait : n Eh rpioi!

C'est sa mère! » Ah! maman! quel boulieur !

— Je t' écoute, Et je plains ton doux rêve; il me touche. Il m'en coûte D'attrister le miroir attaché sur ton cœur, Où tu me trouves belle, où je me vois aimée Mais, regarde, et gémis d'être un enfant rao(pieur : Je suis laide.

— Ml mère!...

— Enfant ! je vous afflige !

Je vous ôte un bandeau. Je suis laide, vous dis-je. Un jour, un petit Paul aussi rira de moi. — Je le tuerai, ma mère! oh ! t{uand il serait roi, Dieu ! rire de ma mère !

— Et l'enfant qu'elle adore, L'enUmt cpe son malheur lui rend plus sien encore, Penses-tu qu'une mère, au fond de ses douleurs. Ne se lèvera pas pour revenger ses pleurs? Et toi, mon pauvre enfant, fier de tes folles armes. Lançant ton rire ingrat sur l'objet de ses larmes. Prends garde ! si ta langue allait faire mourir? Dieu dit : « Tu souffriras ce que tu fais souffrii'. )>

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