‹ Poésies. Nouv. éd. augm. et précédé d'une noticeChapitre 17 sur 108 · I,A JEUNE FILLE · texte numérisé non relu

I,A JEUNE FILLE

Ma mère, j'écoutais.

l)ejtuis, pour vous [>arler, je reste à la elianmière; Dapbnis en vain m'attend, je pleuie en vain tout ba^

Je ne puis })ailer la première,

Et vous ne me devinez pas !

Je tremble auprès de Ini, je tremble ici de même :

Nos tourments ne sont pas tinis!

Jamais je n'oserai vons dire que je l'aime..,

LA 51 ÈRE

Kb bien, je te permets de le dire à Dapbnis.

LE SOTR D'ÉTÉ

Venez, mes chers petits; venez, mes jeunes âmes;

Sur mes genoux venez tous les deux vous asseoir.

Au soleil qui se couche il l'aut dire honsoir :

Voyez comme il est hcau dans ses mourantes flammes î

Sa couronne déjà n'a plus qu'un rayon d'oi' :

Demain, plus radieux vous le verrez encor;

Car on ne l'a point vu s'enfuir sous un nuage.

La cigale a chanté, nous n'aurons point d'orage.

Ce soleil mûrira les fruits que vous aimez;

Il vous rendra vos jeux, vos houquets parfumés.

Dès qu'il s'éveillera, je vous dirai moi-même :

Allons voir le soleil. Jugez si je vous aime 1

Les charmantes Heures viendront

Danser autour de la journée.

Et riantes s'envoleront, Formant avec des fleurs la trame de l'année. Et vous appellerez le faible agneau qui dort ; Pour le baigner ce soir il n'est pas assez fort; Huit jours font tout son âge; il se soutient à peine, Et vous le fatiguez à courir dans la jtlaine.

Venez, il en est temps, vous baigner au ruisseau; Tout semble se pencher vers son cristal humide : Le moucheron brûlant y pose un pied timide. Et, fatigué du jour, le flexible arbrisseau Y trace de son front la fugitive emi^reinte. A ses flots attiédis confiez-vous sans crainte:

Je suis là. Voyez-vous ces poissons innocents ? Ne les eiïrayez pas; ils s'enfuiront d'eux-mêmes : De vos jeunes désirs on dirait les emblèmes; Sans les troubler encore ils glissent sur vos sens.

Saluez, mes amours, celte vieille Ijergère : Son sourire aux enfants donne une nuit légère. Quoi ! vous voulez courir, pauvres petits mouillés? Ce papillon tardif, cpie la fraîcheur ;ittire, Baise dans vos cheveux les lilas effeuillés. Et, tout en vous bravant, je crois l'entendre rire. C'est assez le poursuivre et lui jeter des fleurs, Enfants; vos cris de joie éveillent la colombe : Un roseau qui s'incline, ime feuille qui tombe, Rompt le charme léger qui suspend les douleurs. Écoutez dans son nid s'agiter l'hirondelle : Tout lui semble un danger, car elle a de«; petits, Peut-être elle a rêvé qu'ils étaient tous partis ; La voilà (pii se calme ; elle les sent près d'elle!

Mais la hme se lève, et pàlil mes crayons : Ne bravez pas dans l'eau ses humides rayons; Les pavots vont pleuvoir sur sa lente carrièr(\ Au ciel, qui donne tout, offiez votre prière; Elle est pure et charmante, et vous la dites bien. La voix est fiible encor; mais c'est Dieu qui récoul( Un faible accent vers lui sail trouver une roule; Il entend un soupir; il ne dédaii-iie rien. Et maintenant donnez !

[iCurs mains entrelacées Semblent lier encor leurs naïves pensées ;

Hélas! ces cœurs aunants quelles vieuut'nt d'iinir. Ne les séparez pas, iiioii Diou, dans l'avenir !

Ils dorment. Qn'ils sont beaux! Que lenr mère est heureuse! Dieu n'a pas oublié ma plainte douloureuse; Sa pitié m'écouta... Tout ce que j'ai perdu, Sa pitié, je le sens, me l'a presque rendu !

Sonmieil! ange invisible aux ailes caressantes, Verse sur mes enfants tes fleurs assoupissantes; One (on baiser de miel enveloppe leurs yeux, Que ton vague miroir réfléchisse leurs jeux. Au pied de ce berceau, que mon amour balance, Fais asseoir avec toi rimmobile silence. Ma prière est sans voix; mais elle biiile encor : Dieu, bénissez ma nuif ! Dieu, tardez mon Iré-or!

L'INQUrÉTUDE

(Jnest-ce donc ({ui nu- Iroiible, et ((irest-ce t|vie j'ïittends? .|p suis trisie à la ville, et m'emmie au village :

Les plaisirs de mou àûo Ne peuvent me sauver de la longueur du temps.

Autrefois l'amitié, les charmes de l'étude, Fiem})lissaient sans etTorts mes paisibles loisirs. Oh ! fpiel est donc l'objet de mes vagues désirs? Je l'ignore, et le cherche avec inquiétude. Si pour moi le bonheur n'était pas la gaieté, .le ne le trouve plus dans ma mélancolie ; Mais, si je crains les pleurs autant fpie la folie,

Où trouver la félicité?

Et vous qui me rendiez heureuse, Avez-vous résolu de me fuu' sans retour ? Hépondez, ma raison; incertaine et trompeuse, M'abandonnerez-vons au pouvoir de rAmonr?... Hélas! voilà le nom que je tremblais d'entendre.

44 POKSIKS.

Mais rcHioi ([u'il iiisiiire est im ellioi si doux! Raison, vous n'avez plus do secrol à m 'apprendre, lit ce nom, je le sr-ns, m'en a dit plus (pie vous.

Li: CONCERT

Quelle soirée! ù Dieu ! que j'ai souffert ! Dans im trouble charmant je suivais rKspt'raiiee; Rlle enchantait pour moi les apprêts du coiiriil.

t^t je devais y pleurer ton absence.

Dans la foule cent fois j'ai cru t'apercevoir ;

Mes vœux toujours trahis n'embrassaient que ton ombii

L'Amour me la laissait tout à coup entrevoir,

Pour l'entraîner bientôt vers le coin le plus sombre.

Séduite par mon cœur toujours plus agité,

Je voyais dans le vague errer ta douce image,

Comme un astre chéri, qu'enveloppe un nuage,

Par des rayons douteux perce l'obscurité.

Pour la première fois insensible à tes charmes. Art d'Orphée, art du cœur, j'ai méconnu ta loi : J'élai>< htule à l'Amour, lui seul régnait sur moi, Kt le cruel fais;iit couler mes larmes! D'un chant divin goûte-t-on la douceur I,ors(pi'on attend la voix de celui (pie l'on aim(^? Je ( r;ii^n;iis Ion chainie supième.

Il liounissait trop ma langueur.

É LÉ G IF. s.' Les sons d'une harpe plaintive En frappant sur mon sein le l'aisaient tressaillir; Ils fati.aiiaient mon oreille attentive.

Et je me sentais tlélaillir.

Et toi! qne faisais-tu, mon idole chérie, Quand ton ahsence éternisait le jour?

Quand je donnais tout mon être à l'amour,

M'as-tu donné ta rêverie?

As-tu gémi de la longueur du temps, D'un soir... d'un siècle écoulé pour attendre?

Non ! son poids douloureux accable le plus tendre ;

Seule, j'en ai compté les heures, les instants :

,l';ii langui sans bonheur, de moi-même arrachée; Et toi, (u ne m'as point cherchée!

Mais quoi! l'impatience a soulevé mon seiu. Et, lasse de rougir de ma tendre infortune,

Je me dérobe à ce bruyant essaim Des papillons du soir, dont l'honnnage importune. L'heure, aujourd'hui si lente à s'écouler pour moi, Ne marche pas encore avec plus de vitesse ; Mais je suis seule au moins, seule avec ma tiistesse, Et je trace, en rêvant, cette lettre pour toi, Pour toi, que j'espérais, que j'accuse, que j'aime! Pour toi, mon seul désir, mon tourment, mon bonhcui!

Mais je ne veux la livrer qu'à toi-même. Et lu la liras ^ur mon cœur.

4e ■ pdKsrrs.

PIUÈRi: Aia MUSES

Votre empire ;i Iroublé mon boulieur le plus doux;

Miisos, rendez-moi ce (|iie j'aime!

l.'Amour fut son maître suprême :

H n'en a plus d'autre que vous.

Je ne suis plus dans son délire ; Il a banni mon nom de ses écrits louchants.

0 Muses ! loin de lui sourire, l*;ir pitié ])onr l'Amour, n'écoutez plus ses chants!

Cette fièvre (pii le dévore En rêvant le transporte à vos divins concerts; Et, doucement pressé sur le cœur qui l'adore,

Je l'entends murmurer des vers.

Que cherchc-t-il? est-ce la gloire?

Il la plaçîiil dans mon amour;

Les aveux d'un tendre retour

Étaient sa plus douce victoire.

Pensive, et seule au rendez-vous,

One devierit sa jeune maîtresse?

Elle est muette en sa tristesse,

Quand l'ingrat chante à vos genoux.

Que sert de lui donner ma vie.

S'il est heureux sans moi?

(lue deviendra l'amour dans mon âme asservie, S'il échappe à sa loi?

Cette loi si simple, si tendre,

Qutuid je 1 iipprenais dans ses jeux.

Ses yeux alors me la faisaient comprendre Ijien mieux qu'Ovide en ses cliants amoureux ! Ali! sans la définir, notre âme la devine :

L'art n'apprend pas le sentiment.

Il est ,i^ravé pour moi par une main divine Diins le regard de mon amant !

Où donc est-il ce regard plein d'ivresse'/ 11 brille encor, mais c'est d'une autre ardeur :

J'ai donné toute ma tendresse; Cœur partagé peut-il payer mon cœur?

Mais, si d'une brillante et trompeuse cliinière

L'ambitieux est épris pour jamais ; Si vous rejetez ma prière, Muses! qu'il soit heureux, du moins, [nn- \o>. bienraits!

Heureux s;ms moi, je luirai son exemple ; Tiojt fiiible, en le suivant je pom'rais m'égarei- : Livrez-lui vos trésors, ouvrez-lui votre tenqile; A celui de l'Amour, seule, j'iiai }>leurer.

L'obscurité que le sort me destine M'éloigue d'un mortel ivre de vos l'aveuis : Lli bien, j'irai lattendre au pied de la colline

Qu'il gravira par un sentier de fleurs.

Si quelquefois la romance attristée

Peint mon ennui, le trouble de mes seiis^ Inspirée au village, elle y sera chantée, Et les bergers naïl's rediront mes accents. Adieu, Muses! la gloire est trop peu pour mon ànie; L'amour sera ma seule erreur;

i8 POESIES.

El, pour la [leiiidre en tiails du llanimc, Je n'ai besoin qne de mon cœur.

LK HILLET

Message inaltcndiu cache-loi sur mon cœin' ;

Cache- toi ! je n'ose te lire :

Tn m'apportes l'espoir; ne fùl-il (junn délire, Je te devrai du moins l'ombre de jnon bonheur! Prolonge dans mon sein ma tendre inquiétude; Je désire à la lois et crains la véiité :

On souffre de l'incertitude,

On meurt de la réalité !

Recevoir un billet du volage qu'on aime,

C'est presque le revoir lui-même.

En te pressant déjà j'ai cru presser sa main ; En te baignant de pleurs, j'ai pleuré sur son sein El, si le repentir y parle en traits de llamme. En lisant cet écrit je lirai dans son àme ; J'enlendrai le serment ([u'il a l'ail lanl de fois, El j'y reconnaîtrai jusqu'au son de sa voix.

Sous cette enveloppe fragile L'Amour a renlénné nion sort.,.

Ab! le courage est difticile

Quand on attend d'un mot ou la vie ou la mort.

Mystérieux cacbet, <pii m'oflres sa devise,

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