‹ Poésies. Nouv. éd. augm. et précédé d'une noticeChapitre 19 sur 108 · IMPRUDENCE · texte numérisé non relu

IMPRUDENCE

Comme une fleur à plaisir effeuillée, P.ilit, tombe et s'eiface une biillante erreur. Ivre de toi, je rêvais le bonheur; ;:

Je rêvais : lu m'as éveillée.

Que ce réveil va me coûter de pleurs!

Dans le sein de l'Amour pourrai-je les répandre? Il m'enchaînait à toi par des liens de fleurs; Tu lue forces à les lui rendre!

Un seul mot à nos yeux découvre l'avenir;

Un reproche souvent attriste l'espérance.

Hélas ! s'il faut rougir d'une tendre imprudence,

Toi qui la partageas, devais-tu m'en punir?

Loin de moi va chercher un plus doux esclavage;

Va ! de tout mon bonheur j'ai payé ton bonheur :

Eh bien, pour t'en veu^ier tu m'as rendu mon cœur

à'i l'OESIF.S.

I']( lu 1110 l'as rciiJii l):'ùl:iiil do ton iiii;!;:;."'. Jo le roprciids, ce cœur blessé j):ir toi;

Pardon IIP à mon imprévoyance :

Je lui dois ton iiiditVérence; Que te faut-il encor pour te venger de moi?

A L'AMorr»

iieprends de ce bompiet Is tmmpeiises couleurs,

Ces lettres qui font mon supplice.

Ce portrait fpii fut ton complice ; Il le ressemble, il rit, tout biii-iié de m<'< pleurs.

Je le leiuls ce trésor funeste, Ce froid témoin de mon alfrenx ennui : Ton souvenir biùlant, que je déteste.

Sera l)ientùl troid comme lui.

Oli ! reprends t')nt! Si ma main Iremble encore, C'est cpie j'ai cm te voir sous ces traits ({ue j'abbonv Oui, j'ai cru rencontrer le ivi>ard d'un trompeur; Ce fantôme a troublé mon couraiie timide. Ciel ! on peut donc mourir à l'aspect d'un perfide. Si son ombre fait tant de peur !

Comme ces feux erranis dont le reflet égare, ba llamme de ses yeux a passé devant moi ; \r rougis d'oublier (prenfm tout nous sépare ; Mais je n'en rompis (pie pour loi,

ÈLKGIES.

One les froids si'iitiments s'expriment avec peine! Amonr... qne je te hnis de ni'iippiendre la haine!

Kloigne-toi, reprends ces Uompenses conlenjs, Ces lettres, qni l'ont mon snpplice ; Ce poi trait, qui lut ton complice;

Il te ressemble, il rit, tout baiiiné di^ mes pleurs !

Caclie au moins ma colère au cruel qui t'envoie ; Dis que j'ai tout brisé, sans larmes, sans efforts; Va\ lui peignant mes douloureux transports,

Tu lui donnerais trop de joie.

Reprends aussi, reprends les écrits dangereux Où, cachant sous des fleurs sou premier artifice, Il voulut essayer sa cruauté novice

Sur un cœur simple et malheuieux,

Quand tu voudras encore égarer l'innocence. Quand tu voudras voir brider et languir\ Quand lu voudras faire aimer et mourir. N'emprunte pas d'autre éloquence.

L'art de séduire est 15, comme il est dans son cœur Va, tu n'as plus besoiir d'étude ;

Sois léger par penchant, ingrat par habitude ;

Donne la fièvre. Amour, et gardt' ta froideur. Ne cbange rien aux aveux pleins de charmes, Dont la magie entraîne au désespoii- :

Tu peux de chaque mot calculer le pouvoir.

Et choisir ceux encore imprégnés de mes lai mes.

Il n'ose me répondie, \\ s'envole... il est loin. Puis^e-t-il d'un incrrat ét'Muiser l'absence '

:,i POKSIF.S.

Il r;iu(lr:iil |t:ir licitr sonriiv en sa jnvsrnrc : J'aini»^ inioiix nioiirii suis IriiKtiii.

Il lit' K'viciulra plus, il sail que jf rahlionc;

.\e l'ai dit à l'Amoiir, qui {\0']h s'est onl'ui.

S'il osait rovonir, '\o lo dirais iMicore :

Miiis on approche, on parle... Hélas! cr insl pas liu

ij:s li:ttri:s

Hi'las ! {]ue voulez-vous de moi, I, dires d'amour, plaintes mystérieuses?

Vous dont j'ai repoussé longtemps avec effroi

Les [)rir'res silencieuses, Vous m'appelez... je rêve, et je cherche, eu tremblinl Sur mon cœui-, uue clef qui jamais ne s'égare : D'un éclair l'intervalle à présent nous sépare;

Mais cel intervalle est brûlant !

Je n'ose respirer ! triste sans amei tnnir,

ku passé, malgré moi, je me sens réunir :

Las d'oppresser mon sein, l'ennui qui me consume

Va m'altendre dans l'avenir.

Je cède : prends sa place, ô délirante joie ! Laisse fuir la douleur, cache-moi l'horizon ;

Elle t'abandonne sa proie,

Je l'abandonne ma raison !

Oui, du honbeur vers moi l'ombre ^c pré(ij)ile :

K LKlilKS. Dp ce pupitre oiivt'i I rAnioiir s'édiappi' encor.

Où va mon âme ? ollc me fiiiitlc ; Pins prompte qne ma vue, elle atteint son trésor !

Il est là ! tonjoms là, sons vos tenilles chéries,

Frêles garants d'nne éternelle ardenr ; 1 niqne enchantement des tristes rêveries

Où m'égara mon cœnr!

De sa pensée échos fidèles,

De ses vœnx discrets monnmenis, T/amonr, qui l'inspirait, a dépouillé ses ailes

Pour tiacer vos tendres serments.

Soulagement d'un cœm- et délices de l'antre, hicrénieux langage et muet entrelien !

L'empire de l'absence est détiuit par le vôtre ; Je vous lis, mon regard est fixé sur le sien ! Ne renfermez- vous pas la })romesse adorée Qu'il n'aimera que moi... qu'il aimera toujours?

Cette fleur qu'il a respirée,

Ce ruban qu'il poita deux jours?...

(^omme la volupté, que j'ai connue à peine, La fleur exhale encore un parfum languissant ;

N'est-ce pas sa brûlante haleine?

N'est-ce pas de son âme un souflle caressant ? Du ruban qu'il m'offrit que la conleur est belle !

Le ciel n'a pas un bleu plus pui' ;

Non, des cieux le voile d'azur

Ne me charmerait pas comme elle !

Qu'ai-je lu ?... Le voilà, son éternel adieu 1 Je toiichais au bonheur, il m'en a repoussée; En appelant l'espoir, ma langue s est i^lacée ;

Et ma fioide compagne ost rentive on ce lieu ! 0 constante douleur 1 sombre conuiie la liaine.

Vous voilà (le retour 1 l*renez votie victime, et rendcz-iiii sa chaîne; Moi, je vous rends un cœur encar tii niblani d'amour!

LA NilT D'HIVER

Qui lu'appelle à cette heure, et par le teiups (pi'd l'ail ? (l'est une douce voix, c'est la voix d'une fille : Ah ! je te reconnais ; c'est toi, Muse Gentil le !

Ton souvenir est un bienfait.

Inespéré retom^ ! aimable fantaisie !

Après un an d'exil, qui t'amène vers moi ? Je ne t'attendais plus, aimable Poésie ; Je ne t'attendais plus, mais je rêvais à toi .

Fjoin du réduit obscur où tu viens de descendre, L'amitié, le bonheur, la gaieté, tout a fui : 0 m:; Muse ! est-ce toi que j'y devais attendre? Il est fait pour les pleurs et voilé par l'ennui. Ce triste balancier, dans son bruit monotone. Marque d'un temps perdu l'inutile lenteur ; Rf j'ai cru vivre un siècle, hélas ! quand l'heure sonne, Vide d'espoir et de boidieur.

L'hiver est tout entier dans ma sombre reiraile : Quel temps as-lu daigné choisir?

H LE GIF. s. r.7

One (loiicemont p.ii toi j'en suis dishailo ! Oli : quand il nous siirpirnd, (|u'il c<t beau, le plaini ! D'un foyer presque éteint la flamme salutaiic Par intervalle encor trompe Tobscnrité : Si tu veux écouter ma plainte solitaire, .Nous causerons à sa clarté.

Kcoute, Muse, autrefois vive et leudie, Dont ]"ai perdu la trace au temps de mes malheurs. As-tu quelque secret pour cliarmer les douleurs? Viens, nul autre que toi n'a daiimé me l'apprendre. Kcoute ! nous voilà seules dans Tunivers.

Naïvement je vais tout dire :

J'ai rencontré l'Amour, il a brisé ma lyre; Jaloux d'un peu de brujt, il a brûlé mes vers.

a Je l'ai chanté, lui dis-je, et ma voix, faible encore. Dans ses premiers accents parut juste et sonore : Poniquoi briser ma lyre? elle essayait fa loi. pourquoi bri\ler mes vers? je les ai l'ait< pour loi. Si lies jeunes amants tu troubles le délire. Cruel, tu n'auras plus de fleuis dans ton empire : Il en faut à mon âge, et je voulais un jour, M'en parer pour te plaire, et te les rendi'e, Amour- 1

Déjà je le formais une simple couronne,

Fraîche, douce en parlums. Quand un cœur pur la donne

Peux-tu la dédai^mer ? Je te l'offre à licnoux :

Souris à mon orgueil cl n'en sois point jaloux.

Je n\ii jamais senti cet orgueil pour moi-même ;

Mais il dit mon secret, mais il prouve que j'aime.

Eh bien 1 fais le partage en généreux vainqueur ;

:)8 l'OK SIKS.

Amolli", |)oiir toi les cliants, o( pour moi le bonlienr ! i;'('.s| iiii bonlienr (l'aimer, c'en est un de le dire. Amour, ju-ends ma conronne, et laisse-moi ma lyre ; Prends mes vœux, prends ma vie; enfin, prends tout, cruel! M;ii- laisse-moi chanter an pied de ton autel. »

Et lui : (( Non, non ! la prière me blesse. Dans le silence obéis à ma loi :

Tes yeux en plenrs, pins éloquents que toi, liévéleront assez ma force et ta faiblesse. «

Mnse, voilà le ton de ce maître si doux. Je n'osai lui répoudre, et je versai des larmes ; Je sentis ma blessure, et je connus ses armes. Pauvre lyre ! je fns muette comme vous !

L'iniiiat î il a puni jusques à mon silence.

Lassée enfin de sa puissance.

Muse, je te redonne et mes vœux et mes chants ; Viens leur prêter ta liiàce, et rends-les plus touchants.

Mais tu palis, ma chère, et le froid t'a saisie ! C'est l'hiver qui t'opprime et ternit tes couleurs. Je ne puis tan èter, charmante Poésie ; Adieu ! tu reviendras dans la saison des tleius.

LLKi.lEb o'J

A DÉLIK

hii guùt des VL'is pouiqiK»! mu laiic un (•iiiin' ? Ll'Iii' [ncstigc est si doux [xjur uu eœui' attiisLé ! «

Il ùle uu poids i»u uuillieur ([ui m'opijrinie ; Connue une erreur plus tendre, il a su volupté. L<''gère, libre encoi', d'hommnges entourée.

Dans les plaisirs coulent vos heureux joui>, Et, paisiblement adorée, Vous riez avec les Amours :

Ail 1 loin de la troubler, qu'ils charmenl votre vie ! (Jue pour vous le printemps soit prodiuue de llems ; - Que tout [iremie à vos yeux ses brillantes couleurs ; lUcz, liez toujours, ô volage Délie !

Abandonnez vos nuits aux songes les plus doux ; Qu'ils soient de vos beaux jours une glace fidèle ; A l'orce de bonheur soyez encor \)\m belle, FJ qu'au réveil l'Amour vous le dise à genoux !

Mais quoi 1 si vous tiouviez uji lebclle à vos clianues. A[)rès mille serments s'il trahissîiit vos vœux,

La douce flamme de vos yeux

S'éteindrait bientôt dans les larmes.

Vous sentiriez alors le besoin de lêver. De livrer au hasard votre juaiche inceitaine, De lalentir vos pas au bruit d'une fontaine, Et d'y pleurer les maux que je viens d'éprouver.

GU l'OKSIKS.

N'enviez [)liis à votre amie \]n phiisir aussi douloureux :

lUivir la plainte aux uiallieiiieiix, (l'est leur dire : (Juiltcz la vie !

ijiiand je \ons vois (li>}»iiler an miroir he IVaîclieur et de grâce avec les llei^rs qne j'aime, Hiiand je vous y vois ])i'endie en secret, jiour vous-même

Tout le ])laisir (|ne l'on iioùle à vouï^ voir,

M'enlendez-vons, o ma clière Délie,

Vous reprocher un passe-temps si doux ? Non ; je deviens moins sombre eu vous voyant jolie ; .le |)ardonne à l'Amonr, je lui soniis pour vous. Mais, si de la gaieté la j)arme est l'emblème, Elle donne un éclat plus triste à la pâleur : A la beauté brillante il faut un diadème ; Il faut un voile à la douleur.

Du suave lilas qui pour vous vient d'éclore

(Couronnez votre iront cliarmant ;

Mon front, que l'ennui décoloie.

Doit se pencher sans ornemeuL Du sort qui m'enchantait la fatale inconstance

De ma jeunesse a flétri l'espérance ; l:n orage a courbé le rameau délicat, El mes vingt ans passeront sans éclat.

Je les jloniie à la solitude ;

.le donne .aux muses mes loisirs ;

L'îirt de plaire fait votre étude ;

L'art d'aimer i'eia mes plaisirs.

Mais non, je l'oublîiai, cet art, ce don funeste, Oui servit à l'Amour (piand il lorm.i mon cœur ;

ÉLÉGIES. ('y\.

.Non, ce piéseiil des cieux ne l'ait \)as le bonheur ; Cost [îonrlunt le seul qui nie reste !

Le monde où vous régnez nie repoussa toujours ; il niéeonnnt mon ùme à la fois douce et fièrc. Et d'un froid préjugé linvincible barrière Au IVoid isolement condamna mes beaux jouis. L'infortune m'ouvrit le temple de Tlialie ; L'espoir m'y prodigua ses riantes erreurs ; Mais je sentis parfois couler mes pleurs

Sous le bandeau de la Folie.

Dans ces jeux où l'esprit nous ; j'prend à cliarmer,

Le cœur doit apprendre à se taire ; 1^1, lorsque tout nous ordonne de plaire, Tout nous défend d'aimer.

( )|i ! des erreurs du monde inexplicable exemple, C.liarmante Muse ! objet de mépris et d'amour,

Le soir on vous honore au temple.

Et l'on vous dédaigne au grand jour.

Je n'ai pu supporter ce bizarre mélange

De triomphe et d'obscurité.

Où l'orgueil insultant nous punit et se venge

D'un éclair de célébrité.

Trop sensible au mépris, de gloire peu jalouse, Blessée au cœur d'un trait dont je ne peux guérir, Sans prétendre aux doux noms et de mère et d'épouse Il nie faut donc mourir !

Mais vous qui connaissez mou âme toujours piue, Qui gémissez pour moi des caprices du sort. Vous (jui savez, hélas ! qu'en ma retraite obscure Il me poursuit encor ;

02 f'UKSlES.

Faites grâce, du iiioius, à riiiiiocciil délire (Jiii iM'n|t|neii(l SUIS elïoii à iiiudiiler îles ver>. Seide, je suis pdiiiiiiil moins seule avec ma \\\r ; <Jut'l(iirun iirenlend, me iiliiul daus l'uui\ei^

l*ar un liadiuai^e eiicliaiileui', Vous aussi, vous m'avez trompée !

Vous m'avez fait cmbiasscr une erreur ; Léi;ère comme vous, elle s'est ccha})pée.

lV)Ui' me guérii- ou mal qu'Amour m'a liiil, Vous avez abusé de votre espiit aimable ;

Et je vous trouverais coupable Si je pouvais en vous trouver lien d'imparfait. Je l'ai vu, cel amant si discret et si tendre ; J'ai suivi son maintien, -on silence, sa voix : Ai-je pu m'abusor sur l'objet de son cbuix ? Ses regaids vous [jarlaient, et j'ai su les entendre Mou cœur est éclairé, mais il n'est point jaloux. J'ai lu c^'s vers cbarnianls où son inue tespire; (l'est l'Amoin ipii l'inspire, El l'inspiic pour vous.

Et moi, pour vous aussi je veux être la même : iNon, vous n'inspirez pas un sentiment léger;

ÉLÉ(;iES.

()iio ce soi! d'amitié, d'amour, qu-,^ l'on vous aime, I.o cœur qui vous aima uo peut jauiais cliauper.

Laissez-moi ma retraite et uia mélancolie; Je la préfère à l'ivresse d\m jour :

On peut rire avec la folie, Mais il n'est pas prudent de rire avec l'Amour. Laissez, laissez-moi fuir un danger plein de charmes; Ne m'offrez plus un cœur qui n'est (pi'à vous ; Le badinapre le plus doux Finit (jnelqnefois par les larmes.

Mais je n'ai rien peidu, la tranquille amitié

Redeviendra bientôt le charme de ma vie :

Je renonce à l'amant, et je garde une amie;

C'est du bonheur la plus douce moitié.

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