‹ Poésies. Nouv. éd. augm. et précédé d'une noticeChapitre 22 sur 108 · LA SÉPARATION · texte numérisé non relu

LA SÉPARATION

Il est iini, ce loui^ supplice :

Je t'ai rendu tes serments et ta loi ; Jf n'ai plu'i rien à toi.

tu; l'ôKsiFS

(JucI (lonloiiiviiv cfloil ! (iiicl ciilior saciijioc ! Mnis, (Ml hrisaiil les i)liis aimables nœuds, Nos cœurs toujours unis sombloiil toujours s'ontoiidro i>ii no saura jamais \ci\uo] fut lo ))lus Icndre, Oh |(^ plus lualheureux.

A l'oidjlier c'est riioiiiK'iir (pli m\'Hiia<ic, Tu t'y souukHs, je n'ai plus d'aulrc loi : 0 toi (pli m'as douu(' l'exemple du courage. Aimais-tu moins (pie moi?

Va, je te jilains autant (pie je t'adore; Je t'ai permis de trahir nos amours ; Mais moi, pour t' adorer je serai libre encore; Je veux l'être toujours.

Je l'ai promis, je vivrai pour ta iiloire.

Cher objet de mon souvenir,

Sois le charme de ma mémoire.

Et l'espoir de mon avenir.

Si jamais, dans ma solitude.

Ton nom, pour toujours ador(^.

Vient frapper mon cœur décbir(', (liTil adoucisse an moins ma ti^ndre inqirK''lud('!

Que l'on me dise : 11 est heuiTux.

(lui, sois heureux, ou du moins plus paisd)le, Maliiiv l'Amour et le sort inllexible Qni m'enl(''ve à tes vœux.

Adieu... mon Ame se (k'chire!

C.o mot que, dans mes pleins, je n'ai pu prononcer. Adieu ! ma bouche encor n'oserail tr le dire.

Kl ma main vieîil de le hacer.

KI.KriTRS.

LA PROAFENAfH: ï)^\UTOM^E

Te >rniviont-il, o mon âme, ô ma vie, D'un jour d'automne et pâle et lau^uissant ? Il semblait dire un adieu gémissant Aux bois qu'il attristait de sa mélancolie. Les oiseaux dans les airs ne chantaient plu^ res|»oir; Une froide rosée envelo})pait leurs ailes. Et, rappelant au nid leurs compagnes fidèles, Sur (les rameaux sans fleurs ils attendaient le soir.

Les troupeaux, à regret menés au\ pâturafies,

^^'y Ironvaient [dus que des beibes sauvages; Et le pâtre, oubliant sa rustique chanson, Partageait le silence et le deuil du vallon. Rien ne charmait l'ennui de la nature.

La feuille qui perdait sa riante couleur, Les coteaux dépouillés de leur verte parure, Tonl (Icnnndait au ciel un raxoii de chaleui'.

Seul, je m'éloignais d'une lète bruyante;

Je fuyais tes regards, je cherchais ma raison :

Mais la langueur des champs, leur tristesse attrayanti

A ma langueur secrète ajoutaient leur poison.

Sans but et sans espoir suivant ma rêveiic.

Je portais au hasard un pas timide et lent;

L Aiiionr m'enveloppa de ton ombre chérie.

Et, malaié la saisoii, l'air me parut Iirù1a)il.

os roKsiE.s.

.]o voulais, mais en vain, par un offoil supiêmo, \\\\ me sauvant de toi, me sauver de moi-même; Mon œil, voilé de pleurs, à la terre attaché, l'ar un charme invincihle en fut comme ari'aché. A tiavers les hrouillards, une image légèi'e Fit i)ali)il('r mon sein de tendresse et d'effroi; Le soleil reparaît, l'environne, l'éclairé, Il entr'ouvre les cieux... Tu pains devant moi. Je n'osai te ])ailer; interdite, rêveuse, Knchaînée et soumise à ce trouble enchanteiu', Je n'osai te parler : pourtant j'étais heureuse; Je devinai Ion Ame, et j'enteuilis mon cœur.

Mais, cpiand ta main pressa ma main tiemhlanle, <iuand un fiisson léger fit tressaillir mon co! [ts, Quand mon front se couvrit d'une rougeur l)irilanl(\

Dieu ! qu'est-ce donc que je sentis alors? J'oubliai de te fuir, j'oubliai de te craindre; Pour la première fois ta bouche osa se plaindre, Ma douleur à la tienne osa se révélei". Et mon âme vers toi fut près de s'exhaler.

11 m'en souvient ! T'en souvient-il, ma vie, De ce tourment délicieux.

De ces mots arrachés à la mélancolie :

(' Ah! si je souffre, on >oufrie aux cieux! »

i)es bois nul autre a\eu ne troubla le silence. Ce jour fut de nos jours le plus beau, le plus doux; i'iêt à s'éteindre, enfin il s'arrêta sur nous. Kl sa fuite à mon ca'ur présagea ton absence : l/fune (lu monde éclaira notre amom •;

ÉLÉGIES. r.O

Je vis ses derniers feux mourir sons un nuage; Et dans nos cœnrs brisés, désunis sans retour, Il n'en reste pins que l'image!

ÉLEGIK

Il l'ait nuit : le vont souffle et passe dans ma ivre;

Ma lyie tristement s'éveille auprès de moi :

(In diiait f[n'elle pleure un tourment, un délire;

On dirait ({u'elle essaye à se plaindre de toi;

Ile toi, ()u'elle appelait pour m' aider à t'attendre.

Qui la rendis si vraie, et par malheur si tendre!

Car tu ne peux ravir à ses accords touchants

Ton nom, toujours ton nom, qui courait dans mes clianl<.

Elle ne le dit plus, ce nom doux et sonore;

Elle ne le dit plus, elle le pleure encore!

Combien elle a Irémi, combien elle a chaulé,

Sous les prompts b;«ttements de mon cœur agité,

Alors que, dans l'oigueil des amantes aimées,

Je confiais mon àme aux cordes animées!

Je croyais que les cieux ne donnaient tant d'amour

Que pour en pénétrer une autre âme à son tour î

Alî ! j'aurais dû mourir, doucement endormie Dans cette erreur charmante où j'étais ton amie. T)('vrait-on s'éveiller de ces rêves confus, Tour y pen-er toujouîs, et pour n'y croire plus?

l'OKSÎKS

A i)i:lie

Toi, dont j.'imnis les larmos N'ont terni la beauté.

Enveloppe tes charmes, Enchaîne ta gaieté; Que ta grâce divine, Sons nn voih» de denil, S'abandonne et s'incline Sin' le bord d'nn cercueil !

Oiiilte cette guirlande Qui pare les ail rails; Laiase-la pour offrande A ce jeune cyprès :

C'est ici le mélange Des roses et des pleurs; C'est l'asile d'un ange :

Qu'il donne sous des Heurs;

Vois-tu, sous l'herbe tendre, Ce précoce tombeau?

Là mon cœur vient atlendre Qu'on on creuse un nouveau.

Oui, mon lilsî l'arbre sombri Qui se penche vers loi, En te gardant son ombre, Croîtra bientol sur moi !

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