‹ Poésies. Nouv. éd. augm. et précédé d'une noticeChapitre 26 sur 108 · PRIÈRE POUR LUI · texte numérisé non relu

PRIÈRE POUR LUI

Dieu! créez à sa \ie un objet plein de charmes; Une voix qui réponde aux secrets de sa voix ! Donnez-lui du bonlieur, Dieu ! donnez-lui des larmes; Du bonheur de le voir j'ai pleuré tant de fois !

J'ai pleuré : mais ma voix se tait devant la sienne; Mais tout ce qu'il m'apprend, lui seul l'ignorera; II' ne dira jamais : « Soyons heureux, sois mienne! » L'aimera-t-elle assez, celle qui l'entendra?

Celle à qui sa présence ira porter la vie. Qui sentira son cœur l'atteindre et la chercher, Qui ne fuira jamais, bien ([u'à jamais suivie. Et dont l'ombre à la sienne osera s'attacher?

Ils ne feront qu'un seul ! et ces ombres heureuses Dans les clartés du soir se conlbndront toujours; Ils ne sentiront pas d'entraves douloureuses Désenchaîner leurs nuits, désenchanter leurs jouis !

Qu'il la trouve demain! Qu'il m'oublie et l'adore!

90 PO KSI ES.

Dcinaiii : à mon courngn il loslc j)oii d'instants. Pour une autre aujourd'hui je puis prier encore; Mais... Dieu! vous savez tout : vous savez s'il est tenij>f;!

L'ATTENTK

Il m'aima. C'est alors que sa voix adorée M'éveilla tout entière, et m'annonça l'amour? Comme la vigne aimante en secret attirée Par l'oimean caressant, qu'elle embrasse à son toni', Je l'aimai! D'un sourire il obtenait mon âme. Que ses yeux étaient doux! que j'y lisais d'aveux ! Quand il brûlait mou cœur d'une si tendre flamme. Comment, sans me parler, me disait-il : « Je veux! » 0 toi qui m'enchantais, savais-tu ton emi)ire? L'éprouvais-tu, ce mal, ce bien dont je soupire? Je le crois : tu parlais comme on parle en aimant. Quand ta bouche m'apprit je ne sais quel serment : Qu'importent les seiments? Je n'étais plus moi-même, J'étais toi. J'écoutais, j'imitais ce que j'aime; Mes lèvres, loin de toi, retenaient tes accents. Et ta voix dans ma voix troublait encoi' mes sens. Je ne l'imite plus; je me tais, et les larmes De tous mes biens perdus ont expié les charmes. Attends-moi, m'as-tn dit : j'attends, j'attends toujours! I/élé, j'attends de toi la l'iàce des \h\\u\ jouis; L'hiver aussi, j'attends! Fixée fi ma leneti'e. Sur \o cliemin désert je crois l(; reconnaître;

Mais les sentiers rompus ont effrayé tes pas : Quanti ton cœur me chorcliait, tu ne les voyais pas!

Ainsi le temps prolonge et nourrit ma souffrance: Hier, c'est le regret; demain, c'est l'espérance; (Chaque désir trahi me rend à la douleur,

Et jamais, jamais au bonheur!

Le soir, à l'horizon, où s'égare ma vue, Tu m'apparais encore, et j'attends malgré moi :

La nuit tombe... ce n'est ]dus toi;

Non! c'est le songe cpii me tue.

Il me tue, et je l'aime 1 et je veux en gémir! Mais sur ton cœur jamais ne pourrai-je dormir De ce sommeil profond qui rafraîchit la vie ? Le repos sur ton cœur, c'est le ciel que j'envie! Et le ciel irrité met l'absence entre nous. Ceux qui le font parler me l'ont dit à moi-même :

Il ne veut pas qu'on aime !

Mon Dieu, je n'ose plus aimer qu'à vos genoux.

Qu'ai-je dit? Notre amour, c'est le ciel sur la terre. Il fut, j'en crois mon cœur, effrayé d'un remords,

Comme la vie, involontaire.

Inévitable, hélas! comme la mort.

J'ai goûté cet amour; j'en pleure les délices. Cher amant! quand mon sein palpita sous ton sein,

Nos deux âmes étaient complices, Et tu gardas la mienne, heureuse du larcin. Oh ! ne me la rends plus ! Que cette âme enchaînée.

Triste et passionnée.

Heureuse de se perdre et d'erier après toi. Te cherche, te rappelle et t'entraîne vers moi !

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