‹ Poésies. Nouv. éd. augm. et précédé d'une noticeChapitre 28 sur 108 · SOUVENIR · texte numérisé non relu

SOUVENIR

<juand il pâlit un soir, et que sa voix tremblante S'éteignit tout à coup dans un mot commencé ; (juand ses yeux, soulevant leur paupière bmlante, Me blessèrent (Vun mal dont je le ci us blessé; Quand ses traits plus touchants, éclairés fl'une tlamme

Qui ne s'éteint jamais, S'imprimèrent vivants dans le fond de mon àme.

Il n'aimait pas : j'aimais!

A MADEMOISELLE GEORGINA NAIRAC

Ah ! prends garde à l'amour, il menace la vie : Je l'ai vu dans les pleurs que tu verses pour moi. Prends garde, s'il est temps! Il erre autour de (oi, ^t c'est avec des pleurs aiissi qu'il m'a suivie.

9i POESIES.

Retoiinio vois ta incrc, ot. no la ffuilte pas. Va, comme un faible oiseau {|uo menace l'orage, Contre ^on sjin paisible appuyer ton courage; Portes-v ta jeunesse, encliaînes-y tes pas. Pins heineuse i\nc nous, de sou printemps calmée, Laisse-la te soustraire à de vaines douleurs : Va! tu me béniras de t'avoir alarmée; Je fns confiante, et je meurs.

Folle sécurité d'une àme qui s'ignore, (Vest donc ainsi toujours que vous devez finir? Quand on n'a pas souffert, on ne sait rien encore, On ne veut confier son cœur cpi'à l'avenir.

Dans l'âge «lu danger je n'avais plus de mère; Déjà mou tendre guide, arrêté par la moi (,

N'entendait plus ma plainte amèie; Déjà ses yeux fermés n'éclairaient jtlus mon sort.

Pietourne vers ta mère, et que Ion innocence. Prudemment elTrayée au tableau de mes joins, Jol:ine à mou souvenir, ipi'il faut plaindre toujonis lue longue reconnaissance.

Mais tu n'as pas souffert. Ta Irampiille piti(', Dis-le-moi, n'a donné ses pleurs qu'à l'amitié? Non, tu n'as pas senti cette lièvre de l'àme, Ce frisson douloureux qui passe au fond «In cœur; L'air ne t'a pas semblé comme une molle flamme Uni verse dans les sens la soif et la langueur? Ce liisie isolement, ce tendre ennui, ces larmes. Ce besoin «le presser un cœur seml)lable au sien.

D iiiiL- voIa tjtii |>ouisint le fidèle eiilrelicii, iUeii n'a comble ta vie el de crainte et de cliannes? Cet objet souhaité, dans un jour imprévu, Ne t'a pas sur son sein réunie à toi-même ; Ce tendre objet qui trompe, el qu'il laut que l'on aime.

Tu ne l'as jamais vu!

Je l'ai vu plein d'amour, et l'amour m'a trompée; Je ne croyais que lui; de bii seul occupée, J'ai perdu mon repos dans sa félicité, Je l'ai voulu. Mon Dieu ! c'était sa volonté !

11 savait tant de mots [)Our me rendre sensible. Pour instJiiire mon âme ardente à la douleur ! Lui seul a ce pouvoir, cet art, ce don llexible, Lni seul donne la vie ensemble et le malheur. Mais le mallieur enlin détache de la vie : • : ..•

Non, je ne veux plus de mon sort, Je ne veux plus souffrir. Sais-tu ce tjue j'envie? Sais-tu ce qu'après hii j'ai souhaité? La mort Son pied ne presse plus le seuil de ma demeure, Et [lour ne la plus voir il invente un chemin : Sans lui rien demander j'écoute passer l'heure; L'heure dit comme lui : (( Ni ce soir, ni demain ! » Mais je compte, j'attends que, moins inexorable, Vue heure, la dernière, à mes maux secourable, Éteigne sur ma cendre un importun flambeau. Et défende à l'amour de troubler mon tombe;iu.

Quand celui (pii me fuit ne songeait qu'à me suivie, Le couis de mes beaux ans fut près de se tarir :

Qu'il m'eût ;ilors été doux de mourir Pour l'amant dont les }»leurs me suppliaient de vivre !

yn POESIES.

(' .Ne iiR'ins pus, (lisait-il, ou je meurs avec toi ! )>

Va mon àme, enchaînée à cette ànie aniuuieuse,

.N'osa quitter la terre et combler son ellVoi.

L'imprudent! sous ces pleurs j'allais m'éteindie heureuse,

J'allais mourir aimée. H m'a rendu des jours,

Pour m'apprendre, ô douleur! ([u'on n'aime j>a^ toujours.

Une nouvelle voix à son oreille est douce;

D'autres yeux qu'il entend désarment son courroux ;

Et ce n'est plus ma main (ju'il presse ou (pi'il repousse,

Alors (pi'il est tendre ou jaloux.

<jiioi ! ce n'est plus vers moi qu'il appoite sans crainte Son espoii", son désir, son plus secret desseiji : Et, s'il est malheureux, s'il exhale une plainte, Ce n'est plus dans mon sein! .

L'ai-je trahi? Jamais. Il eut mon àme entièie. Hélas! j'étais étreinte à lui comme le lierre. Oiie pour m'en arracher il a Hlu souffrir ! Dans cet effort cruel je me sentis mourir. Il détourna les yeux, il n'a pas vu mes larmes; Mon reproche jamais n'éveilla ses alarmes; Jamais de ses beaux jours je ne ternis un jour; Il garda le hoidieui'; moi, j'ai gardé l'amour.

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