‹ Poésies. Nouv. éd. augm. et précédé d'une noticeChapitre 29 sur 108 · POINT D'ADIEU · texte numérisé non relu

POINT D'ADIEU

Vous, dont l'austérité condamne la tendiessc,

Vous, dont le froid printemps s'est perdu sans ivresse,

Qui u'oltrez à l'amour que des yeux en courroux, Pardonnez-moi mes vers, ils ne sont pas pour vous.

Toi ! dout l'àme, à la fois aimante et malheureuse, D'ime âme qui t'entende appelle l'entretien, Si je puis rencontrer ta paupière rêveuse, Devine mon secret, devine... c'est le tien.

Piesse alors sur ton cœur ces écrits pleins de larmes. Dis-toi : Qu'elle a soufl'ertl que je la plains! (luel sort! Mais d'un bien que j'attends si je goûte les charmes, Dis-toi : Qu'elle est heureuse! elle est calme, elle doit!

Si je m'éveille, écoute : une voix consolante

Suivra, sans les troubler, tes pas silencieux,

Et portera ces mots à ta douleur brûlante :

i< Viens ! ne crains pas la mort, on aime dans les cieux ! w

* Viens! la mort n'est qu'un pas dans l'ombre; Viens! l'exil est doux à franchir : C'est le jour après la nuit sombre.

C'est son Dieu qu'on vient de fléchir.

Oui, le malheur finit. El moi, je vais t'allendre; Mon àme va chercher ce qu'elle osa prévoir : Point d'adieu; non, ce mot est l'etlroi d'un cœur tendre; C'est cà toi, qui m'entends, que je crie : « Au revoir! )-

0^ rOKSIES.

LK Vli:iiX ClilElH 1)1 UHONi:

A M. JAl^S

On avait coui'oiiiié la vieille iiioissoiiueiise;

Ltî villiii^e à la ville était joint par des fleurs;

La jeunesse et l'enfance y mêlaient leurs couleurs,

Et le vieillaid liait d'une vendange heureuse. Tout à coup le plaisu- cessa,

Comme le feu follet nui s'éteint dès (lu'il brille; El dans l'ombre un lon,u cri ,ulaça Jusipùiu chant de la jeune fdle.

M i^endez, rendez l'enfant dans la foule égaie :

Toui" l'apjjeler encor sa mère a tant pleuré!

(t Elle n'a plus de voix pour sa douleur amère ; 8a clameur s'est changée en un silence alfreux. L'enfant ne dira ]jas qu'il est bien malheureux; Il ne piononce encor que le nom de sa mère.

Quoi! pas une voix ne répond!

.\e ravez-vons pas vu jouer sur le rivaiio?

IK'las! le lUiùne est si profond,

Et l'on est si faible à cet aj^e!

llendez, rendez l'eiiraut dans la Ibule égaie : l'oui l'appeler encor sa mère a tant iileuié!

'{ Ses cheveux du blé iiiùr ont la coiilriir dorée;

Ses veux sont noirs et doux; ses dents croissent encor;

Ses pas abandonm's n'ont {|irnn craintif essor, Et lie blnets tantôt sa robe était parée.

Vous pourrez le rencontrer nu, Car souvent la misère a dépouillé T enfance :

Vous l'aurez bientôt reconnu,

L'ange qui pleure sans défense !

Rendez, rendez l'enfant dans la foule égaré : Pour l'appeler encor sa mère a tant pleuré! »

Le vieux crieur se tut : de la morne assemblée Il attendit longtemps un mot, un seul... en vain. Les mères encliaînaient leurs enfants sur leur stMii, Et de vagues frayeurs cette nuit fut troublée.

(hi dit qu'un mendiant passa, Couvert d'affreux lambeaux, à la marclie fuilive.

Et qu'un jeune cri s'élança

Dans l'air avec la voix plaintive :

" Piendez, rendez l'enfant dans la foule égaré : Pour l'appeler encor sa mère a tant pleuré! »>

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